‹ Histoire des paysans (volume 4)Chapitre 111 sur 145 · U FRANCE TRAHIE PAR LA NOBLESSE · texte numérisé non relu

U FRANCE TRAHIE PAR LA NOBLESSE

instant de quelques années le cours de l'histoire : ce n'est ni du roi ni de la noblesse que viendra le salut.

C'est au commencement de janvier !412, les deux partis rivaux d'Armagnac et de Bourgogne déchirent la France et tiraillent la couronne sur le front de Charles YI en démence. Une lueur de raison parait se ranimer chez l'infortuné monarque, le duc de Bourgogne Jean sans Peur s'empare de son esprit vacillant et menace la faction contraire. Alors les princes des fleurs de lis, sacrifiant le royaume à leurs misérables passions, implorent le secours de l'Angleterre, et les ducs d'Orléans, de Berry et de Bourbon, les comtes d'Armagnac et d'Alençon, le connétable Charles d'Albret, avec les principaux chefs de leur parti, ouvrent le sol sacré de la patrie à Henri Y de Lancastre, qui leur promet le secours de huit mille hommes d'armes, à la condition que, consentant à relever de lui et à tenir en fief de l'Angleterre leurs propres possessions, qu'ils conserveront en viager seulement, ils s'engagent à lui prêter aide et secours pour recouvrer le Poitou, le Limousin, et tout son duché d'Aquitaine.

Cet acte d'incroyable félonie porta ses fruits, l'Anglais rentra en France par cette porte que lui ouvrait la trahison des princes du sang, et dix-huit années ne s'étaient pas écoulées que Paris, Paris lui-même, le désespéré lutteur du siècle précédent, Paris était au pouvoir de Henri V ; les campagnes, plus malheureuses encore s'il est possible cpi'aux jours du roi Jean, agonisaient sous l'oppression des successeurs du Prince Noir, de Talbot et de Robert Knowles, tandis que les fils des vaincus de Crécy, de Poitiers^ et d'Azincourt, n'osant plus même combattre l'étranger, se faisaient chefs de bandits et venaient en aide à l'œuvre d'extermination qu'accomplissait l'Angleterre. Sans doute le roi de France ne gémissait pas captif à la tour de Lon- ^^6s; mais sans armée, sans argent^ sans capitale, il fuyait, abritant sa criminelle insouciance derrifete Ves m\îLX«!^^^

des forteresses de la Touraine, et, doutant de sa cause et de la France, prêt à quitter la patrie pour aller mendier chez l'étranger un asile et l'oubli.

Il fallait un miracle pour sauver la France : Dieu fit le miracle, et pour que sa puissance éclatât au'x regards les plus aveuglés, de même que jadis il avait fait naître son Christ au sein d'une petite peuplade asservie et dans l'étable des compagnons des rudes travaux du laboureur, cette fois encore c'est des rangs les plus infimes de la classe avilie qu'il fait surgir celte seconde émanation divine, et c'est sous le chaume des paysans qu'il abrite ses premières années.

Ce nouveau Messie avait eu son précurseur. Une simple fille du peuple, Marie d'Avignon, avait été tourmentée de visions persévérantes; elle avait vu, dans ses rêves, des armures et des combattants ; elle avait vu avec effroi une femme guidant des guerriers au milieu de la mêlée. On l'avait rassurée en lui disant que ce rôle ne lui était pas réservé, mais à une jeune vierge par la main de laquelle Dieu délivrerait la France. On connaissait aussi une vieille prophétie attribuée à Merlin, qui annonçait qu'une vierge venue des environs du Bois- Chenu sauverait le royaume (1).

Il y avait sur les marches de la Lorraine une langue de terre champenoise dont les habitants, qui n'avaient jamais été affranchis des lois rigoureuses du servage, se trouvaient placés dans cette situation bizarre qui se prêtait si meneilleusement aux extorsions armées des porte-lances. Domremy avait pour seigneur Pierre de Bourlemout, noble champenois. Une partie du territoire et des habitants relevait directement du roi de France, et ressortissait à la prévôté d'Andelot, du baillage de Chaumont et du comté de Champagne. L'autre partie, qui ne relevait qu'indirectement de la couronne, dépendait de la prévôté de Gondrecourt, ressortissant au duché de Bar.

(i) Quicherat, Procès et RèHaUlUaliotv dt Jeanne Dure, III, 83.

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Bans la nuit des Rois, le 6 janvier 1412, au moment précis où les princes qui entouraient le trône appelaient l'Anglais au secours de leur cause, un étrange spectacle se passait dans cet obscur hameau, et Ton put croire revenus les temps où le Sauveur naissait dans la crèche de Bethléem, «c Tous les habitants, saisis d'un inconcevable transport de joie, se mirent à courir çà et là en se demandant l'un à l'autre quelle chose était donc advenue.,. Les coqs, ainsi que héraults de celte allégresse inconnue, éclatèrent en tels chants que jamais semblables n'avaient été ouïs. ^ (Procès, V, 116.)

C'est que, dans une modeste chaumière, une pauvre femme, Isabeau Romée, venait de donner à son mari, Jacques Darc, un cinquième eirfant, une fille qui, enlevée au monde avant d'avoir accompli sa dix-neuvième année, detrait, seule, et malgré tous, malgré le roi lui-même et son entourage, accomplir en douze mois la besogne que du Guesclin, le terrible connétable, soutenu par le sage roi Charles Y, avait mis douze années à accomplir.

