‹ Histoire des paysans (volume 3)Chapitre 53 sur 114 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

La guerre. — La misère grandit, encore. — Persécutions religieuses.

«( Les roturiers, appelés vilains, étaient gens méprisables, surtout les habitants des champs. » GuYOT, Traité des fiefs, T, 343.

Nous pouvons comprendre maintenant, d'après le bel exemple de la Bretagne, quelle tyrannie affreuse pesait sur les campagnes durant les plus glorieuses années du siècle de Louis XIV. Quel spectacle nous attend donc, grand Dieu ! lorsque nous arriverons à la période si longtemps désastreuse de ce règne?

Voilà ce que coûte aux peuples cette gloire militaire dont ils sont si jaloux. Suivant Texpression de Voltaire, on périssait de faim au bruit des Te Déum. Le commerce, l'activité, la vie avaient cessé; abondant dans une province, le blé, qui manquait dans une autre, pourrissait chez le paysan dont la masure effondrée ne pouvait pas même le mettre à l'abri; la mort était partout, et la terre, sans cul-

Uî HISTOIRE DES PAYSANS.

ture, tombait à vil prix entre des mains qui ne pouvaient plus, qui ne voulaient plus féconder son sein^ les laboureurs s'étant aperçus que le fisc absorbait tout et qu'il ne leur restait pas de quoi se nourrir. Bientôt il fallut des ordonnances royales pour les contraindre à ensemencer les champs (1). Les exigences du budget de la guerre augmentaient à mesure que diminuaient les ressources du pays, incapable désormais de suffire aux batailles, aux somptueux palais qui sourçaient de terre à la voix du roi-soleil^ aux pensions des hommes de lettres et des savants, étrangers aussi bien que Français. C'était décidément trop de gloire, et la France en mourait. On en était revenu aux manducatores et vastatores d'autrefois, l'argent ne rentrait plus qu'à force de contraintes (2), et les garnisaires couvraient le pays, que l'on ruinait encore pour le punir d'être ruiné déjà. Chacun, dès qu'il possédait quelque chose, se hâtait de se soustraire à une condition maudite qui n'assurait pas même le pain de chaque jour en échange d'un travail acharné, et s'empressait d'acquérir une de ces charges inutiles qui exemptaient des tallleâ et des corvées (3), signe de déchéance et devenues infamantes (4). C'est qu'en effet la

(1) Aiiciennei lois françaisest XX, 201, 541... — Voyez, pour la misère des paysans, rinsolvabilité des fermiers, Tavilisscment des propriétés, madame de Sévigné, IV, 388; V, 40C; VI, 215, 3H ; Vil, 419, VIII, lOS, 166, 180, 221, 275...

(2) « Ml de Clmulnes est occupé à recevoir toutes ces troupes qui viennent de tous côtés; c'est Une chose pitoyable que l'étonnement et la douleur des Bretons, qui n'en avaient point vu depuis les guerres du comte de Montfort et du comte de Blois; ce sont des larmes et des désolations. » — Id., 9 mai 1689. — « Ce ri^est pas sans peine que l'on louche (Quelque àrgedt en ce pays i les troupes ruinent tout. » — Id., 6 juin 1689.

(3) « Goigny était petit-fiis d'un de ces petits juges de basse Normandie, qui s'appelait Guillot, et qui, flls d'un manant, avait pris une de ces petites charges pour se délivrer de la taille, après s'être fôrt enri* chi. » — Saint-Simon, Vil, 120.

(4j « Ce qui aussi poussait avec tant d'ardeur m^k exenlptloni, c'eM

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