LES ARMÉES PERMANENTES
i avril 1448, il ordonna que chaque paroisse du royaume loisit, équipât et entretînt un homme robuste et en état de ire la guerre, toujours prêt à entrer en campagne, muni un arc, de flèches et d'une dague, et qui devait s'exercer 1 tir de l'arc durant les jours fériés. Leur solde fut fixée quatre francs par mois pendant la durée de leur service îtif seulement. Ils étaient en outre francs et exempts de ►utes tailles et autres charges ; aussi le roi leur donna-t-il 1 nom de francs archers, que les gentilshommes changèrent êrisoirement en celui de francs taupins, faisant allusion AX taupinières qui sillonnent les campagnes, au grand réjudice des champs, et surtout des prairies. Comme il tait écrit que tout, jusqu'aux améliorations, ouvrirait la orte aux abus qui écrasaient les paysans, il arriva que les 3ns riches obtinrent d'entrer dans les compagnies d'arlers pour devenir exempts des tailles, et aggraver ainsi s charges des communautés. (Ordon. du 3 avril 1449.) Quant à la taille, elle devint peut-être, ainsi transformée, oins onéreuse au plat pays, parce que, dans le principe, le fut juste et modérée. Elle s'élevait alors à un chiffre qui ijourd'hui semblerait bien modeste : elle ne dépassait pas 800 000 francs. C'est-à-dire que la France est à cette ïure tout juste cent fois plus riche qu'elle ne l'était il y a latre siècles. Où ne s'arrêtera-t-elle pas, et quelle sera fortune, si nous nous transportons par la pensée à quatre icles dans l'avenir !
Déjà sous Louis XI nous voyons la taille s'élever à 4 800000 incs; sous Louis XII, en cinq ans, elle descend au-dessous I chiffre qu'elle avait atteint sous Charles YIII ; mais grâce IX fatales guerres d'Italie, elle dépasse, sous François P"^, millions. Elle grandit encore sous Henri II, d'avantage enre sous Henri III, plus que jamais sous Louis XIV, apilant tour à tour à son aide de nombreux accessoires sous s noms de crues, taillon, ustensile, cavalier, quartier d'hiver, pitation, etc.; elle monte et s'élève sans cesse, c'est un
furieux crescendo que rien n'arrête, et, de son modeste point de départ, elle atteint enfin au chiffre respectable que nous lui connaissons aujourd'hui.
Cette situation nouvelle que se fit la royauté changea toutes les positions. Le roi eut une cour, les seigneurs se pressèrent autour de lui, rivalisant de faste et de luxe. Le revenu du sol cessa d'être dépensé sur le sol même : U n'y eut plus, à la porte des châteaux, de ces charités prodigues qui portaient en partie remède aux exactions des nobles ; et c'est avec quelque raison que le marquis de Mirabeau put dire plus tard qu'il aimait mieux voir les seigneurs vexer leurs sujets eu personne que par procureur. Au xiii** siècle, ils avaient usé les forces de leurs hommes dans de folles guerres privées, ils avaient pris leur liberté, leur temps et les fruits de leur travail . Passant désormais une {ftrlie de leur vie dans les châteaux royaux, ils laissèrent à leurs sujets leur temps et leur liberté, et n'exigèrent d'eux que de l'argent. Ils vendent, ils convertissent en argent les affranchisse- 1 ments, les corvées, les banalités. Toutefois, la taille royale ne permet tant plus à la taille seigneuriale d'être aussi élevée, le noble se fait courtisan et touche des pensions dont, en définitive, le peuple seul fait les frais.
Le seigneur, vivant à la cour, ne fut plus guère connu de ses tenanciers que par l'intermédiaire du mistral, de l'intendant, tyran en sous-œuvre, personnage froid, impitoyable et impassible comme la hache dans la main du bourreau, machine à pressurer les manants, qui doit satisfaire à tous les besoins du maître, et qui travaille en même temps à élever sa propre fortune, édifice fait de sang et de larmes, être à part dans la création, bien plus terrible encore que le financier, dont la Bruyère nous a laisséle portrait (1), et qui
(i) « Un bon financier ne pleure ni ses amis, ni sa femme, ni ses -enfants...