Les premiers temps de sa vie s'écoulèrent auprès des au Leurs de ses jours. « C'étaient de fort gens de bien, crai ^ant et aimant Dieu, mais qui avaient peu de moyens et privaient d'un peu de labourage et de bestial qu'ils nourrissaient (1). )) Les animaux de la terre et des airs obéissaient ï la voix de celle qui devait commander aux plus hardis capitaines du siècle.

^ EUe était encore bien petite que les oiseaux des bois et les champs, quand elle les appelait, venaient manger son min dans son giron, comme privés, et jamais, quand elle i^ardait les brebis de ses parents, le loup ne mangea maille de son trau,peau. > Jeanne, ou plutôt Jeannette, lomme on l'appelait à Domremy, ne sut ni lire ni écrire, et

(1) Hist. de la Pucelle d'Orléans, par Edmond Richer, manuscrit de i Bibl. natn, &. F,, 4907.

pour toute science, sa mère lui enseigna à réciter le Pater, VAve Maria, le Credo. Du reste, elle-même le dit plus tard à Rouen, elle cousait très-bien, filait dans la perfection, sarclait dans les champs, brisait les mottes à l'époque des labourages, faisait la moisson, et menait psdtre les troupeaux de son père et même ceux de la commune, pour donner, par son exemple, courage aux autres pastours contre les incursions des hommes d'armes.

Il y avait non loin du villnge un arbre antique et révéré, un hêtre centenaire, le beau mai ou Tarbre des fées, comme rappelait la tradition, sous l'ombrage duquel les jeunes garçons et les jeunes filles allaient danser aux jours de fête ou tresser des guirlandes et des chapels de fleurs; Jeanne fuyait ce lieu, hanté, disait-on, par les esprits, et, délaissant ses compagnes, qui raillaient sa dévotion, elle s'isolait, grave et pensive, et courait répandre à l'église son âme aux pieds de Dieu. Là, elle repassait dans sa pensée ces sombres causeries qui remplissaient les veillées du soir, et dans lesquelles Jacques Bonhomme racontait à ses fils les longues souffrances que l'aïeul léguait à ses descendants, son seul legs, hélas ! — le récit des misères et des hontes de la patrie, les sauvages expéditions des Anglais, les déprédations des soudards de tous les partis, les outrages qui attendaient les femmes, les tortures qui menaçaient les hommes, toutes les souffrances enfin et toutes les hontes. Puis elle contemplait, planant au-dessus de tout cela, cette image de la royauté, jadis si grande, et depuis longtemps si misérable, qu'elle était, même pour les paysans, un objet de compassion, si bien qu'ils avaient oublié le mal qu'avaient fait à la France, et la longue folie de Charles YI, et la coupable apathie de Charles VII, pour n'avoir plus que des pleurs au lieu de malédictions, en face de cette grande infortune qui dominait toutes les autres.

Habituellement seule, bien qu'aimée et révérée de tous pour sa grande bouVë ^^i^X^^xà-axvV^m^^VsL^^^^ de Jeanne

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peuplait sa rêverie de visions d'un ordre surhumain, ses ardentes aspirations prenaient un corps, ses désirs semblaient appeler une révélation d'en haut. Parfois étrangère aux choses de ce monde, son regard fixe se perdait dans l'étendue, comme s'il eût découvert des visions sublimes, son oreille

semblait attentive à des voix d'en haut, et l'on eût dit qu'en elle l'àme vivait seule et de sa vie complète, dégagée pour an moment du fardeau du corps, immobile, inerte, insensible et comme mort.

Le côté mvstérieux et voilé de l'existence s'ouvrait devant elle, et quand elle paraissait tomber dans un sommeil profond^ léthargique, et semblable à un évanouissement, elle s'éveillait au contraire, et véritablement elle voyait, elle mtendait...

(1425). Elle n'avait encore que treize ans lorsque, par me chaude journée d'été, aux environs de midi, asseulée lans le jardin de son père, elle aperçut une vive lumière ^ers la droite, du côté de l'égUse du hameau, et une voix l'en haut vint frapper ses oreilles. La frayeur de la petite lastoure fut grande, mais elle la renferma dans son cœur, et lientôt non-seulement elle entendit, mais encore elle vit, au ailieu d'une vive lumière, l'archange saint Michel dans sa , loire, entouré d'un chœur d'anges. Ces visions se multilîèrent et se rapprochèrent ; mais comme la pauvre fille tait toujours en grande crainte, le messager céleste lui mena deux habitantes des cieux, sainte Catherine et sainte [arguerile, qui, lui ayant raconté « la grand'pitié qui était Il royaume de France », lui dirent que bientôt il faudrait a'elle allât en France, où Dieu lui destinait la mission de luver sa patrie après avoir fait lever le siège d'Orléans. r les Anglais ne devaient le commencer qu'à trois anîes de là.

A la fin, ces apparitions la trouvèrent moins rebelle, et land les voix s'évanouissaient, quand les deux saintes sparaissaient dans les profondeurs du c\e\, e)\^ ^^\s;x^ ^

et eût bien voulu qu'elles l'emportassent avec elles. {Pro- •ces, I, 73.)

