‹ Histoire des paysans (volume 4)Chapitre 89 sur 145 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

La Jacquerie (suite).

« Il n'y avait réellement alors en Occident que lieux nations ennemies, les nobles et les vilains. Le reste n'était que querelles de famille j».

Henri Martin.

reste maintenant la ^cëne si dramatique du marché de

est la tactique habituelle des partis de condamner leurs rsaires, non d'après leurs actions, mais d'après les liions qu'on leur prête. On se donne ainsi une sorte roit de prendre les devants et d'exécuter soi-même les inels desseins qu'on les accuse de couver dans leur ée. Aussi Froissart ne manque-t-il pas de dire que is ces nobles dames de la cour de France ^ eussent été es, efforcées et perdues, comme grandes qu'elles mt », par les dix mille Jacques qui pénétrèrent dans lie, sans les quarante chevaliers du comte de.Foix et aptal de Buch.

tout cela il y a un malheur : c'est que jamais les ues ne) marchèrent surMeaux; c'est que par conséquent l'y entrèrent pas, et que ce n'est pas eux qu'abattit sur ace du Marché la lance des quarante chevaliers anglais.

y eut à Meaux ce qu'il y avait dans la ç\u^»tV ôl^"^

Wl HISTOIRE DES PAYSANS.

grandes villes de France, une insurrection de bourgeois contre la noblesse, écho de la grande insurrection de Paris, sous l'inspiration de Marcel et de Robert le Coq.

Le siège du marché de Meaux parut à Secousse un événement assez important pour qu'il allât l'étudier sur les lieux, en s'entourant de tous les renseignement, plus faciles à rassembler là que partout ailleurs. Après avoir donné une topographie détaillée du théâtre de l'action, il ajoute (I, 247-254) :

« Cette description était nécessaire pour bien comprendre le récit de l'entreprise que firent les Parisiem sur le marché de Meaux. Les trois historiens contemporains en ont parlé fort au long. En rendant compte de ce qu'ils ont dit, j'insérerai dans leur narration quelques circonstances qui se trouvent dans les chartes et dans les autres monuments.

« Le samedi 9 de juin, disent les chroniques de Saint- Denis, trois cents personnes, ou environ, parties di' Pn qui sont nommées gens d'armes dans les lettres de décembre 1373, et ayant pour capitaine Pierre Gilles, épicier de cette ville, s'étant jointes à cinq cents personnes, ou environ, qui s'étaient assemblées à Tilly, et qui avaient pour capitaine Jean Vaillant, prévôt des monnaies du roi, vinrent

à bannières déployées à Meaux. Quoique Jean Soulas, qui était alors maire de la ville, et plusieurs autres habitants eussent juré au régent qu'ils lui seraient fidèles, et qu'ils ne souffriraient pas qu'on fît rien contre lui et contre son honneur, cependant ils firent ouvrir à ses troupes les portes ' de leur cité, dont ils avaient la garde; ils leur donnèrent toutes sortes de rafraîchissements, et firent même dresser pour eux, dans les rues, des tables garnies de nappes, sur lesquelles ils mirent du vin, du pain et de la viande. Us se joignirent à ses troupes, et les uns et les autres s'étant rangés en bataille, ils s'approchèrent du marché, soudainement et sans que \es ^eT?.owvL^^ ^\ ^VaÀfôvA. dîa.iis cette forte-

esse s'en donnassent de garde, et Tattaquèrent très-vivenent. y>

Telle est la version des grandes chroniques, rectifiée et complétée par Secousse sur des documents authentiques et )fficiels. Peut-être ^rons-nous plus heureux avec le coniinuateur de Nangis, peut-être nous laissera-t-il apercevoir e bout du bâton ferré de quelqu'un des dix mille Jacques le Froissart :

