‹ Histoire des paysans (volume 3)Chapitre 95 sur 114 · LES CAHIERS DES BAILLIAGES · texte numérisé non relu

LES CAHIERS DES BAILLIAGES

arrêtés, corvées arbitraires et de fantaisie; servitudes, prestations bizarres et onéreuses, cueillettes de rôles incoUectibles, aveux, mimes, impunissements, procès ruineux et sans fin, la verge du fisc seigneurial toujours dressée sur nos tètes; vexations, ruines, outrages, violences, servages funestes, sous lesquels les paysans, presque au niveau des serfs polonais, ne seraient jamais que malheureux, avilis et opprimés : tels sont les tableaux de désolation que présentent les cahiers des campagnes. y>

« Que l'usage des moulins à bras soit libre ; qu'on proscrive absolument la capitation seigneuriale à raison de ces tristes machines, et que la postérité ignore, s'il se peut, que la tyrannie féodale bretonne, armée du pouvoir judiciaire, n'a pas rougi, dans les derniers temps, de briser les meules à bras, et de vendre annuellement à des malheureux la faculté de broyer entre deux pierres une mesure d'orge ou de sarrasin... Qu'il suffise à la féodalité de son sceptre de fer, sans qu'elle y joigne encore le poignard du traitant. ^ Soient à jamais supprimés tous les usements barbares sous lesquels cinq cent mille individus gémissent encore dans une grande partie de la basse Bretagne, tels que |ceux des domaines congéables, de motte et quevaise, restes odieux de la tyrannie féodale. Les congéments sont une source perpétuelle de ruine pour les familles, de discorde et de haine, de violence, et même de meurtre et d'incendie... Qu'on abolisse gratuitement les chevauchées, quintaine, soûle, saut de poisson, baiser de mariées, chansons, trànsport de l'œuf sur la charrette, silence de grenouilles et autres usages de ce genre, aussi outrageux qu'extravagants. » (Rennes, 57, 70.)

« Qu'on aboHsse pour toujours la mainmorte servile, demande le Nivernais (39), attendu que cet abus, par suite duquel les serfs n'ont ni la faculté de tester ni celle de changer de domicile, ni celle de choisir un état à leur gré, expose d'ailleurs les gens de cette malheureuse condition à

uo histoire'des paysans.

être partagés comme un vil bétail, quand leur père est mainmortable d'une seigneurie et leur mère raainmortable d'une autre; qu'il est, par conséquent, contraire au droit naturel et à la liberté générale des citoyens et à l'intérêt public, et qu'on ne peut, à ce moyen, le considérer que comme le fruit de la violence et de l'oppression. »

« Le droit d'indire(l), celui de jambage, celui de guet et de garde, de mainmorte et tous ceux qui en résultent, sous quelque titre et dénomination qu'ils existent, seront abolis. » (Dijon, 27.)

« Que toute servitude personnelle, corvée à miséricorde, mi-lods en ligne directe, et retrait féodal et casuel, soient abolis sans indemnité, ainsi que tous les droits insolites, autres que les cens et servis, tels que ceux de leide, couponage, cartelage, barage, fouage, maréchaussée, ban-vin, ban d'août, fours, pressoirs, moulins banaux, tabellionages et autres semblables. » (Lyon, 23.)

Portant une main hardie sur la propriété des nobles, Rodez et le Périgord retournent l'axiome féodal : <l Point de terre sans seigneur», et demandent que le franc-fief soit supposé, sans titre, ni exprès, ni éaonciatif.

« Les députés réclameront la suppression des francs-fiefs, disent la Rochelle et Rennes ; ce droit, monument de la barbarie féodale, était onéreux en lui-même, injurieux au tiers état, et devenait chaque jour plus- vexatoire par les rigueurs de la perception. » (Art. 28, G5.)

La Franche-Comté proteste contre la servitude qui pèse sur elle :

« Vous avez, sire, dans vos armées, plus de trente mille serfs francs-comtois. Lorsque quelques-uns d'eux parviennent, par leur mérite, au grade d'officier, et qu'après avoir obtenu leur retraite avec une pension, au lieu de retourner avec leurs frères ou leurs neveux dans la hutte où ils

(1) C'est la taille aux quatre cas.

Page 1