‹ Histoire des paysans (volume 4)Chapitre 24 sur 145 · LES GUERRES PRIVÉES · texte numérisé non relu

LES GUERRES PRIVÉES

)s guerres les plus cruelles et les plus calamiteuses dont province ait eu à souffrir. Des violences, des meurtres, îs incendies, des actes de pillage chaque jour renouvelés,' îs moissons ravagées, des chaumières détruites, partout le r etla flamme, partout des cœurs implacables et des bras ^patients de frapper : voilà ce que fut cette guerre. > îougebief, 214.)

La Saintonge n^avait pas moins à se plaindre des gens armes. ^ Il semble que tout sentiment d'humanité fût alors inni de la profession militaire, et que les hommes fussent oins armés pour acquérir de l'honneur que pour comettre des crimes (1). »

Dans l'Alsace et la Lorraine, les évoques de Metz et de rasbourg sont en lutte ouverte entre eux et avec les bourîois des bonnes villes. Les villages disparaissent, brûlés, léantis par les combattants de tous les partis (2). En Dauliné, Bertrand de Meuillan, uni à Raymond d'Agoult, itre sur les terres du Dauphin et les ravage. De leur côté, s bourgeois d'Embrun, fatigués du joug de l'archeique, se révoltent et saccagent les terres de l'Église. L'arlevêque les soumet après avoir appelé le Dauphin à son de (3). Dans le Puy-en-Velay, une insurrection générale îlate contre les soldats qui pillent les campagnes au profit 3S seigneurs laïcs ou religieux, et pour leur propre )mpte. L'évêque du Puy réclame le secours de Philippe Hardi, qui fait peser sur les contrées la terreur desreprélilles (1277)*

Enfin les paysans, comme si un étrange vertige se fût mparé d'eux^ non contents d'être battus par tout le londe, se battaient entre eux, et Glaber cite l'exemple

(1) Arcère, Hist. de la Rochelle, 222. -- Voy. encore Chabrol, sui* 'éOut. d'AuvergmA, dise, prélimin., xx,

(2) Veronnais, Statistiq. de la Moselle, 74-98.

(3) Chapuys-Montlavillc, Hist. du Dauphinéj H, 84.

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d'un village où deux factions opposées se firent la guerre pendant plus de trente années (1).

• L'une des causes qui entretenaient avec le plus d'énergie l'esprit d'antagonisme et de luttes incessantes entre les évêques et les seigneurs était la régale, dont l'exercice concédait au suzerain le droit de mettre littéralement au pillage les châteaux, terres et domaines de l'Eglise, entre la mort du titulaire, évéque, abbé ou bénéficiaire, et l'élection de son successeur. Dans le principe, les rois et les hauts barons, en donnant aux églises ces vastes domaines qui les avaient faites si puissantes, s'en réservaient la garde et l'avouerie, ils en restaient gardialeurs, et c'est à ce litre et comme récompense du secours de leur lance qu*ils exerçaient ce droit de régale. En vain le donateur y eût-il renoncé, la crainte du péril eût contraint le chapitre à en investir un autre seigneur afin de se mettre en sûreté contre les usurpations des sires leurs voisins (2). A la mort donc de l'évoque, de l'abbé ou du bénéficiaire^ les gardiateursou régaliste» coupaient, au nom du suzerain ou du roi, les bois et les forets des églises, péchaient les étangs et les rivières, enlevaient le vin, les grains, le foin, les troupeaux sur toutes les métairies, tous les meubles qui garnissaient les maisons et résidences épiscopales ou abbatiales, sans en excepter les portes, les fenêtres, les lambris, le fer et le plomb (3). Si bien que le nouveau prélat, au lieu de se contenter de lever la taille de joyeux avènement, se voyail contraint de pressurer à son tour ses tenanciers et de coa-j sommer leur ruine.

Dans les domaines royaux, le roi, lorsque la régale él ouverte, avait le droit de lever une taille « à sa volonté >i puis il opérait par surcroît une razzia générale sur tous U biens de l'Église. L'évoque de Paris, Thibaut, à force d'ar-

(J) Rec. des hist. de Fr., X, 33. — Boulhors, Coût. d'Amiens, I,

(2j Méncsiricr, Ilist. de LyoUy 397.

(3) Ménestrier, 443; — \irusse\, Usaqe des fiefs, II, 312.

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