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faire reposer plus doucement ses hommes autour des villes qu'ils assiégeaient (1).
Dans la basse Alsace, aux environs de Saverne, les troupes françaises détruisaient tout pour affamer l'ennemi, et ne se montraient pas moius jalouses de'se procurer leurs aises aux dépens de Jacques Bonhomme. « Le peu qui demeurait à leur départ, le pauvre homme le cachait le plus étroitement qu'il pouvait, de peur qu'il ne lui fût ravi des derniers... Ils n'étaient point accoutumés à voir gens de guerre couchés en leur lit et manger si privément à leurs tables... Ce qui les étonna tant au comniencemenl, que beaucoup abandonnaient leurs maisons et s'enfuyaient aux bois. » (Rabulin.)
La misère était si grande que la cour de Rome ellemême, se relâchant de ses rigueurs, autorisa l'usage du beurre, des œufs et du fromage pendant le carême. Le parlement empêcha la publication de la bulle du pape (7 février 1552), de sorte que, parce qu'il y avait des protestants et que pareille faiblesse pouvait sembler une concession faite à l'esprit nouveau, le peuple dut mourir de faim ou vivre dans le péché !
La France venait de conquérir Metz et le pays des Trois- Evêchés. Charles-Quint, jaloux de venger ses revers, reprit l'offensive au printemps de 1553. Pendant près de trois années, les Français et les Impériaux semblèrent prendre à lâche de brûler et de ruiner le plat pays à l'envi les uns des autres. Des troupes, commandées par le duc de Guise, saccagent l'Artois. On mit le feu dans tous les villages, cassines des environs, avec désolation et lamentable pitié. Tous les villages et domiciles des ennemis, même jusqu'aux moulins à vent, auprès de Bapaume, furent consumés. Les paysans, de leur côté, détroussaient les soldats lorsque
(1) Mém. de Fr. de Rabutin, 398. — Mém. de Vieillevillej III, 10. - Bouchet, Ann. d'Aquitaine, 653.
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ceux-ci n'étaient pas en force. Mais le plus souvent, dit François de Rabutin, « tout le remède qu'ils pouvaient choisir était de se retirer et cacher avec le peu de meubles et de bétail qu'ils couvaient emmener, au plus profond des forêts, et dans le creux des montagnes et des rochers, nonobstant que peu se sauvassent, parce que nos soldats, poursuivant la proie et le butin, se mettaient à suivre leurs traces, et souvent prenaient quelques-uns de ceux mêmes du pays qui, pour s'exempter de mort, leur servaient de guides. Ainsi notre camp était rempli d'un nombre merveilleux de misérables captifs, hommes, femmes et petits enfants, émouvant un chacun à grand'pitié et commisération, et je puis assurer avoir vu donner le taurillon pour vingt sols, la vache pour dix, et la bêle à laine d'un ou deux pour cinq à six sols. y>
Dans la Picardie, et partout, sur les bords de la Somme et de la Meuse, tout fut anéanti, détruit. En 1554, pour armer et approvisionner Marienbourg et mettre cette ville en état de résister aux efforts de l'ennemi, on dépouille le Réthelois et la Champagne. On accablait les paysans de charrois, bien que ce fût le temps des labourages.
Il ne faut pas croire que la guerre fût la cause unique des souffrances du royaume, ni que les autres provinces fussent plus heureuses. Dans l'une des plus riches, en Normandie, on ne se donnait pas même la peine d'asseoir les tailles, on extorquait sans compter.
« Le pauvre peuple ne pouvait plus vivre... dont la plupart furent contraints d'abandonner leurs maisons et de mendier; dont survint des maladies morteltes... Pour les excessives taxes des tailles, tous les habitants de vingt-cinq ou vingt-six villages voisins de Rouen avaient abandonné le pays, chose pitoyable ! » (Floquet, II, 277.)
Les armées françaises, on le sait, n'étaient pas moins à redouter pour la France que celles de l'étranger.
En 1557, au temps de la fatale bataille de Saint-Quentin,
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les troupes du duc de Nevers étaient cantonnées dans les environs de Laon, Crécy et Noyon, a où elles faisaient des maux presque autant que les ennemis mômes. » (Rabulin, 545.)
