L'ARMÉE DÉVASTE LES CAMPAGNES
ne veulent et ne savent nul bien ni service faire; lesquels sont coutumiers de manger et dévorer le peuple, le dénuer et dépouiller de tout son bien, perdre, gâter et dissiper tout ce qu'ils trouvent, battre, meurtrir, chasser et mettre le bonhomme hors de sa maison, tuer et tyranniser nos pauvres sujets, et leur faire plus tfoppresse, de violence et de cruauté que nuls ennemis, fussent-ils Turcs ou infidèles, ne voudraient faire ni penser. »
Voilà pour le moral; le physique n'est pas plus séduisant, et Brantôme nous en a laissé un portrait qui semble esquissé avec le crayon de Callot :
« D'autres les ont appelés aventuriers de gmrre, et aussi tels que les trouverez vous-même dans les vieux romans de Louis XII et de François P"", au commencement, et peints et représentés dans les vieilles peintures, tapisseries et vitres des anciennes maisons, et Dieu sait comment représentés et habillés, plus à la pendarde vraiment, comme l'on disait de ce temps, qu'à la propreté, portant des chemises à longues et grandes manches, comme Bohèmes de jadis et Mores, qui leur duraient vêtues plus de deux et trois mois sans changer, ainsi que j'ai ouï dire à aucuns, montrant leurs poitrines velues et toutes découvertes, les chausses plus bigarrées, découpées, déchiquetées et balafrées, usant de ces mots ; et la plupart montraient la chair de la cuisse, voire des fesses; c'étaient la plupart gens de sac et de corde, méchants garnements échappés à la justice, et surtout force marqués de la fleur de lys sur l'épaule, essorillés, et qui cachaient les oreilles, à dire vrai, par longs cheveux hérissés, barbes horribles, tant pour cette raison que pour se montrer eff'royables à leurs ennemis. »
Les ordonnances ne suffisant pas pour réprimer les excès de ces bandits, François s'adressa aux gouverneurs des provinces. Citons la lettre qu'il écrivit, en date du 8 mai 1523, au baron Turpin de Crissé, chargé par lui de rétablir l'ordre en Anjou : l'on pourra juger de la graudexiï dw \xva\.
par la violence de la répression et par cette terrible délégation du pouvoir royal :
« Ayant été averti des énormes pilleries, sacrilèges, rançonnements, meurtres, oppressions, violements de femmes, de filles, et autres innumérables maux et cas exécrables que font et commettent chaque jour plusieurs aventuriers vagabonds et gens sans aveu, qui s'assemblent en grandes bandes, tellement qu'il n'y a plus personne, soit nobles, gens d'Église, communaiutés de villes, villages et paroisses, ni contrées en notre royaume qui soient en sûreté de leurs personnes et de leurs biens;... et même qu'ils se sont mis et mettent chaque jour en devoir d'assaillir par force avec arquebuses, crochets et fauconneaux qu'ils conduisent avec eux, les villes et châteaux de notre dit royaume, et ce fait, en ont à plusieurs pris par force et iceux pillés et saccagés à grandes effusions de sang des habitants d'iceux et de notre povre peuple, à notre très-grand regret et déplaisir; et pour ce que lesdits aventuriers et vagabonds se pourraient de plus en plus assembler et continuer lesdits détriments, cas et maux dessus dits, tellement qu'adviendrait la totale ruine et destruction de notre peuple et royaume, si par nous n'était sur ce promptement pourvu. C'est pourquoi... nous avons donné et donnons par ces présentes pouvoir dfr mander et assembler tous les nobles bans et arrière-bans, prévost des marchands, francs archers, gens de guerre de nos ordonnances, communautés de villes, paroisses, ainsi que besoin sera, en telle manière qu'ils soient les plus forts et que notre ordonnance soit gardée. A ce fait, chassez, départez, rompez, saccagez, faites prendre et mettre en pièces lesdits aventuriers, vagabonds et autres de la condition dessus dite... Et de ce que par vous et ceux qui seront en votre compagnie sera fait audit effet, vous avons et eux semblablement déchargés et quittés, déchargeons et quittons à pur et à plein des exécutions qui auront été faites, comme pour choses raisonnables et faites contre ennemis de nous