LES ALBIGEOIS
comte de Toulouse, épargne les chevaliers, mais fait tomber sa rage sur le menu peuple de Tarmée, sur « la pédaille », sur deux mille sergents d'armes, arrache les yeux aux uns, coupe le nez, les bras ou les pieds aux autres, et les renvoie au camp pour donner à leur maître une leçon d'humanité, leçon qu'il eut l'occasion de répéter trois fois dans la même campagne.
C'était toujours le peuple qui payait le prix de ces leçons échangées entre ses maîtres farouches et impitoyables. On épargnait les seigneurs retranchés derrière les murailles de leurs donjons, relevées, si elles étaient détruites, par les corvées qu'ils exigeaient de leurs sujets ; captifs, ils se rachetaient en levant sur eux des tailles arbitraires ; excom» munies, ils en étaient quittes pour faire pénitence publique et payer à Rome des amendes dont leurs hommes faisaient les frais; tandis que les infortunés habitants des hameaux, dont les vignes et les oliviers étaient arrachés, en avaient pour dix années à se remettre de ces ruines, en admettant que ces fléaux les laissassent respirer pendant un laps de temps aussi long.
Oh! combien nous aimerions mieux, au lieu de raconter ces siècles maudits de la féodalité, vous montrer, en remontant de quelques siècles dans le passé, le clergé intervenant entre les rois et les peuples, adoucissant la férocité des barbares, opposant la croix à l'épée, le pardon à la vengeance, et sans cesse occupé à désarmer ces conquérants sanguinaires ! On se demande si l'humanité avance et progresse, ou si elle recule, et l'on arrive à regretter ces jours où le terrible Attila était détourné de Rome par le pape Saint Léon, de Troyes par saint Loup, d'Orléans par saint Aignan; ces jours où saint Dizier deLangres et saint Nicaise de Reims étaient égorgés par les Vandales pour le troupeau Qu'ils défendaient. Grâce à l'autorité conquise au prix de pareils dévouements, les évéques entraient daiv^l^^ ç,wv- Seils die ççs v^incfueurs étonnés, ils prèçataieTvV^V ôSs^cwr
taient les lois, et faisaient succéder partout le droit cano nique, c'est-à-dire la justice éternellement et universelle ment juste et vraie de l'Évangile, à cette législation va riable, impitoyable et barbare des hommes, qui n'est rie qu'une affaire de chronologie et de géographie, comme i la justice, suivant l'expression de Pascal, devait être limité par une rivière ou une chaîne de montagnes! Hélas! poui quoi faut- il qu'en devenant seigneurs temporels, les évêquc aient trop souvent pris tous les vices de ceux auxquels i ne parvenaient à donner qu'une si faible partie de leu: vertus?
Plus heureux que l'Orient, qui avait vu la plupart d» empereurs s'armer du glaive pour extirper l'hérésie, l'O cident, grâce à la tolérance de la papauté, avait échapi jusque-là aux persécutions. D'où vient donc que tout coup l'Église, après avoir professé si longtemps une sainl horreur du sang versé (1), faillit à tous ses précédents, e souleva cette croisade impie de chrétiens contre chrétiens de Français contre Français? N'est-ce point que les ariens les*nestoriens, les pélasgiens, les disciples de Béranger et tant d'autres, attaquaient le dogme seulement, au liei que les vaudois, en ramenant la religion à sa sirapliciK toute populaire, à la discipline toute républicaine des prc miers siècles, sapaient dans sa base la monstrueuse puissance temporelle d'Innocent III et de ses prédécesseurs n'est-ce point que le rigorisme et la fraternelle charité 4 leur existence étaient la plus sanglante critique du fastueu dévergondage du clergé, et que la papauté devinait dai^ Pierre de Vaud un ancêtre de Wicleff, de Jean Hus et c Luther?
Voyons donc quelle était l'altitude de l'Église devant • long martyr des campagnes, et, à côté de ce qtf elle av mission de faire, voyons ce qu'elle faisait.
(î) « La. règle était générale que l'Église en poursuivait j.m»*^ mort (le personne. » — V\cwv\, M(BnT& des ç\ivèVVex\%.
ORIGINE DK LA DIMK. I5:(