‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 137 sur 225 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Réaction. — Fureurs inouïes de la contre-jacquerie. — Dernière vengeance de Jacques Bonhomme: épisode du Grand-Ferré.

« Quelques guerres qu'il y eût, le pauvre peuple, d'un côté et d'autre, bouffruit de grandes pillerietet robe lies, et était grand'pilié de voir le royaume en telle désolation. »

JUVEKÀX DES URSINS.

0 certes! loin, bien loin de moi la criminelle pensée de tenter l'apologie de la guerre civile et de l'assassinat ! Mais enfin, que pouvait faire le paysan poussé à bout? Il va, n'ébtce pas, rédiger des cahiers de doléances, et attendre le cours de la justice ! Il va, pendant que Ton déshonore sa femme et sa fille, que l'on enlève le cheval et la vache de son étable, et que Ton brûle sa chaumière, croiser stoïquement, comme un chrétien des premiers âges, ses bras oisifs sur sa poitrine embrasée, au lieu d'obéir aux ordonnances qui légitiment ses fureurs, de bondir sur son bâton ferré pour défendre sa fille, son étable et sa chaumière, et de porter à son tour la flamme et la mort dans le château qui abrite ses persécuteurs ! Ce serait plus beau, sans nul doute; mais qui de nous, en plein xix* siècle, aurait cette évangélique patience que nous vou-

Ions rencontrer chez les manants grossiers du xiv«? Quand l'armée, les gentilshommes et les chevaliers étaient des bandits et seraient aujourd'hui du gibier de cour d'assises, nous exigeons des paysans abrutis par de longues humiliations, une mansuétude qu'à cette heure nous n'aurions pas!

Page 1