LA COMÉDIE DES ÉTATS
de don gratuit 75 000 livres pour l'entretien du canal (1).
Comment, pour leur part, les gentilshommes eussent-ils chicané au roi l'argent des pauvres hommes du plat pays, quand ils songeaient à l'emploi de ces trésors qui retombaient en pluie de faveurs et de gratifications sur les courtisans (2), quand ils le voyaient, au milieu delà misère affreuse qui étreignait le royaume, embellir leurs logements dans ses châteaux royaux (1696), afin qu'ils y fussent encore plus à leur aw?(Dangeau, IV, 3.)
a Et votre don de l'assemblée ? demande madame de Sévigné à sa fille. — Madame, il est accordé. — A combien? — A huit cent mille francs. — Voilà qui est fort bien, notre pressoir est bon, il n'y a rien à craindre, il n'y a qu'à serrer, Ja corde est bonne ! » (IV, 271.)
Voici ce qu'écrivait à Colbert, à la date du 29 mai 1675, le duc de Lesdiguières, gouverneur du Dauphiné :
« Monsieur, je ne puis différer de vous faire savoir la misère où je vois réduite celte province : le commerce y cesse absolument, et de toutes parts on me vient supplier de faire connaître au roy l'impossibilité où l'on est de payer les charges. Il est assuré, monsieur, et je vous parle pour en être bien informé, que la plus grande partie des habitants de la dite province n'ont vécu pendant l'hiver que de pain de glands et de racines, et que présentement on les voit manger l'herbe des prés et l'écorce des arbres. Je me sens obligé de vous dire les choses comme elles sont, pour y donner après cela l'ordre qu'il plaira à Sa Majesté y>
(1) Dangeau, I, 159, 298; II, 96, 239; IV, 135, 302.
(2) « Le roi fait des libéralités immenses; en vérité, il ne faut point se désespérer; quoiqu'on ne soit point son valet de chambre, il peut arriver qu'en faisant sa cour on se trouvera sous ce qu'il jette. Ce qui est certain, c'est que, loin de lui, tous les services sont perdus... » — Madame de Sévigné, V, 177.
Ui HISTOIRE DES PAYSANS.