LES TROIS ONCLES DU ROL
humain du pauvre peuple s*en plaint et crie hautement (1). y^ Pour unique satisfaction aux doléances du peuple, le jeune roi donna de belles fêtes, <l prit ses esbattements, dansant et carolant avec Içs frisques dames et damoiselles de Montpellier >, et fit brûler vif sous ses fenêtres le trésorier de son oncle, Betisac, qui jusqu'au dernier moment protesta qu'il n'avait rien fait que suivre les ordres du duc de Berry. Depuis surtout la bataille de Rosebecque, qui frappa d'un coup mortel la démocratie européenne tout entière, il semblait que les oncles du roi eussent pris à tâche de ruiner le royaume. Le vol et l'assassinat furent employés contre la boui^eoisie de Paris : quant au plat pays, abattu et sans défense, les agents des ducs lui mirent le genou sur la poitrine et le poignard à la gorge, et l'on peut dire que durant tout ce long et honteux règne, les manants se virent encore une fois réduits à la condition de serfs taillablesà merci et à miséricorde (2). Pour s'acquitter à l'égard des seigneurs qui l'avaient suivi en Flandre, le roi trouva plus aisé de leur permettre de lever sur leurs terres ce qu'ils devaient pour solder les gens qu'ils lui avaient amenés. On n'ignorait pas cependant qu'autoriser les chefs militaires et les châtelains à se payer par leurs propres mains, c'était déchaîner sur les campagnes la violence et le brigandage. Mais, comme si ce n'était pas trop déjà, le roi compléta son œuvre en ruinant par avance leurs terres, et « en imposant fraîchement nouvelles tailles sur leurs gens, lesquelles avant tout devaient être payées, les seigneurs restant derrière ». (Froissart, n, 264.)
Ceux-ci suivirent à l'égard de leurs soudoyers le facile
(1) Frossart, III, 17-25.
m Lorsque les vassaux opprimés se plaignaient de l'excès des impositions, le prince doublait la somme, et punissait la résistance par des amendes, par la prison, et même par la mort. » — Bailly, Hist, financière de la France, I, 153.
(2) Froîwrt, H, 264, 548. — Juv. des i>sins, 3â0.
procédé du roi à leur égard : ils tirèrent de la taille tout ce qu'ils purent, et dirent ensuite à leurs gens d'armes de se payer eux-mêmes sur le plat pays. De pareils ordres étaient toujours compris à demi-mot : l'armée se. rua donc sur les pauvres ahaniers, « rançonnant le peuple, faisant merveilleuses pilleries et maux innumérables,... commettant sur d'ihnocentes créatures encore en enfance des énormités pires que le violement, et qui n'ont point de nom en France (1). »
C'est en vain que le paysan est mis sous le pressoir. De toutes ces tailles qui se succèdent comme ces sombres nuées que chasse l'ouragan, rien n'arrive jusqu'au trésor du roi, tout est absorbé au passage par ses oncles et par leurs créatures : tous les services publics sont arrêtés; les troupes, sans solde, se jettent sur les hameaux, et Jacques Bonhomme voit avec terreur revenir les jours néfastes du règne de Jean II (2). Poussé à bout, il essaye une fois encore de heurter son bâton ferré contre la lance des hommes d'armes, excité, comme toujours, par la bourgeoisie des villes et par quelques nobles, qui soulèvent ses colères et dirigent ses coups (3). « Presque tous les habitants de la campagne abandonnèrent leurs travaux, s'attroupèrent dans la résolution, disaient-ils, de délivrer le pays des impôts, et de le mettre en son ancienne liberté 3^. (Velly.) Bien ancienne, en effet, et dont la tradition eût dû être oubliée, mais qui demeurait vivace au fond de leurs cœurs, et leur mettait parfois les armes à la main. Ce n'est donc pas la soif du pillage, un besoin inné de mal faire et l'instinct du crime qui les pous-
(1) Juv. des Ursins, 343; — Le laboureur, Hist. de Charles VI, 7.
(2) « Les gens de guerre estant sur les champs piUaient, robaienl» prenaient prisonniers, efforçaient femmes, violaient vierges, et faisaieot tous les maux que ennemis pourraient faire, excepté bouter feux. » — Juv. des Ursins, 324.
(3) Dom Vaisselle, Hist. du Languedoc, liv. XXXIH, p. 382. — Papon, //isL de Provence,\vi.^\\\,'i^V<J^. '