Une circonstance funeste hâta peut-être l'accomplissement de sa destinée. Une bande d'écorcheurs du parti bourçguignon vint fondre sur Domremy, dont tous les habitants prirent la fuite et se réfugièrent dans les villes avoisinantes. Quand cet orage fut passé, Jeanne rentra au hameau avec sa famille, et retrouva l'église pillée, les étables vidées, les granges et les chaumières incendiées pour la plupart.

Il y avait trois ans que Jeanne luttait contre les ordres d'en haut, les apparitions devenaient de plus en plus fréquentes, les voix si aimées des deux saintes prenaient un ton sévère pour gourn^nder sa lenteur et lui reprocher sa résistance : « Abandonne ton hameau, ton père et ta mère, lui disaient-elles, et marche où Dieu t'appelle ; va auprès de ton oncle, il te mènera au seigneur Robert de Beaudri- «court, à Vaucouleurs, qui, après t'avoir repoussée deux fois, 4'accueillera à la troisième et te donnera des hommes d'armes pour aller trouver le dauphin, que tu conduiras sacrer à Reims. — Mais, répondait-elle au milieu de ses larmes, je ne suis qu'une pauvre fille des champs, et je ne saurais ^ ni guider un coursier, ni commander aux chevaliers. — j^'aie nul souci de tout cela, insistaient les voix, marche, Dieu te conduira. »

Elle n'avait pas pu si bien dérober aux regards de ses «parents le secret de ses luttes et de ses anxiétés, qu'ils n'en eussent en partie percé le mystère. Des songes tourmcn- «taient Jacques Darc et lui annonçaient que bientôt sa fiUc Jeanne s'en irait avec des gens d'armes. C'était peut-être bien plutôt son sommeil à elle-même qui la trahissait à son insu. « Si je pensais, disait-il à ses trois fils, que b •chose que j'ai rêvée d'elle dût arriver jamais, je vous o^ •donnerais de la noyer, et si vous ne le faisiez, je la noierais moi-même. » {Procès, 1, 131.)

Dans l'espoir de YaU3ic\i«t %Mi^«^%^^t un lien qu'elle ne

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pourrait rompre, on voulut la marier malgré elle, en l'accusant d'avoir solennellement juré à un jeune garçon d'être sa femme. Jeanne, au contraire, tout entière à sa mission, avait voué dès longtemps à Dieu sa virginité. Elle déjoua l'innocente tromperie de ses parents, qui se virent contraints de donner raison à cette sainte révoltée, placée dans la douloureuse alternative de désobéir à Dieu ou à son père.

Enfin il fallut céder aux ordres du ciel, et Jeanne s'avoua vaincue. Sa marraine, veuve d'un frère de Jacques Darc, remariée à Durant Laxart, allait bientôt être mère; Jeanne sut persuader à celle-ci de demander qu'on la laissât aller passer huit jours auprès de sa tante pour lui prodiguer ses soins. Ce stratagème ayant réussi, elle ne tarda pas à découvrir à son oncle la noble mission à laquelle elle était appelée. Tant d'assurance, tant d'autorité brillait dans la voix de la jeune inspirée, qu'elle lui imposa bientôt ses volontés, et qu'il consentit enfin à la conduire à Vaucouleurs. Il alla même jusqu'à se présenter, lui simple paysan-, devant le noble sire de Beaudricourt, qui le chassa avec des gausseries. Elle s'y rend alors elle-même. « Il faut que j'aille trouver le dauphin, il le faut, quand je devrais user mes jambes jusqu'aux genoux. Mes voix me disent qu'aujourd'hui même, devant Orléans, il y a eu grand dommage, et en aura encore plus si je ne suis menée devant lui. »

Beaudricourt refuse de croire à des paroles qui lui semblent marquées au sceau de la démence, il la raille et la renvoie à ses soudards, qui, à son approche, sont frappés de stupeur et oublient auprès d'elle toute pensée impure. Cela seul était miraculeux, presque autant que d'avoir annoncé à Vaucouleurs ce qui, à l'instant où elle parlait, se passait auprès d'Orléans, à Rouvray-Saint-Denis, à la funeste journée des Harengs. La renommée vint, à quelques jours de là, prouver la véracité des paroles de Jeanne, qui, bien que le temps lui pesât « comme à une îemm^ ^\imti\fôi»

attendait sans être découragée, ses voix l'ayant avertie qu'elle ne serait écoulée qu'à la troisième entrevue. Elle retourne donc, confiante et calme, trouver Beaudricourt, qui, éclairé par la réalisation de la prophétie de Jeanne, Taccueille et consent à la laisser partir, sous la conduite de six personnes, parmi lesquelles deux gentilshommes, Jean de Novelonpont et Bertrand de Poulengi : « Va, lui dit le sire de BeaudricouFt, et advienne que pourra ! "»

Jeanne était si sûre que Dieu guidait ses pas et veillait sur elle, que, dédaignant les conseils de la prudence qui parlait à ses compagnons de route, inaccessible à toute espèce de crainte, elle dirigea sa petite troupe par le plus droit chemin, sans s'inquiéter si elle devait traverser des pays amis ou ennemis, couverts de ribauds et d'écorcheurs. « Je ne crains pas les hommes d'armes, disait- elle, et je trouverai le chemin libre, car s'il y a des hommes d'armes sur la route, j'ai Dieu, mon seigneur, qui me fera mon chemin jusqu'à monseigneur le dauphin, c'est pour cela que je suis née (1). y>

