LE PROCÈS
de la France aux prises avec Tennemi de la patrie, pas un chevalier n'accourut pour la défendre, pas une lance ne s'abaissa pour elle. Ah! brave du Guesclin, toi qui, captif entre les mains du prince de Galles, fixais fièrement ta rançon à cent mille livres, sachant bien qu'il n'y avait pas de si pauvre fileuse dans la plus pauvre chaumière de France qui ne tournât ses fuseaux jusqu'à ce que tu fusses racheté, glorieux connétable, la reconnaîtras-tu pour tienne, cette France de Charles VII, qui laissa la Pucelle expirer sur le bûcher de Rouen, sans avoir rompu une lance pour elle, sans avoir offert un florin pour la racheter, sans que l'indigne prince qu'elle avait fait roi tentât la moindre démarche pour la tirer des mains du duc de Bourgogne?
Prise par le parti bourguignon, Jeanne fut achetée par les Anglais; car ils l'eurent par l'or et par la trahison, et non par le fer et par la victoire. Jeanne fut vendue, comme Jésus-Christ avait été vendu; vendue par des Français, comme Jésus-Christ avait été vendu par un de ses disciples : seulement, lui, sa passion ne devait durer qu'un jour; celle de Jeanne dura une année.
Elle se releva de toute sa hauteur dans les fers. A la nouvelle de sa captivité, Paris et toutes les villes aux mains des Anglais ou du parti bourguignon chantèrent des Te Deum d'actions de grâces, tandis qu'une tristesse et un désespoir mornes pesaient sur les campagnes. Conduite à Rouen pour y être jugée, elle fut jetée dans une cage de fer, puis, lorsque son procès fut commencé, elle demeura, de jour comme de nuit, chargée de chaînes, attachée à son lit Ou à la muraille, livrée à dessein à tous les outrages des «lemiers houcepaillers de l'armée, contrainte, pour échapper à leurs entreprises infômes, de conserver ses habits i'homme, dont on lui faisait ensuite un crime.
Il y avait alors à Rouen un de ces misérables qui semblent prédestinés par leur nom à une célébrité honteuse : c'était Pierre Cauchon, évêque in partibus de Bewism, Ôl^Y^^
que cette ville s'était rendue à Charies YII. Il avait vendu sa complaisance aux Anglais, qui lui avaient promis Texpectative de rarcbevêché de Rouen, alors en vacance, et pour ce prix il se fit le Caîphe de ce Christ. Il fut assisté par l'inquisiteur Lemaire, par Jean d'Estivet, chanoine de Beauvais, plus passionné encore contre la pauvre captive que Cauchon lui-même, et par Nicolas Loiseleur, son espion auprès de Jeanne, dont il surprit la confiance en se donnant à elle pour un captif du parti des Français.
Jeanne comparut pour la première fois devant ses bourreaux le 21 fémer 1431. L'embarras des juges était grand: les informations prises au lieu de sa naissance la représentaient comme une sainte environnée de l'amour et des respects de tous ceux qui l'avaient connue, de tous ceux qui l'avaient approchée. Quant à ses crimes, c'était d'avoir battu l'ennemi à Orléans, à Jargeau, à Patay, partout, et l'orgueil anglais exigeait que l'on ne s'appesantît pas sur ces griefs-là. Il fallait donc que l'on fît jaillir les moyens de la cause des discours, des réponses de l'accusée, et, s'il le fallait, A% ses plus secrètes pensées. On embarrassa la pauvre fille, livrée à elle-même, sans conseil ni défenseur, dans les difficultés d'un procès qui empruntait tantôt les formes de la procédure ordinaire, tantôt celles de l'inquisition, et qui, le plus souvent, les foulait toutes aux pieds. Mais la naïve pastoure de Domremy montra au monde l'étonnant spectacle de l'innocence et de la simplicité déjouant les ruses de la fausseté et de la passion la plus implacable. Ils voulaient travestir leur vengeance en justice, et ils ne purent être que des bourreaux; ils prétendaient avilir une coupable, ils couronnèrent l'innocence de l'auréole sainte des martyrs. Jeanne résumait en elle'ce qu'il y a de plus grand sur la terre : la vertu dans toute sa pureté, la gloire dans tout son éclat, unies à la jeunesse et à la beauté ; ils la rapprochèrent du ciel en y ajoutant le prestige de l'infortune imméritée.
Pauvre! pauvre t\\\e\ ç^s»wxvft è^îae n'a manqué à sa cou-