CHAPITRE II
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La dtine rojale.
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BdicnLUEKRT, MMil de la FrâBet,
Cependant les yeux de Louis restaient obstinément fermés à la lumière, et, en dépit des rapports des intendants, rœntre de dépopulation continuait aTec les persécutions contre le4 huguenots. Dans le Languedoc, surtout, il semblait que les temps des guerres des Albigeois fussent revenus, et que les lauriers de Simon de Montfort empêchassent le terrible intendant Bas^'ille de dormir, comme ceux de l'abbé de Gtteaui troublaient le sommeil de Tabbé de Chayla, inspecteur des missions. Ce dernier avait transformé son château en un lieu de torture. Un jour, dans une seule expédition, au pont de Montvcrt, dans les Cévennes, il s'était emparé de soixante protestants de tout âge et de tout sexe, qu'il enleva et tratoa dans son antre pour les torturer à son aise, afin de rallumer dans ces âmes envahies par les ténèbres de l'erreur le flambeau éteint de la vérité. Parmi les captifs se trouvait la fiancée d'un jeune Cévenol qui, resté libre, jure de mourir oude la tirer de ses mains redoutables. Rassemblant ses parents, ses amis et ceux de la jeune fille, il embrase aux feux de son amour toutes ces passions qui fermentent sourdement; on s'excite, on s'arme, on s'élance, et le château de du Chayla est emporté d'assaut, Les captifs tombent dans
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les bras de leurs libérateurs et leur montrent leurs plaies récentes, leurs membres brisés par la torture et disloqués par la pression des poutres fendues dans lesquels ils ont été attachés. Ces instruments de supplice s'appelaient les ceps de l'abbé du Chayla. Tous poussent un cri de fureur et de vengeance, et bientôt le bourreau de tant d'innocentes victimes est saisi et pendu.
Basville, effrayé, demanda du renfort et obtint vingt mille hommes. Un redoublement de rigueurs et de vexations a pour effet de faire soulever tout le pays, et bientôt tous les villages des régions cébéniques sont en armes pour la commune défense, guidés par quelques-uns d'entre eux, Roland, Cutinat, Ravenel, et surtout par Jean Cavalier, jeune paysan qui, âgé de vingt ans à peine, sut résister victorieusement à plusieurs maréchaux de France, et, pendant plusieurs années, soutenir une guerre d'extermination avec une intrépidité et une supériorité de talents qui eussent honoré un vieux général. Ce fut, des deux côtés, une effroyable guerre, mais dans laquelle les paysans, armés d'ailleurs pour la défense de leur religion, de leurs familles et de leurs biens, ne firent que rendre une partie du mal qui leur était fait.
La commune de Mariége avait été contrainte de donner asile aux Camisards, vainqueurs des soldats du maréchal de Montrevel. Celui-ci se vengea de ses défaites réitérées sur ce village, qu'il fit incendier. Cavalier lui écrit alors qu'au premier village brûlé il en fera incendier deux, puis trois, et ainsi de suite, en augmentant toujours. Montrevel dédaigne de répondre, et Cavalier, joignant l'exécution à la menace, brûle deux villages catholiques. Il repose ensuite ses troupes dans le bourg de Vestris, auprès de Nimes, et à peine sontelles éloignées, que Montrevel le fait encore détruire par le feu. Les Camisards en brûlent trois. Exaspéré, le maréchal redouble de fureur, et souvent les soldats, sans donner aux paysans le temps de fuir, les ensevelissaient sous les ruines de leurs chaumières embrasées.
« Aussitôt, cette expédition fîit comme une tempête qni ne laisse rien à ravager dans un champ fertile, dit un écrivain du temps (1). Les maisons ramassées, les granges, les baraques, les métairies écartées, les cabanes, les chaumières, tous les bâtiments tombèrent sous l'activité du feu : tout de même que tombçnt sous le tranchant de la charrue qui les coupe les fleurs champêtres, les mauvaises herbes, et les racines sauvages. »
On tuait tout, sans sommation, les femmes, les enfants, les vieillards; on les massacrait après la défaite, et en février 1703 un des lieutenants de Montrevel lui rendait compte en ces termes de Tune de ces sauvages expéditions :
« Comme dans nos marches, à la moindre alarme, nous aurions été embarrassés de garder les prisonniers, je prisla peine de letir faire casser la tête à mesure qu'on me les conduisait. Le roi épargne les frais de justice et ceux d'exécution, et même la corruption des juges subalternes^ qui souvent par intérêt justifient les coupables . ]>
A Montrevel succéda Villars (1 704). Une fois sur les lieux, rilluslre maréchal étudia les causes delà révolte. Les Garnisards élnicnt, au début, les plus pacifiques et les plus inoffensifs des hommes poussés à bout par des iniquités et des violences inouïes, par d'intolérables persécutions. Ils s'étaient soulevés pour la défense de leurs biens confisqués ou menacés, de leurs enfants, de leurs filles qu'on leur enlevait, de leur culte qu'on les empêchait de suivre. Ces nouveaux Jacques, en un mot, étaient les défenseurs de la plus sainte et de la plus légitime de toutes les causes qui puissent justifier l'effusion du sang humain, les champions de ce qui est et restera éternel et sacré parmi les hommes-: ils combattaient pour la religion, la famille et la propriété, indignement foulées aux pieds par le plus orgueilleux des despotes.
