VAUBAN
davantage, ni plus ouïr parler des autres impôts et vexations. Â la fin^ il fallut laisser tomber cet édit d'impôt sur les baptêmes et sur les mariages, au grand regret des traitants, qui, par la multitude, et bien autant par les vexations, les recherches inutiles et les friponneries, s'y enrichissaient cruellement. » (Saint-Simon, X, 24.)
Voilà comment l'orgueilleux duc de Saint-Simon juge l'une des dernières scènes de la jacquerie : comme tous les autres, il amnistie Jacques Bonhomme pour rejeter toute la responsabililé sur ses tyrans.
Cependant il y avait alors en France un homme, trop grand pour son siècle^ et dont le peuple vénérera le nom quand il aura laissé retomber dans l'oubli tous ces faux héros du passé, qui employait les loisirs que lui faisait l'ingratitude de son maître à chercher des remèdes aux misères publiques et à tenter de raffermir sur ses ancres la monarchie prête à sombrer au milieu d'un cataclysme universel. Chercher est la destinée et le bonheur, trouver est la bonne fortune des hommes de génie; mais il est un écueil contre lequel ils viennent se briser tous, il est uii obstacle qu'il ne leur est point donné de franchir. L'écueil, c'est la routine; l'obstacle, c'est l'ineptie de cette tourbe immense qui crie invariablement : Impossible ! à tout progrès et à toute nouveauté ; c'est le lâche égoisme de tous ces exploiteurs de vieux abus qui savent si bien l'art de faire massacrer Gracchus par le peuple lui-même, et crucifier Jésus par les mêmes mains égarées qui délivrent Barrabas. L'obstacle, le duc de Saint-Simon le confessait, douze années plus tard, lorsqu'il s'écriait avec désespoir :
« Ceci m'arrache une vérité que j'ai reconnue pendant que j'ai été au conseil de régence, et que je n'aurais pu croire, si une triste expérience ne me l'avait apprise, c'est que tout bien à faire est impossible I Si peu de gens le veulent de bonne foi, tant d'autres ont un intérêt contraire
à chaque sorte de bien qu'on peut se proposer! » (XXIX, 198.)
On comprend que je veux parler de Vauban et de son fameux projet de dtme royale, prise proportionnellement sur tout ce qui porte revenu, fruits ou autres (1707).
Avec sa maladresse d'homme de génie, Yauban, au lien de flatter les puissances du jour, les heurtait de front, faisait des souffrances du pays un tableau que signerait le plus vigoureux critique de nos jours, et posait en principe, et comme point de départ, deux aphorisraes fort impertinents, et qui, à eux seuls, suffisaient pour faire rejeter bien loin l'œuvre et son auteur :
cl"* C'est une obligation naturelle aux sujets de toutes conditions de contribuer à proportion de leur revenu ou de leur industrie, sans qu'aucun d'eux s'en puisse raisonnablement dispenser.
« 2** Tout privilège qui tend à l'exemption de cette contribution est injuste et abusif, et ne peut ni ne doit préva* loir au préjudice du public.]» (P. 24.)
a Par toutes les recherches que j'ai pu faire depuis plusieurs années que je m'y applique, disait-il, j'ai fort bien remarqué que, dans ces derniers temps, la dixième partie du peuple est réduite à la mendicité et mendie efTecUvement; que, des neuf autres parties, il y en a cinq qui ne sont pas en étal de faire l'aumône à celle-là, parce qu'euxmêmes sont réduits, à très-peu de chose près, à cette malheureuse condition ; que des quatre autres parties qui restent, les trois sont fort malaisées et embarrassées de dettes et de procès; et que, dans la dixième, où je mets tous les gens d'épée, de robe, ecclésiastiques et laïques, toute la noblesse haute, la noblesse distinguée et les gens en charges, militaires et civils, les bons marchands, les bouN Pfeois rentes et les plus accommodés, on ne peut pas compter sur cent mille familles, et je ne croirais pas mentir quand Je (Jimis qu'il n'y en a pas dix milje^ petites ow granjles,