« Fuyez, retirez-vous; vous n'êtes pas assez loin... Je suis, dites-
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court les campagnes le liève, le cueilleret sous le bras îst ainsi que Ton nomme le livre de recettes recouvert de r gras et luisant), réclamant sans cesse, à l'un la rente, à itrelacensive, à celui-ci une poule, une moitié, un quart poule, à celui-là un sou, un denier, une maille, et puis core, dans les drois casuels, un tiers en sus du tout, pour part à lui (1). C'est le même personnage, espèce de litre Jacques doublé de Bridoison, qui est le juge seieuriàl, le notaire du village et l'intendant du seigneur, notaire rédige, et parfois invente l'obligation qui lie le lancier (2), l'intendant en exige l'acquittement, et le juge monce dans les contestations soulevées à cet égard. Les lièves, à l'origine, n'étaient qu'un répertoire, une Je destinée à faciliter la perception des redevances seiîuriales, en rapprochant les articles sous un même coup eil et sous une forme abrégée. N'étant revêtus ni de la nature du notaire (3), ni d'aucun caractère authentique, n'y était pas même fait mention de payements, de sorte il demeurait également impossible soit d'établir la presption, soit de l'interrompre.
Dans le principe, les terres n'étaient point affermées, ou moins elles ne l'étaient pas ordinairement. Les comptes î régisseurs se rencontrent très-fréquemment dans les îiennes archives, tandis que les baux à ferme, les reçus i fermiers y sont fort rares. On était alors singulièrement >res d'écritures, et, pour cause, très-sobres aussi de si-
s, sous Tautre tropique... Passez sous le pôle et dans l'autre héuii-
ère; montez aux étoiles, si vous pouvez. — M'y voilà! — Fort bien!
s êtes en sûreté. — Je découvre sur la terre un homme avide, in-
able, ineiforable... »
!) « Dans tous les droits casuels, lods, amendes, etc., le mistral
rgc des affaires du seigneur, justice ou autre, levait un tiers en sus. »
^albonnais, Histoire du Dauphinéj 108.
5) Loyseau, Des justices de village.
\) Masu^r, De loc., n® 25. — Ferrarius, sur Guy Pap, quest., 272.
gnatures. On suspendait aux actes importants des sceaux — signa pendilla — extérieurs et faciles à perdre, et pour les terriers on se contentait d'une croix, et plus souvent encore on n'y mettait rien. Il n'y avait donc ni arrêtés de compte, ni reçus doubles, on n'en trouve pas dans les chartriers, et tout allait à la merci de la mémoire et au gré de la bonne foi du seigneur et de l'intendant.
Ce ne fut vraisemblablement que vers la fin du xvi® siècle que l'on mit quelque régularité dans les titres des seigneurs, par suite de contestations soulevées sur des questions de payement et de prescription. D'abord le mistral se contenta, sans rien signer et sans donner à ces livres une forme publique, de mettre une croix à côté de l'article, pour preuve de payement. D'autres fois, il attestait les annuités acquittées au moyen des lettres de l'alphabet. La lettre A, mise en regard de l'article, supposait le payement de la première année ; la lettre B, le payement de la seconde, et ainsi des autres. Enfin, au milieu du xvii® siècle, on en arriva à l'usage des affirmations, qui ne devint général que peu à peu et au xviii°.
Cette affirmation se faisait devant le juge royal, ou, au choix du régisseur, devant le juge des lieux, qui, sans que personne y fût appelé, avait ordinairement soin de coter et de parapher les pages.
En dernière analyse, et même sous leur forme dernière, les lièves, qui restaient entre les mains des maîtres, étaient écrits par eux et qui faisaient preuve contre les tenanciers (1), étaient donc une garantie incomplète, un moyen insuffisant d'assurer une égalité de droits absolue entre les deux parties intéressées. C'est du reste ce que constate If dernier et le plus savant des feudistes, Ilenrion dePansey (Traité des fiefSy 254), lorsque après avoir dit que lespa-
f':-r (1) Boërius, Que&l. \0^.