« Dans le temps de l'indignation du régent contre les Parisiens, dit cet historien, ceux-ci vinrent en grand nomire à Meaux, où la duchesse son épouse était dans la for- ;eresse avec des nobles. Pendant l'absence du régent, qui 3tait allé dans un pays assez éloigné, il y eut un combat între le maire de Meaux et les citoyens, et les nobles qui étaient enfermés dans la forteresse. Quelques Parisiens armés vinrent au secours des premiers, car les citoyens de Meaux, qui haïssaient la noblesse qui les opprimait, ne demandaient, pour les attaquer, que d'être soutenus par un renfort de Parisiens» Ce secours étant arrivé, ils attaquèrent la forteresse du côté de la porte qui va au pont. Mais les nobles, qui étaient plus habiles qu'eux dans le métier de la guerre, les repoussèrent, et se répandant ensuite dans la ville, comme des furieux, ils tuèrent tous ceux qu'ils rencontrèrent. Une partie des habitants prit la fuite ; quelques autres, hommes et femmes, furent faits prisonniers et enfermés dans la forteresse. Les nobles pillèrent les églises et les maisons, et mirent leur butin dans le même endroit. Ils mirent aussi le feu dans la ville, et firent tout ce qu'ils purent pour la détruire. Ils se jetèrent avec la même fureur ^ans la campagne voisine de Meaux ; ils massacrèrent tout ce qu'ils purent attraper ; ils mirent le feu dans différents villages, et ils firent dans ce pays plus de ravages que les Anglais n'en eussent pu faire. »

Ainsi, la bourgeoisie insurgée prend les armes coûter \^ Noblesse : ceUe-cî se rue sur le plat pa^s qu'eW^ ÔLfes^^Xa,

34i HISTOIRE DES PAYSANS.

Jacques Bonhomme, sur le dos duquel les nobles se vengent, hérite encore de la mauvaise renommée des bourgeois, qui mettent la révolte sur son compte et rejettent tout sur lui. Les battus payent Tamende ! Pauvre Jacques Bonhomme ! ils ont bien raison de dire qtfe tu as le dos bon et que tu supportes tout !

Il faut croire que Thistorien de la localité, dom Toussaint Duplessis, n'a pas écrit à la légère ce que BoulainvilUers(i) appelle Tévénement le plus important de la ville de Meaux, et que le biographe du sire de Hangest, qui commandait dans cette ville au nom du régent, a pris soin de se renseigner sur ce fait, le plus notable de la vie de son l\éros. Don Duplessis n'hésite pas à rejeter la version de Froîssart pour adopter celles des chroniques de Saint-Denis et du continuateur de Nangis (2), d'accord en cela avec l'un des plus savants bénédictins, dom Yaissette, l'historien du Languedoc (3).

Enfin le biographe la Morlière est aussi net que les autres à accuser la bourgeoisie seule de la tentative sur Meaux (4).

Voilà donc Froissart surpris en flagrant délit d'erreur sur tous les points de sa narration. Faut-il pousser plus loin les choses et discuter les chiffres? Suivant les grandes chroniques, il y avait environ neuf cents révoltés : Froissart eB compte plus de dix mille, « en très-grande volonté de mal faire y>. C'est, comme pour les cent mille paysans qui for*

(1) Etat de la France, II, 28.

(2) « Cependant Jacques Soûlas, qui en était maire, et qui entreteoiii des intelligences secrètes avec ceux de Paris, fit venir des secours de cette ville rebelle, dans le dessoin do se livrer lui-môrae aux Anglais... • — Ilist. de Meaux, I, 275.

