RÉACTION
Il avait fallu, pour arriver à l'affranchissement des communes, deux siècles de luttes à main armée, deux siècles pendant lesquels les serfs des cités guerroyèrent, sans cesse révoltés, contre les seigneurs et les évèques dont ils massacraient les gens et qu'ils massacraient eux-mêmes toutes les fois qu'ils en trouvaient l'occasion. C'est avec le sang des seigneurs et des évêques que les bourgeois des communes écrivirent leurs chartes d'affranchissement. Et pourtant jamais, dans les plus mauvais jours du xie et du xue siècle, les serfs des villes n'avaient été tyrannisés comme le furent les vilains des campagnes jusqu'au milieu du xv* siècle. D'où vient donc que la lutte des communes, qui dura deux siècles et qui coûta tant de sang, est une noble et glorieuse révolution, tandis que la lutte des paysans, qui dura deux semaines et qui s'éteignit dans leur propre sang, est demeurée comme la -plus flétrissante insulte que l'on jette à la face du peuple dans tous les mauvais jours de l'histoire?
C'est que la bourgeoisie fut victorieuse et que Jacques Bonhomme fut vaincu. C'est que les plus forts ont toujours raison, et que nous descendons de ces Gaulois qui disaient à Rome : Vœ victisl C'est que la bourgeoisie, affranchie depuis longtemps, a eu ses poètes, ses historiens et ses flatteurs, tandis que Jacques Bonhomme n'aura jamais les siens, lui qui, comme le lion de la fable, ne sait pas peindre, ne sait pas écrire, ne sait pas même lire !
Deux scènes terribles ont acquis une sombre célébrité à la place du marché de Meaux : le siège qu'en firent les révoltés de 1358, dont on a fait le principal épisode de la jacquerie, et une autre moins connue dont j'emprunte les détails à dom Duplessis.
Le roi Charles IX avait ordonné le massacre des huguenots par toute la France. A Meaux, pendant la stupeur que cause tout d'abord un pareil ordre, quelques-uns se sauvent de la ville. Les autorités reviennent de leur surprise, on ferme les