‹ Histoire des paysans (volume 3)Chapitre 64 sur 114 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La France est envahie. — Fénelon. — L'hiver de 1709. — Inondations. — Famine. — Extorsions fiscales. — Le prisonnier de la Bastille.

« Si ceux qui passent leurs jours dans les travaux rustiques avaient le loisir de murmurer, ils s'élèveraient contre les exactions qui leur enlèvent une partie de leur substance. Ils détesteraient la nécessité de payer des taxes qu'ils ne se sont point imposés, et de porter le fardeau de l'Etat sans participer aux avantages des autres citoyen?. »

Voltaire, Siècle de Louis XIV. Finances.

A ces misères déjà si grandes se joignit encore le fléau de l'invasion. La France, qui, depuis bien des années, portait la guerre sur le territoire de ses adversaires, nourrit à son tour les armées de l'ennemi, et tandis que Marlborough prenait ses quartiers d'hiver sur la frontière et levait une contribution de 3500000 livres, que l'Artois payait pour se racheter du pillage et de l'incendie, le prince Eugène envoyait sa cavalerie ravager la Champagne et ses environs. (Saint-Simon, XII, 36; XIX, 87.) Heureux encore que Té-

tranger voulût bien oublier ou pardonner cette guerre effroyable qu'en 4689 Louis XIV avait déchatnée sur le Palatinal, alors que le farouche Hclac, qui couchait atec dem grands loups, pour ajouter encore à la terreur qu'il inspirait, et qui disait qu'il n'y avait ni Dieu ni diable, parce qu'il avait tout fait pour entrer en rapport avec ce dernier, sans avoir pu y réussir; — alors, disons-nous, que Mélac employa deux longues années à tout brûler dans ces riches pro* vinces.

Les troupes n'étaient plus payées depuis longtemps; les officiers, les soldats manquaient de tout; ces derniers avaient à peine des souliers, et l'armée française, comme Tennemi, ne vivait que de contrebande et de pillage (1). Mourant de de faim, demi-nue, elle n'avait ni pain, ni farines. (Saint- Simon, IV, 269.) La Picardie et l'Artois furent envahis par Marlborough : quelques villages furent détruits, quelques maisons détruites jusqu'aux portes d'Arras, dont l'ennemi faillit s'emparer après avoir occupé un de ses faubourgs. La province, pour éviter de plus grands désastres, se raclieta moyennant 3 500000 livres, qui furent payées taiit en numéraire qu'en denrées alimentaires. (W., 213. — Dangeau, XII, 188.)

C'est alors que l'on vit l'une des plus illustres victimes de Louis, Fénelon, se venger comme se vengent les grandes âmes, en soulageant les misères immenses accumulées par l'inepte aveuglement du grand roi. Son diocèse était envahi par les camps des deux armées en présence : on ne voyait de tous côtés que des bandes de paysans fuyant, sans asile, avec leurs familles et leurs troupeaux, loin de leurs habita* tiens dévastées, et la famine ne tarda pas à venir ajouter ses poignantes tortures à toutes les calamités de la guerre. Le soldat, qui l'avait causée, mourant de faim et n'ayant plus la force de combattre ni de défendre son camp, ne savait

Hailiy, 11, 23.

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