‹ Histoire des paysans (volume 4)Chapitre 25 sur 145 · LA RÉGALE · texte numérisé non relu

LA RÉGALE

gent, en acheta rexemption de Louis VII. En 1190, Févêque Maurice obtint de Philippe-Auguste la confirmation de la charte de Louis VII, et le fit s'engager, avec tout le luxe de serments désirable, à ne rien lever au delà d'une taille de soixante livres. Mais quel roi se crut jamais lié par un serment? On ne donne pas, on prête serment, et toute chose prêtée peut être retirée. L'évêque est à peine mort, que PhiUppe-Auguste, se régalant outre mesure, met sur les terres de l'Église une taille de trois cents livres, et tout ce que peut obtenir Eudes de Seuilly, son successeur, c'est une charte par laquelle le roi reconnaît que tout cela était indu, que ce précédent ne tirera pas à conséquence, et qu'à l'avenir il n'exigera rien au delà de l'ordinaire (1). Hélas! il en était des chartes des rois et des seigneurs comme des billets que Ninon signait à la Châtre, et, bien loin de diminuer, toutes ces charges pesaient de plus en plus lourdes sur les terres (2). •

Les grands vassaux, les évêques et les châtelains, dans leurs guerres privées, ne faisaient que suivre l'exemple et continuer les traditions des rois et des empereurs. Henri d'Angleterre ayant mis quelque lenteur à venir faire hommage au roi de France, son suzerain, pour les provinces qu'il possédait dans notre patrie, Philippe-Auguste marcha 8ur le Berry, « gastant et dépeuplant le pays », tandis que ie monarque anglais s'avançait à la tête de ses troupes, c lesquelles pillaient le peuple et gastaient tout y> (3).

Lorsque Philippe-Auguste rencontra l'ennemi à Bovines,

[depuis un mois il dévastait a royalement » les terres des

îlges (4). « La tempête des guerres n'étonnait pas seule-

lent les Poitevins et les Angevins, elle abattit le Pon^hieu

»us des ruines irréparables, car l'empereur Othon, at-

(1) Sauvai, Antiquités de Parisj II, 4ii.

(2) Richard Simon, Traité des bénéfices, H, 121, 141.

(3) Jean Chaumeau, Hist, du Bernj^ liv. III.

(4) GuiUel. Brilo, 04.

tiré par les prières et les présents de Jean, son oncl Ferrand, comte de Flandre, et plusieurs autres grands se gneurs, ravageaient tout le pays (1). »

« Les injustices, les outrages, les tyrannies de vos bailli écrivaient l'archevêque et le clergé de Bordeaux au r d'Angleterre Henri III, ne se peuvent rapporter à votre si blimité sans amertume de cœur... Parmi les prêtres et l religieux, les paysans, les pauvres et les orphelins, les ui sont mis à mort, les autres frappés de verges ou reteni dans les prisons; d'autres, par la saisie de leur personne de leurs biens, sont forcés de se racheter à prix d'ai gent... On trouverait à peine une paroisse dans laquelle restât encore le tiers des habitants, le reste étant mort d faim ou de misère, ou ayant été forcé de s'enfuir sur ui sol étranger. y>

Pour toute réponse, on leur envoya le comte di Leicester, guerrier farouche, qui les réduisit à la raison, e fit régner cet ordre que Tacite a caractérisé d'un mot su blime : Solitudinem faciuntj pacem appellant*

(1) Dumoulin, Ilisl^ de Normandie, liv. XIV, p. 516.

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