RÉVOLTES DES PAYSANS
hommes, et portaient toute distinction d*état non recevable (1). » — « Contre eux le bailly de Mâcon assembla les bans et arrière-bans et autres troupes royales, composées de quantité d*hommes de fer, lesquels, aidés et secondés par les deux états assaillis, firent en sorte que les mâtins et rebelles furent mis en vau de déroute, écartés comme perdreaux^ et autant on en trouvait, autant on en 4uait. »
Heureusement Charles VII n'approuvait pas cette chasse implacable organisée contre ses sujets; il renvoya les doléances du peuple aux sénéchaux du Lyonnais et du Forez, en leur enjoignant d'y faire droit.
Dans le Languedoc, le soulèvement fut surtout dirigé contre les collecteurs d'impôts, et Charles VII, en leur accordant des lettres d'abolition, reconnut également la légitimité de leur révolte. (Lettres d'abolition de mai 1448.) Dans la Bourgogne, soulevée par l'autorité royale, ils se pré- -cîpitèrent contre les écorcheursavecunesi vigoureuse énerve, qu'ils les exterminèrent et les firent disparaître pour un instant. Le Doubs et la Saône « regorgeaient de leurs <diarog4ies, que les pêcheurs retiraient au lieu de poissons ».
Déjà eai356, c'est-à-dire deux années avant la jacquerie, les serfs des environs de Nevers avaient refusé, les armes à la main et victorieusement, de payer des tailles exorbitantes aux moines de la Charité-sur-Loire. De nouvelles prétentions du clergé amenèrent une nouvelle révolte. Les habitants de huit ou dix paroisses formèrent une confédération qui triompha de haute lutte des exigences du monastère. Enfin, en 1437, unis aux serfs des seigneurs temporels, ce fut la liberté même qu'ils réclamèrent en même temps que l'allégement de taxes devenues plus intolérables encore par les friponneries des receveurs. On
(1) Pierre de Saint-JuHea de Baleurs, chanoine, Man. historiques^
s'adressa au roi, qui, par les huissiers de son parlement^ fit insinuer Tordre de payer ce que réclamait le chapitre. Les manants en appelèrent à la cour de Rome, qui, naturellement, donna raison au chapitre (1).
La Normandie était aux mains de l'Anglais; aussi la lutte, plus terrible et plus persévérante, y eut-elle un caractère national qui, de là, se répandit sur toute la France. Les violences du vainqueur y étaient telles, que Bedfort, comme Charles V et Charles VI, autorisa, lui aussi, la révolte, et permit aux paysans de recourir à la force pour se défendre. L'excès de la misère leur mit les armes à la main ; ils se soulevèrent au nombre de plus de vingt mille dans la basse Normandie, et massacrèrent à leur tour les déprédateurs. Dans Tannée suivante, ils s'armèrent également aux environs de Caux, et prirent sur les Anglais Lillebonne, Montivilliers, Tancarville, et presque toutes les forteresses du pays. On Iraila alors avec eux, et on leur accorda satisfaction. Ils déposent les armes et se retirent, mais alors les Anglais fondent sur eux et les massacrent (août 1435). Indignés d'un aussi lâche attentat, ils se soulèvent en masse autour de Caen, Bayeux et Avranches, au nombre de plus de soixante mille, et, bien qu'ils eussent parmi eux un grand nombre de gentilshommes, prennent pour chef un des leurs, nommé Quatrepieds ou Quantepié. Mais l'armée anglaise les bat en rase campagne, les disperse et les massacre; puis, quand Tordre est rétabli, on publie une abolition dont les chefs sont exemptés . Quantepié s'était fait tuer à la tête des siens, sans reculer d'une semelle.
En décembre 1435, malgré cette rude leçon, poussés encore à bout par tant de souffrances, ils se révoltent de nouveau sous la conduite d'un courageux paysan nommé leCarnier; puis, après quelques revers inévitables, ilsren-
(l) Touchard-Lafosse, la Loire ^\%1ot\sïulc, Ul, 35.