LES CAMPAGNES AU PILLAGE
et de la chose publique, et sans que jamais on en puisse à vous et à eux aucun quereller ni demander jugement... vous donnons et à chacun des dessus dits donnons pouvoir avec commission et mandement spécial, nonobstant bpposi' tions ou appellations quelconques pour lesquelles ne voulons être détîéré quelconques ordonnances et défences contraires. »
Réprimés et écrasés pour un temps, ces bandits reparurent pendant la captivité du roi (1525). Les nobles ne pouvaient manquer de retrouver également toute leur audace. Dans le Poitou, l'Anjou, le Maine, la Saintonge, partout enfin, cantonnés dans leurs châteaux, ils pillaient les passants et les laboureurs, et noyaient dans les fossés de leurs donjons les sergents qui se hasardaient à leur porter des assignations. François P% pour porter remède à de pareils désordres, députa un président et douze conseillers, escortés par le grand prévôt des maréchaux et quatre cents archers pour tenir les grands jours à Poitiers, puis à Riom. Les séances durèrent deux mois; douze gentilshommes eurent la tête tranchée, la plupart des autres prirent la fuite, leurs biens furent confisqués et leurs châteaux rasés.
Les mêmes crimes nécessitèrent la même répression dans la Normandie, où François P^ fit ouvrir les grands jours à Bayeux, en i5i0. Il fallut les rouvrir encore en 1548. « Quels excès, quelles violences, je ne dirai pas accidentelles, mais de tous les jours, le peuple avait à endurer de la part des gentilshommes ! 3> s'écrie l'historien du parlement de Normandie (1).
Pour achever le tableau, disons que la peste continuait à ravager plusieurs provinces (2).
Il semblait que rien ne pût profiter aux campagnes, ni la paix, ni la guerre, ni la captivité du roi, ni même sa
(1) Floquet, Hist. des parlent, de Normandie, II, 21-31, 42.
(2) J. Guérinière, Hist. du Poitou, II, 257.
liberté, car après avoir démembré et ruiné le royaume pour le racheter, on le pressura encore pour les fêtes brillantes qui célébrèrent le retour de la paix. C'est Jacques Bonhommefqui avait souffert, c'était la cour qui se réjouissait, « afin d'ensevelir la mémoire des brûlements, pilleries, meurtres, violeraents et pertes d'âmes que si longues guerres avaient mené en ce royaume (1). » La nature se mit de la partie, les saisons se déplacèrent, et, au bout de cinq années de perturbation dans la température (1528-1534), la peste et la famine réunies emportèrent le quart de la population du royaume. (Mézeray, VII, 402.) Le désordre, Tanarchie étaient partout; le pillage était devenu un moyen d^établir honorablement ses enfants (2), le chef volait ses soldats, comme ceux-ci volaient les hommes des « villes champêtres »[; et c'est en vain que Ton pressurait le pauvre ahanier, réduit, dans bien des provinces, à disputer aux porcs les glands des forêts (Léopold Delisle, 198), pour lui arracher des deniers que se partageaient et empochaient impudemment les plus puissants de l'Etat, chefs judiciaires aussi bien que chefs militaires, aussi bien que gouverneurs de provinces.
Le comte de Chateaubriand était gouverneur de la Bretagne ; Varillas l'accuse d'avoir lâchement assassiné sa femme, qui avait, comme tant d'autres, obtenu les faveurs du volage monarque, dans le même temps qu'elle accordait les siennes à Boucicaut et au connétable de Bourbon, après avoir poussé aux honneurs ses frères, parmi lesquels le célèbre maréchal de Lautrec. Mais ce softt là des détails de ménage : passons. La province s'impose extraordinairement pour faire creuser et élargir la Villaine, afin que les vais-
(1) Mémoires de Fr. de Scépeaux, sire de Vieilleville, I, 90
(2) « Or, peut-ôtre qu'il y en a aucuns qui diront : Si je ne dérobe le roi et les soldats, ù présent que j'ai charge, comment acheplerais-je des biens pour pourvoir mes enfants? » — Comment, de Biaise de Montluc, 1,16.