L'INTENDANT
iers terriers obligent les censitaires « quand le seigneur, près avoir pris des lettres de terriers, a obligé ses vassaux L venir reconnaître par-devant notaire tous les objets qu'ils iennent de lui » ; et lorsque après avoir parlé des préam- )ules dont ils les faisaient précéder, il ajoute : ^ Les seigneurs ont étrangement abusé de ces préambules, les faisant rédigera leur gré et par des notaires à leurs gages. Ils s'en sont plus d'une fois servis pour aggraver les charges de leurs censitaires, prétendant que le contenu en ces sortes de préfaces devait influer sur la totalité du terrier, comme s'il était répété dans chaque reconnaissance. »
Ils entretenaient un sergent « pour la garde de leurs droits et devoirs >, lequel faisait sa recelte « en vertu de leurs comptes ou rôles de taille, sans montrer autre titre, et pouvait faire demande des arrérages (1) j>. C'est sans doute en songeant à l'arbitraire de toutes ces levées d'argent et de redevances, que le commentateur de la coutume du Poitou se demandait si le nom des sergents leur venait du mot syncopé serre-argent^ « parce qu'ils prennent ce qu'ils peuvent», ou de serre- gens , à cause de la facilité avec lac|uelle ils jetaient en prison ceux qui tardaient à s'exécuter. OBoucheul, II, 635.)
Cependant le temps, qui toujours marche, amenait inévitablement à sa suite quelque amélioration dans le sort du peuple des campagnes. En 1446, dit dom Cartier (2), on
(i) Cottt. loc. de Linières en Berry, art. 9.
ii) HisL du Valois, II, 485.
Tontes les provinces présentent le même spectacle : « Le commerce et le labourage commencèrent à se rétablir, et la campagne à se repeupler : car depuis dix ou douze ans, dit un manuscrit que j'ai, conformément aux historiens de ce temps-là, la France était pleine d'étran- 8^68 calamités et de toutes sortes de maux, les champs en friche, la ''^ine partout, et l'homme ennemi mortel de l'homme. >• — Dom B. ^oger, Hist. d^Anjou, 335.
Voyez encore Louandre, '/Tw^ d'Abbeville, l, 36^, eVc.
i5i HISTOIRE DES PAYSANS.
recommença à cultiver les terres des environs de Naiit le-Haudouin : elles y étaient demeurées en friche d( 1416, c'est-à-dire depuis trente ans, ainsi que les campa de Chevreville. Dans ce renouvellement de l'agricull les terres se louaient presque rien. »
Voilà donc enfin un premier rayon qui perce les nua voilà ce premier coin pur et bleu que, jusqu'à ce mom nous avons vainement cherché par tout le ciel de la Fra Le paysan a touché le fond de l'abim^; il est bien te qu'il commence à remonter vers la surface et qu'on concède enfm sa place au soleil. Déjà on lui rend le tra bientôt il va féconder la terre et réparer les désastres de guerres incessantes : ce sera l'œuvre'de bien des siècles, j vent entravée par la démence et par les crimes de ses r tres^ mais il s'acharnera à cette œuvre, et triomphai la fin.
La seconde moitié du xv* siècle voit s'accomplir un cl gement considérable dans l'état des populations agricc L'Anglais est définitivement chassé du royaume, la féod; est frappée d'un coup mortel, les communes disparais peu à peu, la bourgeoisie s'efface, les évêques et les al rentrent dans l'ombre du moutier ou de la cathédrale; vilains, toujours écrasés lorsqu'ils veulent secouer le j trop pesant qui les accable, cessent d'être à craindre, el feront plus que quelques soulèvements partiels, facilen étouffés dans leur sang. Il ne reste plus qu'une chose, royauté, qui grandit sur les ruines de la noblesse, clergé, du tiers état et du peuple des campagnes. Tout tiers aux intrigues des cours, les historiens nous parler moins que jamais du paysan : il n'a droit à rien, pas mé à la pitié; il doit souffrir et mourir, c'est son lot; et s désespoir lui met les armes à la main, s'il court au-dev de la mort qui s'avance trop lente, c'est quelque eh comme la révolte de Spartacus : on compte froidem combien ont été massacrés, çendus -ou brûlés, et l'on pa