CHAPITRE IV
Le christianisme poursuit rcxtinction du paupérisme par la cliarité. — Désappropriation générale. — Communisme égalitaire des premiers chrétiens. — L*aumdne du superflu devient obligatoire. — La dîme, revenu des pauvres. — Tout dégénère entre les mains de l'Église. — Le clergé s'approprie le bien des pauvres. — Incroyables envahissements de la dîme. — Encore le droit du seigneur. — Richesse fabuleuse du clergé. — Moyens qu'il met en œuvre pour accaparer la terre, les hommes et les propriétés.
« Celui qui ne renonce pas à (ont ce qu'il a no peut être mon disciple. » Saint Luc, xiv, 53.
Aux premiers jours de la religion révélée, les nouveaux convertis, après avoir vendu tout ce qu'ils possédaient pour en remettre le prix entre les mains des apôtres, organisèrent l entre eux le communisme le plus complet et le plus égalitaire (1), partageant tout selon les besoins de chacun, et prenant leurs repas dans ces fraternelles agapes au sein desquelles on suivait cette sage prescription de saint dénient d'Alexandrie, à laquelle un grand poète devait donner plus tard une autre célébrité, — de ne pas vivre pour man-
(1) Actes des apôtres, II, 44, 45; IV, 32, 34, 35; — Fleury, Mœurs ^^ chrétiens^ I" part., 11; -- Le Maistre de Sacy, Ep. de S. Paul ^3i Corinthiens j IX; — Mttssillon, 4® dimanche du carême; — Deni- *art, Dictionn. de droit, art. Biens d'Église; — De Perrière, Introd- <*w droit ecclésiasiique ; — Camus, Traité des portions congrues, *» ^34,... etc.
^i abandon de tous les biens à la communauté était obligatoire, et Ananias et Saphira ayant voulu garder pour eux une partie du prix ^^ la vente de leurs biens, saint Pierre les fît tomber morts à ses pieds.
Massilion les appelle les seuls prévaricateurs de V Eglise de Jérusalem, (Sermon du lundi de la 3" semaine du carême.)
ger, mais de manger pour vivre : — réunions si calomniée des païens, et qui parfois, s'il faut en croire saint Pau n'étaient pas en effet à l'abri de toute critique (1).
L'ardente charité djes disciples de Jésus-Christ inspirait ! aux adeptes de la foi nouvelle un singulier système d'éco nomie sociale, puéril et grandiose à la fois, dangereux < sublime en même temps. On vendait ses biens, — ce qi était inoculer à son prochain le venin de la richesse, — o en mettait le prix en commun entre les mains des apôtn qui le distribuaient ensuite en aumônes : mais ces hier étaient par cela même, pour la société nouvelle, frappés d stérilité dans l'avenir, ils ne représentaient aucun reveni c'était un trésor précaire, qui avait besoin, pour s'alimente de conversions incessantes et de dévouements toujours re naissants. Supposons, comme le devaient rêver les apôtre; tout l'univers converti : tous les biens sont vendus (à qui?...; toutes les sommes que ces ventes représentent sont en com mun, la terre est délaissée par tous, et cette ardente chari té n'aboutit en dernière analyse qu'à réaliser la pauvreté générale dans le monde. Faute de savoir distinguer la propriété de ses vices, de ses crimes même, ils tuaient du même coup le malade avec la maladie. Peut-être n'était-il pas possible, l'humanité ne s'avançant que par une série de réactions contraires, d'éviter, au sortir des excès de la propriété individuelle des païens, de se jeter dans l'excès de la désappropriation générale. Mais bientôt, découvrant devaai eux l'abîme vers lequel ils marchaient, en lutte constante; d'ailleurs, et infructueuse, contre ce besoin d'appropriation le plus légitime et le moins compressible de tous les besoin^ de l'homme, ils reconstituèrent cette propriété, ce Mammoi d'iniquité qu'ils avaient tenté d'anéantir, mais ils la recon stituèrent sur ses fondements vrais, larges, fraternels, enli^ donnant pour base le travail utile, et en continuant à pouï
(i) Saint Paul Cttoc GorintltienS) ui^^-, n, \\ îli, 20, 21, 22...