‹ Histoire des paysans (volume 4)Chapitre 80 sur 145 · LA DIME · texte numérisé non relu

LA DIME

miracle avait eu lieu, et le plus sûr était de payer. (Dormay, Hist. de SoissonSy 394.)

Il y avait, dans le diocèse de la Rochelle, des domaines qui étaient toujours demeurés affranchis du service de la dîme. C'étaient vraisemblablement des terrains incultes que Ton avait concédés en toute franchise pour engager les laboureurs à les défricher, sauf à revenir plus tard sur les conditions de cette concession. Le clergé, en 1310, prétendit prélever sur les récoltes la part de FÉglise, et lança ses décimateurs sur les campagnes. Répondant par un" soulèvement général à cette prétention nouvelle, les paysans les accueillirent à coups de fourche et à coups de pique, résistance que le clergé espéra briser en faisant peser sur la contrée une de ces excommunications dont il se montrait si prodigue, et qui ajoutaient aux maux du plat pays un déluge de misères d'un autre ordre, mais non moins poignantes, à une époque où tous les actes de la vie civile étaient mêlés et confondus aux cérémonies de la vie religieuse. Après de longues luttes, après des alternatives de succès et de défaillances de part et d'autre, le pape Clément VII prit en main la cause, et, en 1382, lança une bulle par laquelle, « pour bonnes et valables raisons », il s'adjugea à lui-même les sommes dues par les habitants à l'évêque et aux curés de la province :

Messieurs, l'huître était bonne : allez, vivez en paix!

Mais comme, dans l'espèce, les plaideurs n'avaient pas même obtenu la moindre écaille de consolation, le ressouvenir de l'huître ainsi avalée sous leurs yeux entretint leur qnimosité avec leurs regrets, et ce ne fut qu'en 1403, c'està-dire après tout un siècle de tiraillements et de difficultés, que l'affaire fut terminée et que le clergé put amener les habitants des villages à supporter cette nouvelle exaction (1).

Les ecclésiastiques levaient en outre sur leurs hommes»

(1) Arcère, I/ist. de la Rodielle, f, 205, 206, GO^, ^\^.

la taille aux quatre cas dans les circonstances suivantes : quand il fallait marcher pour le service du roi, lorsque le pape exigeait un subside, lorsqu'ils avaient à soutenir des guerres particulières, et lorsqu'ils voulaient acquérir quelque nouveau domaine. Seulement, de même que la taille laïque aux quatre cas s'étendait jusqu'à huit et au delà, on avait su habilement faire passer en habitude de la payer également à l'évèque au temps de son sacre et joyeux avènement, lorsqu'il recevait le roi chez lui, lorsqu'il était appelé par le pape pour venir en sa cour, ou à un concile, comme aussi lorsqu'il allait prendre à Rome le pallium{l). On s'arrangeait sans doute pour que l'un de ces cas se présentât chaque année, car nous voyons eii 1185 les habitants du Laonnais consentir à payer à Tévêque une somme annuelle fixe pour la taille. Elle devint abonnée, comme la taille laïque, et passa à l'état d'impôt perpétuel et régulier.

Lorsqu'ils donnaient aux monastères des métairies de quelque importance, les nobles sires mettaient pour condition qu'à certains jours de l'année ils y seraient hébergés avec toute leur suite, et qu'ils mangeraient à |a table de l'abbé. Comme dans ce cas les moines avaient le droit de lever une taille sur leurs hommes (2), il en résultait que le seigneur retrouvait dans cette espèce de droit de gîte l'équivalent de ce qu'il donnait, l'Eglise gagnait le droit d'imposer une nouvelle taille, chacun s'était enrichi par cet échange, le paysan seul se trouvait devoir une aide de plus que devant.

La naissance, le mariage, la vie, la maladie, la mort, tout servait au clergé de prétexte pour rançonner les malheureux paysans. Il existait à leur usage une foule de petites exactions, faciles à éviter dans les villes, qui avaient leurs privilèges et leurs chartes, chez lesquelles Tespnt

{l) Dict. de Trévoux, \. Miits.

fè) Huet, OWflfines de Caeïv, '^^.

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