‹ Histoire des paysans (volume 3)Chapitre 23 sur 114 · BUSSY D'AMBOISE · texte numérisé non relu

BUSSY D'AMBOISE

et le sang, dont encore Ton n'a pas été exempt en beaucoup d'endroits de ce royaume, par la rage et fureur dos gens de guerre indisciplinés et mal conduits, qui avaient pris toute licence par faute d'être payés.

» Votre peuple n'est plus; il n'y a plus de peuple en France, il est péri, il n'a plus de subsistance : c'est un pauvre passant détroussé nud et mis en chemise. C'est un corps malade qui a été trop saigné, il le faut un peu laisser respirer et prendre sa nourriture, puis on parlera de le saigner, selon le bras la saignée, comme l'on dit. y>

Les seigneurs, de leur côté, avaient conservé l'usage féodal de se faire cautionner « des paysans et laboureurs demeurans en leurs terres et justices, dont ils étaient réduits en pauvreté 3>, et le tiers réclamait une fois encore que les nobles et chefs militaires fissent élection de domicile i( en la ville où était le siège présidial du bailliage ou sénéchaussée, sous le ressort duquel ils résident, pour recevoir verbalement assignations. y> (Etats généraux, XV, 176...)

Pour comprendre jusqu'à quel point le paysan était livré, pieds et poings liés, à qui voulait l'opprimer, et combien l'autorité royale était complice de ces sanglantes exactions, il suffit de connaître quelques actes de l'un des hommes les plus chevaleresques d'alors, de Bussy d'Amboise. Le duc d'Anjou, dont il était le favori, l'ayant fait nommer gouvei>neur de cette province, il leva des troupes sous prétexte de débarrasser le pays des calvinistes qui le ravageaient. A la seule approche de ces effrayants libérateurs, Angers lui envoie quatre mille livres pour qu'il n'entre pas dans ses murs. Il va alors cantonner ses cinq ou six mille braves dans les campagnes; puis, quand elles sont épuisées, il annonce au maire qu'il les rappelle dans la ville, ce qui décide Angers à s'imposer une nouvelle contribution de quinze cents livres. Bussy les dirige sur Saumur^ mais, prévoyant quel sort l'attendait, Saumur commence par la fin, s'insurge contre les troupes et leur ferme ses portes. Après avoir vécu

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quelque temps sur les campagnes du Saumurois, elles se rapprochent d'Angers qui, épuisé d'argent, ferme à son tour ses portes à la garnison. C'est alors sur le plat pays un déchaînement de violences et de hrutahtés inouïes ; les campagnards aux ahois viennent chercher un refuge derrière les murailles de la cité qui, menacée dans son existence parla désertion des populations rurales, fait un dernier eiFort et consent à donner encore à son impitoyable gouverneur une somme de trente mille livres.

« Aussi Bussy et les régiments qu'il avait avec lui ne faisaient compte des pauvres Angevins, sujets du roi, non plus que d'esclaves. Il pensait, il disait qu'on pouvait les battre, déchirer, chappeler, tenailler, tuer à plaisir, comine bêtes ; et de fait tout le temps que ces troupes ont séjourné en Anjou, ont battu, déchiré, chappelé, tenaillé, tué, violé, rançonné (1). »

Dans le but de se soustraire à tant de vexations, les habitants riches du pays émigrèrent vers Nantes avec tout ce qu'ils avaient de plus précieux. Ce fut une nouvelle calamité pour la province, dans laquelle il n'y eut plus d'argent ni de commerce. Le villageois ne pouvait plus vendre ses produits, et dans les villes, les marchands, cabareliers et artisans imaginèrent une sorte de papier-monnaie en parchemin, sur lequel ils frappaient le poinçon qui servait à raarquerla vaisselle. Mais cette monnaie ne pouvait avoir cours qu'entre eux, et restait inutile pour les paysans. La terreur se joignit à la misère, et ils n'osèrent faire les processions des Rogations, par crainte des soldats de Bussy (2).

Comme les nobles souffraient par contre-coup de cette ruine absolue des campagnes, un gentilhomme angevin écrivit à Bussy pour lui adresser quelques remontrances

(1) Froumenteau, le Secret des finances.

(2) « Il pilla les pays d'Anjou et du Maine, môme les faubourgs du Mans, et avec quatre mille arquebusiers qui se firent tous riches de butin, saccagea plus de vingt-cinq lieues de pays. » — L'Esloilo.

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