(3) D. Yaissette, liv. XXXI, 295.' (i) « Jean Rabâche, seigneur d'Angest, défit, en compagnie de Gastti

Phœbus, les troupes envoyées de Paris par les ennemis du dauphin potf se saisir de la ville de Meaux, où ils avaient été laissés à la garde éi madame la dauphme. » — Maisons \\\u%Ue.% ^e P\cttH*e.» 27i

LA JACQl EKIE. ;il5

n total, un zéro de trop, voilà tout. Le bon chanoine

en herbe (1), qui oubliait les revenus de sa cure

taverniers de Leptines, et qui avouait que l'argent

t entre les doigts (2), pouvait ignorer la valeur d'un

n placé. Dix mille contre quarante, c'est tout juste

nt cinquante contre un : ici Froissart laisse loin

lui TArioste et ses plus furieux coups de lance. Si

•ables que fussent les chevaliers couverts d'acier, il

que deux cent cinquante bâtons devaient suffire à

ne lance, d'autant plus que ces paysans frappaient

bien, s'il faut en croire le continuateur de Nangis.

s bien que chaque chevalier était accompagné de ird et de son page. Si le sire de Hangest avait sous nt d'hommes, cela pouvait présenter un total de ils combattants environ, qui, en tenant compte de orité de leurs armes, étaient largement en situation [• en pièces neuf cents bourgeois mal équipés, mais ent très-évidemment succombé sous les coups de i paysans poussés au désespoir.

3rai-je que la plupart des historiens des provinces mitrophes se taisent sur ce soulèvement tout local îquerie (3), et qu'il y a unanimité chez tous ceux parlent, à en rejeter le crime sur la noblesse, qui

ssart se donne, dans ses poésies, cette dignité bizarre, pro-> t parce que le pape lui avait accordé l'expectative d'un canole.

Légèrement me sont venus,

Et légèrement sont perdus...

Et les taverniers de Leptines

En ont bien eu cinq cents francs...

Il semble voir qu'argent me pue ;

Près de moi ne peut arrester...

nebert, Hist. de V Artois. — Dom Morin, Ilist. du Gdtinais, — et, Ilist, de Lorraine, — De Vérité, Ilist. du Ponthieu. — st. de Provence. — Dom Plancher, Hist. de, Bour^oquft.

3ilJ UlSTOlkli DES PÀY6ANS.

contraignit les paysans à renoncer à leur longue patience (1)?

On a souvent accusé Froissart, et avec raison, d'injustice pour le peuple, d'aveugle partialité pour la noblesse. C'est à lui, je le répète, à lui seul que cette sombre année 4358 doit sa hideuse célébrité. Eh bien ! cette page honteuse qu'il a léguée à nos annales, n'aurai-j« pas fait œuvre de bon citoyen, si je puis y passer l'éponge pour en ôter du moins une partie de ce sang qui la souille et la déshonore?

Chroniqueur cosmopolite, aussi ami, pour le moins, d'Edouard III, du Prince Noir et de Talbot que de pas un des princes ou des gentilshommes français, et, qu'il fût en Angleterre ou en France, ne fréquentant que les chevaliers, ne s'abritant que derrière les tours des châteaux, n'écrivant que pour ceux qui l'hébergeaient et le lisaient, achetaient ses manuscrits ; ne voyant, ne connaissant qu'eux ; ne s'intéressant qu'aux belles passes d'armes, aux beaux coups de lancC) aux beaux tournois et aux brillantes « bacheleries », Froissart s'est inspiré de la terreur des nobles seigneurs études gentilshommes; il a reproduit les contes de leurs veillées dont il a fait de l'histoire, et il a trompé la postérité trop crédule après s'être trompé lui-même.

La stupéfaction et la terreur furent grandes parmi les chevaliers quand ces misérables serfs, avec lesquels on devait se croire le droit de tout oser impunément, firent, dit Mézeray, comme ces lièvres qui, étant aux abois, se jettent au cou des lévriers. L'effroi grossit les objets; il dut exagérer à leurs yeux et le nombre des Jacques révoltés, et l'horrettr de leurs vengeances. Eux-mêmes et les bandes qu'ils soudoyaient commettaient des crimes si horribles, qu'ils durent en prêter d'analogues à leurs adversaires. Mais si, au lieu

(l) Chateaubriand, Analyse raisonnée de VhisL de France y ^' ^ Mézcray. — Dom Carlier, Ilist. du Faiois, II, 317. — Donnay, SoittO»^

