RÉVOLTES DES PAYSANS
Irent dans Tordre et regagnent leurs chaumières. Mais alors la soldatesque effrénée se rue sur eux, ils sont une fois de plus pillés, tués, incendiés, violés, comme ils ne l'avaient pas encore été peut-être.
Ce qui manquait à ces paysans, c'était surtout des chefs; quand il leur en vint, ils étaient déjà à moitié vaincus. La cour voulut uliliser celte diversion contre l'Angleterre; le duc d'Alençon envoya Ambroise de Loré pour les commander, avec cent lances et deux cents archers. Dans la haute Normandie, où l'insurrection était le plus formidable, le maréchal de Rochefort se mit à la tête des Jacques avec quelques troupes, et reprit Dieppe, Fécamp, Monlivilliers, Tancarville, Lillebonne, Harfleur; mais les troupes françaises se mirent à dévaster les campagnes qu'elles venaient défendre. Justement indignés d'une aussi stupide trahison, les campagnards se séparèrent d'elles, et furent se faire massacrer par les garnisons anglaises réunies de Rouen et de Caudebec, au. siège de cette dernière ville. « Quand il n'y eut plus rien à manger ni à prendre », les troupes royales se retirèrent dans la Picardie et TIle-de-France, laissant la province épuisée en butte aux vengeances des Anglais. Quelques chefs de révoltés étaient demeurés à la tête de leurs bandes; le comte d'Arundel traita avec les plus puissants, le reste fut exterminé à Saint-Sauveur, sur les bords de la Dive. Ainsi qu'il arrive de toute insurrection qui ne peut être une révolution, leurs vains efforts ne firent que fournir des prétextes aux vengeances de leurs ennemis.
« La malédiction fut si grande en Caux, dit une chronique normande contemporaine (1), que le pays demeura presque entièrement inhabité : hommes et femmes fuyaient par terre et par mer, comme en péril de feu. y>
(1) Citée par Chéruel, Rotien sous les Anglais. — Monstrelet, liv. II, çhap. cxaii. — Jean Chartier. — bourgeois de Paria.
Ui HISTOIRE DES PAYSANS.
Ces révoltes des ahaniers contre la domination anglsdse, générales par toute la France, furent souvent plus heureuses, en Anjou, par exemple (1442), où ils exterminèrent les Anglais presque jusqu'au dernier, e: se vengeant à bonne mesure des voleries et cruautés qu'ils avaient exercées sur eux en toute occasion ». (D. Roger, 343.)