ÉTATS GÉNÉRAUX. — RÉSISTANCE DES PAYSANS
Lombard Boffalo, l'un des juges, qui prit k titre de comte de Castres. Charles VIII ayant rendu aux enfants du duc une partie des biens confisqués sur leur père, et rappelé de Fexil le frère de la victime, Jean d'Armagnac, évêque de Castres, ceux-ci procédèrent à la revendication de leurs domaines par deux moyens à la fois, légalement et les armes à la main. Boffalo alors appelle à lui les troupes du roi, les compagnies d'ordonnance en garnison à Perpignan, et se livre à leur tète à toutes sortes d'excès pour affamer l'ennemi. Poursuivi, arrêté, traduit en jugement et condamné, il obtint des lettres de grâce, les manants seuls ayant souffert de ses crimes, et bien, qu'il avouât dans sa défense qu'il y avait eu, tant de sa part que de celle des hommes qu'il employait, « une multitude de désordres et de délits, pilleries, roberies, prises de bétail gros et menu, butinements, homicides, boutements de feux, rançonnements d'églises et de personnes forcées, etc.. (1) »
Louis, duc d'Orléans, beau-frère de Charles VIE, mécontent de voir le gouvernement passer aux mains d'Anne de Beaujeu, intrigue par le royaume et soulève contre elle plusieurs princes, le duc de Bretagne, le comte d'Angoulême, le duc d'Alençon, le prince d'Orange, le comte de Dunois. Après quelques efforts infructueux, il conduit ses troupes en Bretagne, où elles sont poursuivies par celles du roi, qui pillent et détruisent sur leur passage les villages et les abbayes (2). La guerre civile se prolongeant en Bretagne, il fallut armer une fois encore le peuple contre ses éternels ennemis, et le ban et l'arrière-ban furent convoqués en Anjou, en 1489, pour s'opposer aux désordres occasionnés par ces passages continuels de corps d'armée.
(1) 3Iém. (le VAcad, des inscriptionSj XLIII, 687.
(2) « Le roi envoya promptement quatre armées en Bretagne, dont le passage par l'Anjou causa une perte inestimable à cette province. L'abbaye de Saint-Georges-sur- Loire fut pillée* et tous les bourgs de ce <IUartier-là ruinés. » — D. Roger, Anjou, 380.
52i HISTOIRE DES PAYSANS.
Pendant ce temps, l'arrière-banse convoque lui-même en Bretagne, et les paysans, forcés de reconnaître que les intrigues des grands sont la cause de tout ce mal, se jettent sur les nobles qu'ils exterminent sans pitié. Trois paysans de la paroisse de Plouyé dirigent leurs coups, bientôt toute la basse Bretagne est en feu, et tout fuit devant eux. Quimper-Corentin tombe en leur pouvoir, et ils y font leur entrée le 30 juillet 1489. A un jour donné, tous les villages, soulevés par le tocsin, devaient massacrer les nobles et les hauts bourgeois des villes, lorsque les gentilshommes marchent contre eux avec toutes leurs forces et leur offrent la bataille. « Les communes jouèrent le paquet», et furent écrasées à Pratanraz. Les chevaliers firent de ces malheureux une telle boucherie, que le théâtre de Faction en prit le nom de Prat-Milgot, pré des mille ventres (1).
Le roi publia des ordonnances — il ne pouvait faire davantage, puisque c'étaient les troupes mêmes qui eussent pu les faire exécuter qui commettaient les crimes auxquels les édits royaux tentaient de. remédier, — et, sur les plaintes des états de Normandie, il en rendit une pour s'opposer aux exactions des gens de guerre, des commissaires et des gens de justice, et pour défendre aux « nobles et autres de faire assemblées ni congrégations de gens et mauvais garçons, et de piller le pays », tandis que pour satisfaire aux doléances de ceux de Bretagne il en rendit, à quelques années de là, une autre dans le même but. (Ordonn. d'ocl. 1485, oct. 1487, nov. 1493.)
C'est durant les dernières années de ce règne que brilla la première étincelle du terrible incendie qui, au siècle suivant, mit l'Allemagne en feu, ralluma contre les nobles et le clergé la haine des paysans poussés à bout, et jeta quelques flammes jusque dans les provinces limitrophes de France.
(1) Le chanoine Moreau, Ilist. delà Ligue en Bretagne,