PERSÉCUTIONS RELIGIEUSES
avec excès; tellement qu'une multitude nombreuse, chassée de Picardie et de Normandie par les extorsions des justiciers et des agents fiscaux, ne pouvant supporter de telles charges, se vit forcée de chercher d'autres terres que celles du royaume. Fuyant cette désastreuse oppression, ces hommes rencontrèrent une barbarie non moins grande ; car, en s'établissant dans les forêts et dans les déserts des Séquaniens (qu'on appelle la Franche-Comté) pour les mettre en culture, ils ont été réduits à la condition de servitude que l'on nomme mainmorte. Ces choses, honteuses pour l'honneur de la France, ce sont passées en 155G, et je les ai vues, i»
François P'^ fit faire à la monarchie un pas immense dans la voie de l'absolutisme, en introduisant l'usage d'ordonner les impôts « de pleine puissance et autorité royale, sans alléguer autre cause ni raison que celle de tel est notre bon J9to«sfr(l)». Lorsque les troupes étaient en route, le conseil du roi envoyait l'ordre aux magistrats locaux de lever sur les villages où elles passaient, les grains, vins, fourrages et autres fournitures à leur usage, avec cette formule ; « Les dites munitions seront remboursées quand l'occasion se présentera. » L'occasion ne se présentait jamais, et comme, par surcroît, les soldats emportaient au départ le linge, les ustensiles qui leur avaient servi, et tout ce qui était de nature à être enlevé, on ajouta au principal de la taille le taillori, chargé de pourvoir à l'entretien des troupes lors de leurs mouvements. Le paysan paya, et continua d'être pillé exactement comme auparavant (2).
Il y avait dans un coin du comtat Venaissin, dans la seigneurie de Cabrièrcs, quelques familles de paysans^ débris épars d'une secte oubliée, restes obscurs des vaudois du xiii^ siècle. Après avoir cherché contre les persécutions un refuge dans les montagnes qui séparent le Dauphiné du Piémont, ils avaient payé l'hospitalité des seigneurs en rendant
(I) Sully, Œcon. royales, édition de 1725, Vllt, 155. (2j BaiUy, Hist. financière de la France, I, 239-î2ii.
à la production les terres les plus misérables du royaume : il semblait que la stérilité reculât devant eux. Seulement, ils adoraient Dieu à leur manière, n'obéissaient pointau clergé et refusaient de pourvoir, par Tacquittement des dîmes, à Tentretien de prêtres qui n'étaient point les leurs. Déjà en 1460, l'archevêque d'Embrun, pour faire cesser ce scandale, avait chargé un frère mineur de rallumer les bûchers. Louis XI les éteignit (10 mai 1478). Mais la persécution se réveilla en 1488. Les vaudois se réfugièrent dans les cavernes de leurs montagnes, on les enfuma, ne pouvant les y poursuivre. Plus de trois mille périrent : on retrouva quatre cents petits enfants asphyxiés entre les bras de leurs mères mortes. En 1497, un autre archevêque d'Embrun appela de nouvelles persécutions sur leurs têtes. La cour de Rome pressait Louis XII de sévir : le Père du peuple, après information, avait répondu :
« Laissez-les en paix, ils sont meilleurs chrétiens que nous ! » Puis il avait cassé les procédures des évêques et des seigneurs contre eux, et ordonné aux uns et aux autres de restituer leurs biens déjà confisqués. L'archevêque d'Embrun s'était attribué la part du lion : il répondit qu'il restituerait dès que les seigneurs lui en auraient donné l'exemple. Une bulle du pape n'eut pas plus de succès, et nul ne rendit rien de ce qu'il avait enlevé à ces malheureux (1).
Lorsque François I" fut atteint de ce mal
Qui n'épargnait ni couronne ni crosse (2),
et qui mit au tombeau plus d'un roi de France, il sentit la nécessité de se réconcilier avec le ciel, qui seul pouvait lui donner la guérison, et il résolut à cet effet d'exterminer les derniers vaudois.
Il eut la bonne fortune de rencontrer un homme qui fit à
(1) Claude Blondeau, Bihliolh. canonique, I, 689-69-2.
(2) Jean Lemaire, poëte du xvi« siècle.