En 1558, une flotille anglaise jeta sur les côtes de la Bretagne un corps d'armée qui, brûlant de venger le récent désastre de Calais, ravagea le pays et « perpétra infinité d'insolences scandaleuses et infâmes ». Un gentilhomme de la contrée fit sonner le tocsin dans les villages, et, en dix ou douze heures, réunit cinq ou six mille paysans à la têle desquels il tua à Tennemi cinq ou six cents hommes et leur fit cent vingt à cent quarante prisonniers. (Id., 601.) Sous Charles VII, Jacques Bonhomme avait sauvé la France : ce fut lui encore qui donna le coup de grâce à TAngleterre et infligea le dernier affront à l'orgueil britannique.
On voulut, à la suite de la paix de Cateau-Cambrésis, délivrer le royaume des mercenaires allemands, et le duc de Nevers fut chargé de les reconduire jusque dans leur patrie. Après de vains efforts pour les maintenir sous le joug de la discipline, il fit un détour pour les faire passer sur ses domaines qui n'étaient pas sur leur route, ce qui leur fournit l'occasion de se venger de sa sévérité en commettant toutes sortes d'atrocités. « Au moins, disait le duc, voilà du mal que j'ai épargné à mes voisins. y> Le trait serait fort beau, en effet, si le noble duc eût souffert seul de ces ravages qui retombaient tout d'abord sur ses tenanciers, et si, en les détournant de leur droit chemin, il ne leur eût pas fourni les moyens de consommer un plus grand nombre de crimes.
Les tailles étaient réelles en Provence. Lorsqu'elle fut réunie à la France, en 1471, il avait été stipulé que toutes ses franchises seraient respectées, et cependant la Provence, devenue française, vit la sili:ation de ses habitants s'aggraver et devenir intolérable. Les nobles, le clergé et les gens de justice, possesseurs de biens immenses, se retranchèrent
derrière leurs privilèges, cessèrent de concourir aux charges de l'État, et la taille y derint personnelle, comme dans le reste du royaume. En vain François P', cédant aux justes réclamations de ses sujets, publia, en 1534, un premier édit pour remédier à ces abus. Un second édit de Henri II n'eut pas plus de succès, et le roi évoqua Taffaire. Peu de causes eurent une pareille importance, et par elles-mêmes et par le talent des orateurs qui s'y firent entendre. On y vit éclater ce mépris profond, implacable et sans pitié des trois états pour le peuple, car, ainsi que le fit observer Riant, l'orateur du commun populaire, le peuple apparut alors comme un quatrième état, rejeté en dehors par les trois autres. Riant ayant osé parler d'égalité enlre les hommes, comme descendant tous de Noé, Pierre Séguier, l'orateur de la noblesse, traita ce langage d'odieux et de séditieux. « Il faut, dit après lui Rochefort, l'orateur du clergé, que le populaire reconnaisse que sa force et puissance dépend de l'Église, des nobles et de la justice, sans lesquels il se peut assurer qu'il ne pourrait vivre, durer ni soi conserver, quelque chose qu'ait plaidé l'avocat dudit populaire. Ne serait pas besoin, certes, que le dit populaire, l'Église, les nobles et la justice fussent égaux et réglés de mêmes droits et privilèges, mais serait chose pernicieuse à la république. >
De Thou, au nom de la magistrature, rejeta également bien loin l'égalité qu'invoquait le tiers état, et Marillac, pour le procureur général du roi, après avoir fait très-grosse part à l'Église, à la noblesse et aux gens de justice, fit dans ces termes celle du tiers état : « Quant est du populaire, faut qu'il soit contenu intra cancellos obedientiœ, et qu'il se rende en tout patient, remerciant Dieu quand il se voit taillé et chargé de subsides, sans s'enquérir pourquoi il le permet; car c'est Dieu qui permet les tailles et les impositions. »
Certes, à pareil remercîment, c'est le cas ou jamais de répondre : Il n'y a pas de quoi !
Le discours de Riant nous donne des renseignements pré-