U GUERRE
serntttde de la taille avait succédé en quelque sorte à celle du corps, elle liait le paysan au sol ; il se retrouvait tail* lable de poursuite^ comme il avait été serf de poursuite; et le pauvre journalier qui ne possédait rien dans une paroisse où le travail manquait a ses bras, ne pouvait aller porter, au gré de son espérance, sa misère dans une autre qui lui semblait plus hospitalière, sanâ payer la taille en deux endroits pendant deux années, et pendant trois^ s'il passait dans une autre élection (1).
La Franch&Comté n'était pas remise encore des désastres de 1632 et de 1636, lorsque Louis XIV l'envahit une pfe* mière fois en 1667, une seconde en 1675, et l'annexa définitivement à la France. Arrachée à des midtres dont elle tentait à peine le joUg, privée des franchises à l'abfl des-» quelles elle prospéfoit depuis si longtemps, dépeuplée et ruinée à ne pas s'en relever de plus d'un siècle (2), elle trouvait que c'était payer bien cher le stérile honneur de ^'appeler française et d'appartenir à une puissante monar-* chie, et elle ne s'en consola que le jour où cette monarchie, en s'écroulantj lui rendit sa liberté perdue.
Préludant à la guerre effroyable qui, à peu d'années de là, devait faire du Pfllatinat une ruine fumante, Turenne, après; avoir brûlé & l'électeur palatin deux villes et vingts
que certaines impositions, telles qu6 la tàlile, la corvée, le Idgemeilt des gens dô ^effe, etc., iMpflmaient une tâche et Ufiè hitmiliation* » — Necker, De Vcdminiêtration deê (inanoBS, lil, 153<
(1) Forbonnalsi Redit sur lei finaneest sain. IG&i.
(2) « En Franche-Comté, l'agriculture était plus avancée il y a deux ou trois siècles. Les malheureuses guerres dont nous avons été si souvent le théâtre, les guerres surtout du siècle dernier ont détruit lés aticiens laboureurs, et nous ont amené ude foule d'étrangers, qtii ont substitué des méthodes plus faciles, mais Vicieuses, à celles qui étaient en usage. J*ai eu lieu de me convaincre, en comparant les baux anciens et modernes, que le produit d'une quantité très-considérable de nos territoires est fort inférieur aujourd'hui à ce qu'il fut autrefois. » — Pwreciot, II, 493,
i^H HISTOIRE DES PAYSANS.
cinq villages, c brûla avec le même sang-froid les fours et une partie des campagnes de TAIsace, pour empêcher les ennemis de subsister. Il permit ensuite à sa cavalerie de ravager la Lorraine. On y fit tant de désordres, que l'intendant, qui, de son côté, ravageait la Lorraine avec sa plume, lui écrivit et lui parla souvent pour arrêter ces excès. Il répondit froidement : € Je le ferai dire à Tordre ». Il aimait mieux être appelé le père des soldats qui lui étaient confiés, que ies peuples, qui, selon les lois de la guerre, sont tou^ jours sacrifiés. Tout le mal qu'il faisait paraissait nécessaire : sa gloire couvrait tout (1) ! n
Après la paix de Nimègue (1678), Colbert espéra reconquérir sa prépondérance et reprendre son œuvre interrompue. Mais Louis était lancé sur la route fatale, et lui-même touchait à la tombe. Un jour, accoudera l'une des fenêtres de son château de Sceaux, il promenait ses regards rêveurs dans l'espace qui prolongeait devant lui ses riantes perspec* tives : « En contemplant ces campagnes fertiles qui sont devant mes yeux, dit-il à quelqu'un qui l'interrogeait sur la cause de sa mélancolie, je me rappelais celles que j'ai vues ailleurs. Quel riche pays que la France! Si les ennemis du roi le laissaient jouir de la paix, on pourrait, en peu d'années, procurer à son peuple celle aisance que leur promettait le grand Henri, son aïeul! Je voudrais que mes projets eussent une fin heureuse, que tout le monde y fût content, et que, sans emplois, sans dignités, éloigné de la cour et des affaires, l'herbe crût dans ma cour (2) >.
Pendant les dernières années de sa vie, Colbert ne cessa point de supplier le roi de réduire ses dépenses : « Ce qu'il y a de plus important, lui dit-il, c'est la misère très-grande des peuples ; toutes les lettres qui viennent des provinces en parlent, soit des intendants, des receveurs généraux, ou
(1) Voltaire, HisU delouU XIV,
(2) D'Auvrigny, Vie des hommes illustres de la France,