Les plus grands dangers pour cette pauvre fille, condamnée à une existence si nouvelle et si étrange, semblaient devoir venir de ceux-là mêmes qui devaient la protéger, forcée qu'elle était de chevaucher de jour et de nuit, dans la compagnie de six hommes de guerre, habitués à toutes les entreprises galantes qu'autorisent les habitudes de la vie militaire ; mais elle marchait enveloppée dans une atmosphère de pureté qui exerçait sa mystérieuse puissance sur tout ce qui l'approchait. Simple, elle imposait aux plus hardis, et nul ne connut jamais auprès d'elle la moindre pensée coupable. Dieu avait affranchi cette créature privilégiée de toutes les infirmités de notre misérable nature; elle n'était point soumise aux incommodités périodiques de son sexe, et chez elle l'âme dominait tellement le corps,

(i) Lebrun des Charmelles, Hist. de Jeanne Darc^ 1, 3i5.

la volonté avait si bien dompté les besoins, qu'on la vit depuis demeurer à cheval des journées entières, paraissant avoir oublié que le boire et le manger fussent une des conditions de l'existence.

Jeanne était partie de Vaucouleurs « le dimanche de bures », le 13 février, premier dimanche de carême; elle avait fait, en onze jours, cent cinquante lieues sans obstacle, pour arriver jusqu'à Chinon, où des difficultés plus grandes peut-être l'attendaient auprès du prince indigne qu'elle venait sauver (24 février 1429).

Comme elle s'avançait pour franchir la porte du donjon du château, le soldat qui montait la garde l'arrêta pour lui demander qui elle était : « Jeanne la Pucelle, répondit-elle. — Jami Dieu! reprit le ribaud, je te ferais bien perdre ton nom, ou le diable m'emporte ! — Ah ! répondit la sainte fille, tu renies Dieu, quand tu es si près de paraître devant lui! ^ Une heure était à peine écoulée, qu'il se noyait dans les eaux de la Vienne. {Procès^ III, 102.)

Jeanne n'eût point été admise auprès de l'insouciant monarque, sans la pression de l'opinion publique, qui déjà se prononçait en faveur de la jeune extatique. Car si la mission de Jeanne avait été prédite, d'autres voyantes étaient venues confirmer l'espérance populaire. On arrêta à Creil et l'on conduisit à Paris deux femmes qui se prétendaient inspirées. L'une d'elles, Pierronne, jeune fille de la Bretagne bretonnante, disait que Jeanne "» était bonne, et que ce qu'elle faisait était bien fait, et selon Dieu y>. (Bourgeois de Paris.) En outre, le dernier boulevard de la monarchie îxpirante, Orléans aux abois, venait implorer des secours. Tout cela fit taire pour un instant l'influence néfaste des avoris indignes de l'indolent Charles VII ; tant est faux ce lystème qui veut que la prétendue mission de la Pucelle n'ait 5té qu'un coup monté par la cour du roi de Bourges !

Enfin, après trois jours de pourparlers, Jeanne fut introluite par le comte de Vendôme dans \a sa\\^ oxîl ÇJûîk^^^^

modestement vêtu, se dissimulait aux regards, confondu au milieu de plus de trois cents chevaliers et seigneurs. Un spectacle si nouveau pour elle eût dû Témouvoir : elle s'avança, *c comme une petite bergerette », simplement, mais librement, et fendant sans hésitation la foule, elle fut s'agenouiller devant le roi :

« Dieu vous donne bonne vie, gentil roi, dit-elle. — Je ne suis pas le roi, Jeanne ; le voici, répondit-il en lui montrant un seigneur couvert de vêtements splendides. — En nom Dieu, gentil prince, c'est vous et non un autre. Très-noble tseigneur dauphin, j'ai nom Jeanne la Pucelle, et suis envoyée de par Dieu pour sauver vous et votre royaume, et chasser les Anglais de France. Dieu a pitié de vous et de votre peuple, car saint Louis et Charlemagne sont à genoux devant lui en faisant des prières pour vous. »

Cependant, entouré de courtisans malintentionnés et de prélats toujours portés à voir partout le doigt de Satan plutôt que la main de l'Éternel, Charles doutait encore.

« Veuillez m'ouïr en votre retrait, gentil dauphin, lui dit Jeanne, et je vous rapporterai, en signe de ma mission, des paroles qui ne sont même pas sorties de votre bouche, et ^ue Dieu cependant connaît. »

Charles consentit à tenter l'épreuve, et Jeanne lui dit que, dans la nuit précédente, au milieu du profond découragement qui envahissait son âme à la nouvelle de tous ces échecs qui se succédaient autour de lui, il avait supplié Dieu, dans son cœur, et sans prononcer une seule parole, que s'il était le véritable héritier et successeur de la couronne de France, il le défendît contre ses ennemis et le rétablît au trône de ses ancêtres; que si, au contraire, sa mère ayant forfait à ses devoirs d'épouse, il ne l'était pas, il lui accordât pour toute grâce d'échapper à la prison et de se pouvoir retirer en Espagne ou en Ecosse, pays toujours fidèles aux rois de France. « Or, continua- t-el le, je te (Us de la j)art de Dieu que lu es Nm\v^tv\;\«v: àa^t^xiceet fils du roi.i

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Mais si Charles était vaincu, les gens d'Église ne Tétaient is. Nous faut-il parler de tous les affronts que dut essayer li ange libérateur que les prêtres n'approchaient qu'en se gnant des deux mains; de tous les doutes insultants, de la site des matrones présidées par la belle-mère du roi, lesuelles décidèrent que Jeanne était bien et dûment pucelle, t que, par conséquent, le diable ne pouvait avoir de pounv sur elle, ni contracter de pacte avec elle? Nous faut-il L suivre à Poitiers, où l'humble fille des champs dérouta L savante stratégie des plus habiles docteurs d'alors, qui spéraient la prendre en défaut, et se trouvaient réduits à admirer et à se taire, — deux- points bien difficiles.