^ Ce que je démêlai le plus clairement, dit Villars, c'est
(1) Louvreleuil, prêtre, U Fanatisme dévoilé.
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qu'on employait contre les coupables les supplices les plus cruels sans grâce aucune, et je jugeai que c'était peut-être cette rigueur inflexible qui les portait aux actions barbares qu'on leur reprochait, et à exposer sans ménagement dans les combats une vie qu'ils étaient infailliblement destinés à perdre par une mort ignominieuse et cruelle (1), »
A son avis, le parti qu'il défendait ne valait pas mieux que celui qu'il combattait. Parmi les catholiques, on rencontrait des fanatiques non moins exaltés que parmi les protestants.^ D'autres, entraînés par leur cupidité, se voyant les plus nombreux et les plus forts, regardaient le bien des hérétiiques, et même des nouveaux convertis, comme une proie qui leur était due. A les entendre, il n'y avait d'autre parti à prendre que de tuer tous ces gens-là, du moins de les chasser du pays sans distinction. » (/rf., 137.) — « ... Nous découvrîmes aussi que, parmi nos commandants, ceux surtout qui étaient du pays, il y en avait qui craignaient la fin de la guerre, qui leur aurait fait perdre leur petite domination; qu'ils écrivaient aux révoltés des lettres dures, qui leur faisaient croire que les offres de grâce dont ils accompagnaient leurs menaces n'étaient qu'un leurre pour les surprendre. Nous eûmes lieu de croire que quelques massacres qu'on voulait faire passer pour fortuits avaient été ménagés pour intimider et éloigner plus que jamais des rebelles qui étaient prêts à se rendre. » {Id. 138 )
Berwick à son tour succcéda à Villars, et quand la paix fut enfin rétablie dans les Ce venues, en 1711, ce ne fut guère que la paix des tombeaux, et les dragonnades restèrent en permanence dans le pays jusqu'au règne de Louis XVI. Roland fut tué ; d'autres chefs se soumirent, à l'exemple de Cavalier, avec lequel il fallut traiter, et qui obtint le commandement d'une légion qui devait être composée de ses anciens compagnons d'armes. Louis voulut voir cet
(1) Vaiare, Mémoires, 136.
homme qui avait tenu en échec ses meilleures troupes.; mais il laissa tomber sur lui un regard dédaigneux^ haussa les épaules et passa outre. Abreuvé de dégoûts, Cavalier se réfugia en Suisse, puis en Savoie, puis enfin en Angleterre, où il parvint au grade de général-major et de gouverneur de Tîle de Jersey. On peut assurer que ce hardi paysan n'eût point parcouru dans sa patrie une aussi brillante carrière.
Ainsi, la France aux abois râlait et agonisait sous la ty< ranniedu vieux.roi, qui chargé providentiellement de lasser la patience du peuple et de commencer à détruire le prestige qui environnait le trône, courbait les plus hautes têtes de la cour devant une créole, ptMiqm, veuve à raumâne d'un poëte cul-de-jalte. (Saint-Simon, XXI, 18.) Toutefois il fallait du temps avant que Ténergie revint à cette nation dont la tyrannie avait brisé tous les ressorts, et épuisée d'hommes aussi bien que d'argent (1), elle était livrée par son abattement même à tous les caprices de l'arbitraire. «Une grêle d'impôts, dit un contemporain (2), déguisée sous une infinité de prétextes et de noms extraordinaires, tombait chaque jour sur le misérable peuple. J'étais témoin de ses gémissements et des fréquentes excursions que les archers elles sergents faisaient sur lui. Les procédures et les extorsions que ces oiseaux dé rapine exerçaient mirent en fuite plusieurs habitants insolvables dont les maisons restèrent désertes. Chacun craignait de passer pour opulent; ceux
(1) « Les levées d'hommes étaient en raison des levées d'argent 25 000 soldats furent pris outre-Loire en une seule année. Louis XIV essaya de fermer ces plaies par plusieurs hautes faveurs. Une des plut efficaces et des mieux placées, fut celle qui comprit un grand seigneur breton, le marquis de Bruc de Montplaisir, dans les sept grand-croix de la création de cet ordre de Saint- Louis, qui devait enfanter des miracles de bravoure. » — Pitre-Chevalier, la Bretagne ancierme et nuh cferncy 612.
(2) Valentin Duval, Mém. manuscr., bibliothèque de Tarsenal (H. F.f MSV^?^6, foi; 2(1,^1}.