LA GABELLE
exécutent de leurs bœufs, chevaux et charrettes ; tellement qu'en une seule matinée, par leur action, ils ruinent quarante ou cinquante pauvres rustiques qu'ils envoient à Faumône ; et se trouve en ce pays d'Anjou qu'ils en ont ruiné plus de mille.
» Le malheur est que plusieurs archers do gabelle, sous l'ombre d'icelle et puissance de porter armes défendues, volent, frappent et tuent, comme a été vérifié en plusieurs procès qui ont été faits contre eux, pour raison desquels plusieurs ont été condamnés et exécutés à mort. » (D. Roger, Anjouy 421.)
« Les impositions que l'on met sur le sel sont si grandes, que c'est horreur de le dire, lisons-nous dans un pamphlet dirigé contre Henri III (i); car encore que les pauvres villageois fussent ruinés par les guerres recommencées tant de fois, néanmoins on contraint jusqu'à une pauvre veuve qui n'a aucun moyen d'avoir du pain pour ses pauvres enfants qui- meurent de faim, à prendre du sel par chaque quartier de l'année, ce qui vaut plus d'une fois ce qu'elle peut gagner en toute une année. Et pour avoir le payement de ce, il est advenu en divers endroits qu'on avendujusqucs à la poêlle en laquelle on faisait la bouillie aux pauvres innocents, et ayant emporté la paille sur laquelle couchaient les misérables enfants, on vendit encore le pain d'avoine qu'ils avaient, en tous moyens, pour leur nourriture d'un jour ou deux. Et néanmoins ces pauvres gens n'eussent su que faire de* sel, car ils n'avaient à quoi l'employer. Horreur horriblement horrible, laquelle tombera sur Henri de Valois qui n'en a été ignorant, d'autant qu'on lui a remontré assez de fois. j>
Pressé par la nécessité de la guerre, et après avoir fait argent de tout, Henri inventa un nouveau subside; il mit un
(1) La vie et faits notables de Henri de Valois. — Arch. cur. de l'iiisl, de Fr., XTI, 1" série, -iSS.
impôt de vingt livres sur chaque clocher, mais ce fut la maîtresse du roi, la célèbre Diane de Poitiers, qui toucha l'argent du peuple, ce qui lit dire à Rabelais, qui dépeignait les règnes de François P'^ et de Henri III sous des allégories aujourd'hui difficiles à retrouver, que Gargantua attachait les cloches au cou de la grand'jument qu'il montait.
L'impôt n'était jamais que le moindre inconvénient de la guerre. Henri III s'allia aux protestants d'Allemagne contre Charles-Quint (1551). Il prend à sa solde des lansquenets mercenaires plus pillards encore que les soldats français, qui résistaient par la force à la justice et aux prévôts de la maréchaussée, et les forçaient à renoncer à leurs « chicanesques entreprises ». D'autres fois, lorsqu'ils étaient livrés aux prévôts, ceux-ci disaient qu'ils les faisaient noyer sans bruit, sous prétexte qu'ils ne méritaient même pas la corde qui les eût pendus, et les laissaient racheter leur liberté avec leur vie ; « et tout aussitôt ils retournaient à la volerie ». (Vièilleville, II, 334;ni...).
La sœur de Charles-Quint, Marguerite d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas, brûle et dévaste les frontières de la Champagne. Les troupes flamandes au service de l'empereur, « pires que voleurs, exerçaient grands pillages à l'entour de Mézières, brûlaient et dégâtaient tout le plat pays aux environs, et emmenaient le bétail des paysans, qui ne faisaient grandes résistances. » L'abbaye de Gofzes, à quatre lieues de Pont-à-Mousson (Lorraine), était « vrai refuge et retrait de voleurs », et de ce repaire, ils mettaient toute la contrée à contribution. Sanssac, « en contreschange », saccage la campagne aux alentours d'Arras, et livre à la flamme quatre cents bourgs et villages », tant que l'air était tout obscurci de la fumée, qui montait en haut.. » Le roi en faisait autant dans le Cambrésis et l'Artois, et le comte de Rœux, au nom de l'empereur, incendiait la Picardie, ruinait les paysans, et enlevait jusqu'à leur lit, afin de