On lui opposait les livrer des Pères et des plus illustres armi les théologiens, qui avaient négligé d'annoncer sa lission. « Ah! s'écria-t-elle, le regard inspiré et la parole ntraînante, il y a plus dans les livres de Dieu que dans les ôtres. — Si Dieu veut délivrer la France, insistait un utre, il n'a besoin pour cela de vous ni de gens d'armes. - Je guiderai les gens d'armes, répondit-elle; les gens 'armes batailleront et Dieu donnera la victoire. — Quelle mgue parlent ces voix? demandait un Limousin, frère éguin. — Meilleure que la vôtre. » Le moine voulut se icher : « Croyez- vous en Dieu? lui demanda-t-il avec co- ^re. — Mieux que vous ! y> répondit-elle sans se troubler.

Ayant vaincu partout, Jeanne et le conseil du roi ravinent à Chinon, où l'on se décida enfin, pour dernière preuve, à tenter de faire lever le siège d'Orléans. Il semlait que, pour humilier l'orgueil de cette France, qui ne eut pas même reconnaître à la femme le droit de porter ne couronne de reine. Dieu eût résolu de lui faire devoir 3n salut aux femmes seules. Agnès Sorel réveillait le couige évanoui de Charles VII, Jeanne Darc se mettait à la ite de ses armées, toujours vaincues jusque-là, et la reine e Sicile, Yolande d'Aragon, belle-mère du roi, trouvait oyen de suppléer au complet dénùmenl àw Xtfe^o^^ èV ^^

fournir les ressources nécessaires. On donna à Jeanne une sorte de maison militaire, un écuyer, un chapelain, deux hérauts, des pages et des serviteurs. Les voix de Jeanne lui avaient appris que derrière Tautel de l'église de Sainte- Catherine de Fierbois, où elle avait prié avant d'arriver à Chinon, il y avait, profondément enfouie sous terre, une épée sur la lame de laquelle étaient gravées cinq croix. Jeanne l'envoya chercher, et tout se vérifia ainsi qu'elle l'avait annoncé. Elle se fit confectionner, toujours d'après l'ordre de ses voix, « un étendard blanc, d'une toile appelée boucassin, semé de fleurs de lis d'or, brodé d'une frange de soie, avec le pourtrait de notre Sauveur, tenant le globe du monde, entre deux anges agenouillés, avec l'enseigne Jhesus Maria. »

« Prends cet étendard de par le roi du ciel, et porte-le hardiment 5J, avaient dit à la vierge inspirée sainte Catherine et sainte Marguerite. Aussi, par respect pour ses deux célestes protectrices, le portait-elle presque toujours ellemême, ne se servant de son épée que pour défendre sa vie. Le duc d'Âlençon était allé rassembler à Blois tout ce qu'on pourrait réunir de troupes pour marcher au secours d'Orléans; dans son impatience, et après avoir prédit à Charles qu'elle serait blessée sous les murs de cette ville^ mais non mortellement (Procès, IV, 426), Jeanne prit les devaiîts et le laissa commencer ce rôle d'acteur muet et de spectateur impassible qu'il devait continuer de jouer au milieu des prodigieux événements qui allaient s'accomplir à son profit.

A moitié chemin de Tours, elle rencontra dans la petite ville d'Azay-le-Rideau sa mère et son frère Pierre Darc, l'une qui, entraînée par le cri populaire, venait lui apporter son pardon et sa bénédiction, l'autre qui accourait gsigner auprès d'elle ses éperons de chevalier; ils y connurent frère Jean Pasquerel, qu'ils lui présentèrent pour son chapelain, et qui ne \a cjvùVVa \\w^.

Bien vite fatiguée de quelques jours de repos à Blois, elle )'élaaça sur la route d'Orléans (27 avril 1428), après avoir snvoyé aux Anglais une sommation de lever le siège. Pleine ie confiance dans l'aide de Dieu, elle voulait que l'on marchât au plus court, c'est-à-dire par la Beauce ; les chefs, 'eculant devant l'audace de l'étrange capitaine qui venait lubstituer sa volonté à la leur, ^'obstinèrent à choisir le dus long et le moins périlleui^, la Sologne. Il fallut la romper, et, profitant de son ignorance, on guida l'armée lu côté de la rive gauche de la Loire ; mais il arriva qu'à [eux lieues de la ville, la flottille de bateaux plats préparés . Orléans pour aller au-devant du secours que Dieu lui Qvoyait ne put, à cause du vent contraire et de l'abaisse- Qent des eaux, venir à leur rencontre.

