EXTORSIONS ROYALES
à ce mol. Puis en 1355, Jean II donna des lettres-patentes à des commissaires chargés de traiter à composition avec les malfaiteurs, suivant leur rang, les circonstances et la gravité de leur crime, et d'accorder rémission entière à ceux qui auraient payé.
Le roi et le pape vendaientdonc concurremment l'impunité; on pouvait tuer sans risque quiconque importunait, à la condition de le voler par surcroît pour pouvoir acheter son pardon. On trouvait dans le second crime l'immunité du premier.
Les extorsions royales étaient parfois poussées si loin, qu'à son avènement le nouveau roi se voyait contraint, comme Louis le Hutin en 1315, d'abolir le subside imposé par son prédécesseur, en avouant que la levée en avait été faite « non duement; » ou à sa mort, cédant au cri tardif de sa conscience, comme Charles V, par l'ordonnance de septembre 1380, de supprimer tous les impôts établis sans le consentement des Etats : acte de repentir posthume, un de ces actes de dernière volonté par lesquels les rois se vengent de leurs héritiers qui les détrônent, en leur léguant des embarras. Aussi l'ordonnance ne fut-elle ni publiée ni prise en considération. Mais la bourgeoisie des villes capitales est plus heureuse que le peuple des campagnes. Elle a sa volonté, elle aussi, et son veto. Elle a, pour parler haut et se faire écouter, la grande voix de l'émeute, dont le souffle ébranle les trônes et quelquefois les renverse. Le peuple de Paris contresigna donc l'ordonnance de Charles V, et la cour fléchit.
Saccagées par les guerres privées, épuisées parles exactions seigneuriales, ecclésiastiques et royales, il arriva encore aux campagnes de France, comme coup de grâce et suprême misère, d'être ouvertes à l'étranger par la trahison d'un prince royal, Robert d'Artois, par la félonie d'un chevalier, Godefroy d'Harcourt, par la complicité d'un seigneur suzerain en guerre avec ses sujets, le duc de Bretagne (1341). Durant