— Bodin, Avjou. — Sismondi, X, 520.— Sainte-Foix, Essais sur Parti-

— Rougebief, Franche-Comté, 278. — De Barante, Des commwuf tt de l'aristocratie^ 27. E.lc...

le se faire Técho complaisant des haines et des frayeurs les châtelains abrités derrière leurs donjons, le chroni- [ueur de Valenciennes eût prêté l'oreille aux débats orageux t instructifs des états généraux; s'il eût daigné accorder [uelque sens aux ordonnances royales, il eût compris que i, dans les lettres d'abolition du 10 août 1358, le dauphin égent se montrait plus sévère pour les excès de la contreîcquerie nobiliaire que pour ceux de la jacquerie elletiême, c'est que le dauphin régent se rappelait que la oyauté avait donné au peuple le signal de la lutte, et lui vait mis elle-même les armes à la main contre les officiers le sa maison, contre les nobles et contre les gens d'armes.

On se rappelle les vexations inouïes auxquelles étaient xposés les hommes du plat pays par suite des droits de >rise, de gîte et de pourvoirie qu'exerçaient rois et seigneurs lans les contrées où il leur plaisait d'aller porter leur rési^ lence. J'ai cité ces ordonnances, toujours renouvelées et oujours enfreintes, qui défendaient ces exactions et qui ordonnaient aux villageois de « corner le cor et de toquei* e sing (1) » contre les preneurs et les pourvoyeurs, et de eur résister par la force des armes. Voici ce quô répète ncore à ce sujet l'ordonnance de mars 1356 :

€ Pour ce que aucuns ont si accoutumé de prendre et iser de prise audit royaume, qui à peine s'en pourraient énir, nous avons voulu, promis et accordé, accordons et iromettons en bonne foi, que si l'on veut pour notre dit eigneur, pour nous ou pour les susdits faire prise au dit oyaume par quelque autorité ou nécessité que ce soit, sauf es modifications dessus dites, que chacun y puisse résister le fait et requerre, sans peine et sans amende, et que les preneurs ne soient réputés que privées personnes; et si ;eux sur qui Ton voudra prendre ne sont assez forts pour ésister aux preneurs, qu'ils puissent appeler aide de leurs

(i) La cloche autrefois s'appelait sing, de si(/n«m,s\gïvaL\,à'o\3».\,QÇ,^*vcv.

y48 IIISTOlKt: DES PAYSANS.

voisins et des villes prochaines, lesquelles se pourront assembler par ouy, par son de cloche ou autrement, selon que bon leur semblera, pour résister auxdits preneurs ; et s'ils voulaient battre, villener ou faire force, l'on se pourrait revencher par semblable manière sans encoure peine ou amende. »

Voilà pour les officiers et serviteurs royaux.

<K Sera crié publiquement et défendu sous peine de corps et de l'avoir, à tous nobles et non nobles, que durant le temps de ces présentes guerres, aucun d'eux à l'autre ne meuve ou fasse guerre, en quelque manière que ce soit, ouverte ou couverte, ni Jie fasse faire, sur peine de corps et de l'avoir, et avons ordonné et ordonnons que si aucun fait le contraire, la justice du lieu, sénéchal, baillis, prévosts ou autres, appelés à ce, si métier est, les bonnes gens do pays, prennent tels guerriers, et les contraignent sans délai, par la retenue de corps et exploitement de leurs biens, à faire paix et à cesser du tout de guerroyer. » . Voilà pour les nobles.