« Vous m'avez cru décevoir, dit Jeanne aux chefs iésappointés, et vous vous êtes déçus vous-mêmes. Le onseil de Dieu notre sire est plus sûr que le vôtre, •achez que je vous amène le meilleur secours qu'aient imais reçu ville ni armée, le secours du roi du ciel. » Jeanne releva les courages abattus, et comme si les lémeuts eux-mêmes dussent se soumettre à sa voix, elle nnonça que le vent allait changer. L'événement vint onner raison à la parole de la jeune inspirée, le vent gonfla )s voiles, et les plus enthousiastes affirmèrent avoir vu les agues complaisantes se soulever pour apporter jusqu'au ivage le secours au-devant duquel les Orléanais s'avanaient en poussant des cris d'espérance et de joie. C'était une étrange armée que celle que guidait la ucelle. Pareille à Jésus qui, lorsqu'une femme touchait aux lis de son manteau, sentait qu'une force sortait de lui, îanne, captivant par sa vertu en même temps qu'elle enaînaît par son génie, communiquait à tout ce qui l'approlait quelque chose de son adorable pureté. Elle avait fait lasser du camp les femmes folles et les ribaudes pour les mplacer par ses prêtres et ses chapelains, et les cbatvU

mystiques de la religion avaient succédé aux chansons hardies des liesses bachiques, la Hire lui-même épurait son langage, et ne jurait plus que par son bâton, par son martin. Il se confessait même, sommairement il est vrai, disant en gros qu'il avait fait tout ce que les gens de guerre étaient accoutumés de faire, et au jour du combat, il priait Dieu de faire pour la Hire ce que la Hire ferait pour lui si leurs situations respectives étaient changées.

Dès le lendemain, Jeanne, qui eut voulu que Ton culbutât les Anglais sans nul délai, leur envoya une seconde sommation, qu'ils accueillirent en l'accablant des insultes les plus grossières. Le commandant anglais Glansdale se distinguait entre tous par sa violence ; la pieuse fille s'était avancée jusqu'à la portée de la voix, elle se retira pleurant de honte, après avoir juré à Glansdale qu'ils partiraient avant peu, malgré lui, mais qu'il ne serait pas témoin de leur déroute.

Le 4 mai, le renfort de troupes qui arrivait de Blois fut signalé par les sentinelles; l'héroïque pastoure marcha à sa rencontre, et, comme si le découragement et la démoralisation eussent frappé les Anglais en même temps que l'enthousiasme transportait leurs adversaires, l'ennemi ne fil rien pour s'opposer à leur jonction et à leur entrée dans les murs de la ville. Jeanne, qui ne voulait pas que son sommeil même pût être soupçonné, se retirait toujours chez les personnes les plus respectables de la ville, et partageait la couche des filles de la maison. Exténuée de fatigue, elle venait de céder au sommeil lorsque ses voix la réveillèrent en sursaut. Un de ses écuyers accourt à ses cris : c Ah! méchant garçon, le sang de nos gens coule par terce, et tu ne me le disais pas! Mes armes! mes armes!... et à cheval ! y> Elle saisit son étendard et s'élance, au galop de son coursier, pour secourir une troupe qui, à son insu et peut-être par jalousie contre elle, voulait tenter de débusquer l'ennemi de ses positions avancées. Elle rencontra un

praind nombre de blessés que l'on rapportait dans la ville : 1^ Jamais, dit-elle, j> n'ai vu couler le sang français que les Aeveux ne me dressassent à la tête. > Sa présence rend le courage aux siens, qui déjà pliaient, et elle opère, avec îe sang-froid d'un vieux capitaine, une retraite* que les bglais n'osent inquiéter.

Le lendemain était le jour de l'Ascension; Jeanne ordonna u'il fût consacré aux prières, et annonça qu'avant quatre )urs il n'y aurait plus d'ennemis devant la place. Le 6 au latin, elle se mit à la tête d'une vigoureuse sortie, poussa 3n cri de guerre en agitant dans les airs son étendard sacré, t après avoir obtenu un premier et éclatant succès, elle 5niit au lendemain pour achever son œuvre libératrice. Les [lefs étaient unanimes à attendre quelques jours, et l'ayant cartée du conseil, ils lui envoyèrent signifier leur résolution. Vous avez été en votre conseil, leur répondit-elle, et j'ai té au mien, le conseil des hommes périra, celui de Dieu accomplira. Nous combattrons demain. ^

Au matin, on veut s'opposer à ses projets. Le bailli de la [lie, Gaucourt, fait clore les portes. Jeanne monte à cheval ins s'émouvoir, la foule l'entoure, elle annonce que le soir lême l'Anglais sera chassé, et qu'elle rentrera victorieuse ans la ville par le pont de la Loire et des tournelles. Se irigeant vers la porte que garde Gaucourt en personne, elle î la fait ouvrir d'autorité, elle s'élance, entraînant à sa lite la population, l'armée et les chefs, contraints d'appuyer ne entreprise qu'ils n'ont pu empêcher. La lutte fut terble. Ivres d'orgueil au souvenir de leurs succès passés, de igeen présence de ce nouvel ennemi, qu'ils affectaient de ire vomi contre eux par l'enfer, la fureur décuplait leur mrage. Quant à leurs adversaires, c'étaitune de ces journées î furie française dont eux seuls ont le secret, et ils se batient « comme s'ils eussent été immortels ». {Journal du

ége.)

Cette lutte de géants durait depuis trois heures ; voyant

l'ardeur des siens se ralentir, Jeanne saisit une échelle, l'applique contre les retranchements des «AiUglais, et s'élance la première; un vireton l'atteint et la rejette évanouie dans le fossé.

On l'emporte à l'écart; la blessure est cruelle, le trait avait traversé les chairs et ressortait de près d'un demi-pied derrière le cou. Mais elle reprend ses sens, et, ainsi qu'il arrive presque toujours dans cet état étrange, la douleur provoque l'extase, ses voix viennent lui rendre des forces, la douleur disparaît, domptée par l'enthousiasme, et la sainte fille revêt de nouveau son armure.

Sa bannière était demeurée debout auprès des travaux de défense de l'ennemi : « Regardez, dit-elle à un homme d'armes qui l'accompagnait, quand la queue de mon étendard flottera vers le boulevard )>. Le vent sembla obéir encore à sa volonté, il changea subitement, et le chevalier cria, voyant la bannière ventiler de ce côté : « Jeanne, elle y est ! — Tout est vôtre, alors ; et y entrez. » « Après qu'elle eut prononcé les paroles dessus dites, ils montèrent contremont le boulevard aussi aisément comme par un degré ; ils ne savaient comment il se pouvait faire ainsi, sinon par ouvrage conune divin et tout extraordinaire y>. (Chronique sans titre.)

Les Anglais sont culbutés, Jeanne est victorieuse, Glansdale tombe dans un fossé et se noie, et le soir, toutes les cloches d'Orléans retentissent en joyeuses volées, pendant que dans les églises vingt mille voix ébranlent les voûtes pieuses au chant des strophes ardentes du Te Deum triomphal.

Trois jours avaient suffi à la jeune paysanne pour faire lever ce siège qui durait depuis sept mois. Elle n'avait &illi à aucune de ses promesses, toutes ses prédictions s'étaient accomplies.

Cependant Charles demeurait toujours indécis dans ses forteresses de Touraine. En vain Jeanne gourmandait si coupable insouciance. <c Je ne durerai guères qu'un an, et

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guères au delà, lui disait-elle ; il faut tâcher de bien employer cette année. ^

Pour aller sacrer le roi à Reims, il fallait traverser la Picardie, la Champagne, l'Ile-de-France, la Brie, le Gâtinois, l'Auxerrois, la Bourgogne, tous les pays entre la Loire et rOcéan. Or tous ces pays, et Reims même, étaient aux mains des Anglais. On n'avait ni argent ni armée, aussi les chefs militaires dissuadaient-ils Charles d'entreprendre une aussi folle aventure. Jeanne triompha à la fin, et sur son passage, communiquant à tous une partie du feu sacré qui consumait son âme, i^emblait qu'elle n'eût qu'à frapper du talon le sol pour métamorphoser en guerriers ces paisibles populations des champs, qui saluaient avec transport Jeanne la paysanne, leur égale, leur sœur, traînant triomphalement à la remorque l'armée et la royauté.

Un instant, devant Troyes, les ennemis de Jeanne faillirent l'emporter sur elle dans l'esprit du faible monarque, et faire échouer l'entreprise : « Noble dauphin, dit Jeanne, ordonnez à votre gent de venir et d'assiéger la ville de Troyes, et ne tenez pas plus longs conseils, car, en nom Dieu, avant trois jours je vous introduirai dans la ville de Troyes par amour ou par puissance. — Jeanne, reprit l'archevêque de Reims, qui serait certain d'y entrer dedans six jours, on attendrait bien : mais je oe sais s'il est vrai ce que vous dites. — Ne doutez de rien, ajouta-t-elle alors, nous serons demain maîtres de la ville. » Et sans tenir compte des hésitations, des défaillances ou des mauvais vouloirs, elle passe la nuit tout entière à préparer l'assaut, à rassembler les fascines et les échelles, à marquer leurs places à l'artillerie, aux archers et aux chevaliers, avec une sûreté de coup d'œil et une supériorité de vue à faire pâlir les capitaines vieillis sous le harnais. Puis au matin, sans avoir accordé à son corps un instant de repos ni de sommeil, elle avance. Frappés de stupeur, les habitants n'essayent pas même une inutile résistance et ouvrent au cortège royal les portes de leur ville.

Quelques jours plus tard, sa main victorieuse agitait son magique étendard sous les voûtes de l'antique cathédrale de Reims, auprès de Charles VII, roi de France.

Jeanne était bien loin de croire sa mission finie à Reims : réintégrer le roi dans sa capitale et chasser l'Anglais de France, cela, après tant de prodiges accomplis en moins d'une année, était raffaire d'une campagne, si elle eût été secondée, si seulement on ne l'eût pas entravée à chaque pas. Il y avait dans cette poitrine de jeune fille un cœur qu'enflammait l'idée des plus sublimes entreprises; il y avait dans cette tète de dix-huit ans des projets à fake éclater le cerveau d'un Charlemagne ou d'un Napoléon (i), et chez elle la force et le génie, l'enthousiasme et l'inspiration surabondaient pour entraîner les peuples à sa suite et pour mener à bien les plus gigantesques tentatives. Mais c'était là tout justement son crime : elle écoutait la voix d'en haut qui parlait en elle, et n'écoutait pas les chefs militaires, dont la gloire pâlissait auprès de la sienne : elle traînait derrière elle la royauté, qui triomphait, mais en rougissant de devoir son salut à une femme, à une fille du peuple, à une enfant de cette classe maudite et avilie des paysans. Jeanne, après tout, était la fille de ce Jacques Bonhomme qui, il y avait soixante-dix ans à peine, avait fait pâlir la noblesse et mis en péril l'existence de Is^féodalité. C'était aussi contre l'Anglais que les Jacques s'étaient réunis tout d'abord, et ils s'étaient rués sur les gentilshommes, cause véritable et immédiate de leurs souffrances. Or la situation était la même : Azincourt à lui seul valait bien Crécy et Poitiers; le