Voici maintenant pour les gens de guerre :

a Avons ordonné et ordonnons qu'il soit publiquement crié de par notre dit seigneur et de par nous, et défends sur la hart, que aucuns souldoyers, soit du royaume ou èi dehors, en allant, passant ou venant, ne prennent, pillent ou robent blés, vins, vivres quelconques, ou autres choses sur les sujets, en quelque lieu qu'ils passeront, ni sor quelque personne que ce soit; et s'ils s'efforcent de faire l« contraire, nous voulons et ordonnons que chacun puisse résister de fait à leurs forces par toutes les voies et mt* nières qu'ils pourront mieux, appelé à ce les gens des villes voisines par son de cloche ou autrement, comme bon leur semblera, et de ce faire leur donnons pouvoir et autorité. »

Puis, comme le peuple est très-abattu et qu'il pourrait hésiter à comprenAte eV Iv ^y^vt^V^ vêlent insiste, et quel*

Va

ues articles plus loin, renouvelle en termes plus clairs et lus formels Tordre de prendre les armes :

« Pour ce que les sujets du royaume puissent demeurer lus à pays, ordonnons et mandons que si aucuns du 3yaume ou d'autres s'efforcent de prendre ou guerroyer iicunes personnes en bonnes villes du royaume, que tous is officiers et sujets de notre très-cher seigneur et père et e nous les en fassent cesser, et y contrestent et faisent conester par tout le peuple, et que le peuple du royaume y 3ntreste de tout son pouvoir par toute puissance d'armes t à son de cloches, et faire le puissent sans offense. y>

Le peuple repousse l'arme qu'on lui offre, il demeure atient et calme, et le pillage continue. On lui ordonne lors de nouveau, en 1357, de repousser la force par la )rce. Il refuse encore, et ses bourreaux poursuivent leur îuvre d'extermination. Aux états de Champagne, ouverts î 19 avril 1358, à Vertus, on le rappelle encore au sentiment de sa défense : il refuse toujours.

Les bonnes villes du royaume, attardées dans l'ornière du assé, ne peuvent suivre Paris, qui, sous l'inspiration de larcel et de Robert le Coq, rêve prématurément l'essai du ouvernement représentatif. Les membres ne veulent plus uivre la tête qui les guide, et les bonnes villes refusent 'envoyer leurs députés à Paris. Le régent convoque alors les lats généraux à Compiègne, où ils s'ouvrent le 4 mai 1358, isle deux semaines avant l'explosion du volcan populaire.. r voici ce qu'ils décident et dictent au dauphin Charles :

« Chacun pourra résister à ceux qui voudront faire des lises, et reprendre sans crainte de peine et d'amende, tout î qui lui aura été ainsi enlevé ; et si ceux contre qui ces olences seraient exercées n'étaient pas assez forts pour y isister, ils pourront appeler à leur secours leurs voisins li pourront s'assembler par cri public ; et ils ne pourront re assignés sur tout ce qui aura rapport à ces prises, par Jvant les juges ordinaires.

aS(> HISTOIUE DES PAYSANS.

> Les soudoyers soit français, soit étrangers, ne pillerom point dans le royaume, sous peine d'être pendus, et il sera permis de leur résister par voie de fait (1). »

La patience du martyr était à bout, la mesure était comblée et le vase débordait. Cette fois le peuple obéit et sauta sur ses armes.

Et maintenant, ces ordonnances royales à la main, je dis que, sauf la férocité des moyens, qu'il faut rejeter sur la ba^ barie du siècle, les Jacques furent exactement ce que seraient aujourd'hui des gardes nationales légalement armées pour défendre contre l'anarchie leurs vies, leurs fortunes et leurs propriétés.

Quoi qu'il en soit des erreurs et des exagérations de Froissart, la sanglante journée du marché de Meaux, si c'est elle qui jeta le découragement dans l'âme des Jacques, eut lieu le 9 juin. La jacquerie, commencée le 21 mai, avait duré un peu plus de deux semaines.