(1) Jeanne a emporté dans la lombe le secret de son rêve sublime- Une phrase de sa première sommation aux Anglais prouve que, eotR autres projets, elle rêvait une croisade nouvelle, la conquête des lieux saints et l'extinction de Tislamisme :

c Si vous faites raison à la Pucelle, encore pourrez, vous venir en a compagnie, Toù que les Yî^xl^y^ {erout le plus beau fait que oncqnes fat fait pour la chrèUeulè. ^

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roi de Bourges était aussi .peu roi de fait que Tavait été jadis Jean, captif aux mains de l'Angleterre; les écorcheurs dévoraient le royaume comme autrefois les grandes compagnies, et les chefs militaires étaient, plus peut-être encore qu'en 1358, les chefs des bandits qui dévastaient les campagnes. Qui pouvait savoir jusqu'où irait Jacques Bonhomme lancé à fond de train à la suite de la vierge invincible? On ne lui avait pas interdit les armes sous Charles YI pour les lui mettre à la main sous son successeur...

Aussi les courtisans intriguaient-ils dans l'ombre, sacrifiant tout, même les intérêts les plus sacrés de leur maître au désir de faire mentir les prophéties de Jeanne en entravant ses entreprises. Les docteurs ne se consolaient pas d'avoir été vaincus par elle à Poitiers ; le clergé ne pouvait pardonner à celle qui agissait toujours au nom de Dieu, et jamais au nom de l'Église. Le peuple criait Noël ! sur son passagç, on s'agenouillait devant a la fille de Dieu^, comme l'appelaient ses voix, ainsi que devant une sainte; les populations du plat pays accouraient sur son passage et relevaient la tête au bruit des exploits de celle qui sortait de leurs rangs. Jeanne, en un mot, était trop grande : la couronne royale pâlissait auprès de son auréole de sainte, et elle avait rendu de ces services qu'un roi est contraint d'oublier, faute de les pouvoir payer.

Désabusée depuis qu'elle avait vu de près ce que c'est qu'un roi, et bien que son âme planât dans des sphères trop hautes pour qu'elle s'inquiétât beaucoup des rumeurs d'en bas, blessée de la jalousie des uns, des sourdes trahisons des autres et de l'ingratitude de tous, elle n'avait de recours qu'en Dieu : « Quand il mé déplaît en quelque manière, avouait-elle parfois, de ce que je ne suis pas facilement crue des choses que je dis de la part de Dieu, je me retire à part, et je prie Dieu, me plaignant à lui, et lui demandant pourquoi on ne croit pas facilement ce qyie \e ôîv&.'^X.,^!^^

prière faite, j'entends une voix qui me dit : « Fille du ciel, » va, va, va! je serai à ton aide, va! » Et quand j'entends cette voix, j'éprouve une grande joie, et voudrais .toujours être en cet état. » (Déposit. de Dunois.)

Comprenant enfin que cet homme et cette cour étaient incurables, elle déclara sa mission finie et voulut se retirer : « J'ai accompli la volonté de Dieu, disait-elle ; je voudrais bien que le roi me fît ramener auprès de mes père et mère, et garder leurs brebis et bétail, et faire ce que je soulois faire. y> Mais on la retenait d'une main tandis qu'on la trahissait de l'autre, et la pauvre fille restait, sacrifiant sans hésiter sa personne à l'intérêt du pays, que l'on faisait parler devant elle. Toutefois l'enthousiasme qui l'avait soutenue dans son œuvre surhumaine s'était éteint au contact de ces chevaliers incapables de la comprendre. L'extase s'éloignait, la lucidité devenait incertaine, et elle doutait presque d'elle-même, au milieu de tous ces mauvais vouloirs qui conspiraient autour d'elle. Déjà, dans les fossés de Melun, les deux saintes lui avaient annoncé qu'elle serait prise vers la Saint-Jean, mais qu'elle devait accepter cette croix avec reconnaissance, et que Dieu soutiendrait sa force et son courage. (Interrogatoire du 40 mars 1430.) La prédiction se répétait plus fréquente à mesure que l'heure fatale approchait, et, ferme dans sa route, ce Christ féminin, sans pâlir à l'aspect de Judas qu'elle voyait s'avancer dans l'ombre, marchait vers le calice d'amertume, sans demander même à Dieu de le détourner de ses lèvres. Enfin, un jour, jour néfaste à jamais! le 23 mai 1430, à cinq heures de l'après-midi, elle regagnait la dernière les murailles de Compiègne, protégeant la retraite des Français, lorsque le gouverneur de la ville, Guillaume de Flavy, fit fermer sur elle les portes de la ville, la laissant ainsi exposée aux coups de l'ennemi. Celle fois elle tira son épée, et défendit vaillamment ses jours et sa liberté ; et pendant cette lutte douloutewse, ^^tv^^xvV vî.^ ^xyjâv ^w^^^voie du génie

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