Quelques jours plus tard, le roi de Navarre, dans uû6 seule affaire, en tua trois mille, et s'empara de leur chef, Caillet ou Rarlot, qu'il punit du dernier supplice. AbattaJ par ces deux revers, ils cessèrent de se rassembler, et l« jeune sire de Coucy, à la tête de quelques gentilshommei, leur donna la chasse, « et partout où ils les trouvaieit,ib les mettaient à fin, sans pitié et sans merci. »

Triomphante pendant quinze jours, la jacquerie avait c*f en tout, cinq semaines d'existence.

En somme, six ou sept mille paysans, obéissant aux ordoB* nances royales, poussés à bout d'ailleurs par des perséculiftB' atroces, se défendent, pillent, brûlent et tuent, parce qn'î^ ont été pillés, brûlés, massacrés, et qu'ils savent qu'ib " seront davantage encore, si leurs adversaires redevieaB^ les plus forts. Mais que comptent quelques cadavres ^* jç^ ont faits, et qu'est-ce que cette goutte de sang qu'ils »

(i) Des états gcnér. cl assemb. nation., YIII, 298, 308, 330i ^ 34G, 350.

épandue, si on les compare aux égorgements en masse des uerres religieuses, au torrent de sang que les nobles et îs princes feront couler à deux siècles de là, au nom du ape et de Luther? Je ne parle pas de la Saint-Barthélémy t de ses suites. Mais qu'est-ce que la seconde quinzaine de lai 1358, à côté des vingt longues années de dragonnades ideuses qui suivirent la révocation de Fédit de Nantes, et ui, de 1685, se prolongèrent jusqu'à 1705 (1)? Et quelle 5( donc la guerre, même dans des temps plus rapprochés e nous, qui n'est pas plus riche en forfaits que la rapide isurrection des paysans du quatorzième siècle? Gaston Phœbus, comte de Foix, le sire de Grailly, ^laptal e Buch, Charles le Mauvais, roi de Navarre, Enguer^ and VII, sire de Coucy, voilà quels furent ceux quiabattient la jacquerie. On aime à faire intervenir la Providence ans la direction des événements de ce monde, Veut-on oir, cependant, quelle récompense elle ménageait à ces auveurs de la société du xiv® siècle?

Le comte de Foix, beau-frère de Charles le Mauvais, après un mariage fort épineux, car la dame avait des umeurs de son frère (2) y>y tomba mort un jour, au moment e se mettre à table, encore dans la vigueur de l'âge, et crame si la main de Dieu l'eût foudroyé. Il avait un fils qui oulut l'empoisonner, et qu'il fit mourir de faim, et aussi i'un coup de couteau qu'il lui donna de sa main, par mé-» ;arde, dans le cachot où il l'avait renfermé. Son bâtard, ^vain de Foix, favori du malheureux Charles VI, mourut, iprès deux jours d'horribles souffrances, brûlé vif dans cette •ète néfaste qui acheva d'ébranler la raison de l'époux d'Isai>eau de Bavière.

Le captai de Buch, après cinq ans de captivité dans la tour du Temple, « entra en une frénésie et ne voulut ni

0) Voir l'Histoire des camisards, par E. Bonnemère. (2) Olhagaraj, Ilisl. des comtes de Foix,

boire ni manger », et mourut captif du roi de France, qui refusa de le mettre à rançon. ^ C'était, dit élogieusement Froissart, un chevalier taillé par sa hardie emprise, d'entrer en un pays, et de courir, et, sur cinq jours ou huit, de porter cent ou deux cent mille francs de dommages. y>

Le sire de Coucy, fait prisonnier par les Turcs lors de la fatale expédition du comte de Nevers, mourut misérablement à Brussa, et ne laissa point d'héritier de son nom.

Quant à Charles le Mauvais, on sait quelle fut sa fin tragique. Il se faisait rouler dans une couverture imbibée d'eaude-vie pour réchauffer son corps usé par la débauche. Un de sesî serviteurs approcha une lumière trop près de son lit, et Charles, après quinze jours de tortures effroyables, « mourut en rage et douleurs merveilleuses (1) ».*

(1) Boiichet, Annales d'Aquitaine, 228.

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