LB GRAND FERRÉ
cence de fureurs. Quand dans les villes, qui n'avaient pas toutes l'immortel héroïsme de Calais, les bourgeois, « doutant leurs corps et leurs biens à perdre, » jurent féauté et hommage au roi d'Angleterre (1) ; quand les grands, trouvant Edouard III plus libéral que le roi de France, prennent de l'argent de lui pour entretenir leurs folles dépenses, et lui vendent lâchement leur honneur et leur fidélité (2) ; quand ceux qui sont demeurés Français se cachent et refusent de défendre leurs hommes; quand toute cette noblesse si fière de son antiquité et de ses titres n'est plus qu'un ramassis de brigands; quand rien ne bat plus dans la poitrine des vaincus de Courtrai, de Crécy et de Poitiers, mettons la main sur la poitrine du paysan, nous allons sentir battre le cœur de la France.
Les nobles « honnissaient et trahissaient le royaume, i voilà le grand grief de Jacques Bonhomme, celui qui lui met les armes à la main (3). Il veut faire expier aux gentilshommes leur lâcheté, et succombe dans cette lutte inégale. Alors, n'écoutant plus que son désespoir, il essaie de renouveler contre l'Anglais la tentative échouée contre la noblesse, et de laver dans le sang ennemi la honte de tant de défaites.
(/est en 1359, dans un village auprès de Compiègne, dépendant de l'abbaye de Saint-Cornille. Lorsque tout trahit la France et que nul ne la défend plus, les paysans, auxquels on ne permet pas même de fortifier leurs villages, n'osent prendre sur eux de repousser par les armes l'attaque de leurs adversaires. Ils demandent donc au régent et à l'abbé la permission d'opposer de la résistance et de se retrancher
(1) Froissart, liv. I, lre part., chap. ccxxvi.
(2) Mézerai, V, 545.
(3) Froissart, liv. I, 2* part., chap. lxv. — « Les nobles qui s'étalent échappés de la bataille étaient haïs et méprisés du peuple, parce qu'ils n'avalent pas Tailleur devoir. » — Ordonnances du Louvre, III, préface de Secousse.
« Les communes de France s'étaient mis dans la tôte que la noblesse n'avait pas fait son devoir dans les batailles qu'elle avait perdues contre les Anglais. » — Boulainvilliers, Etat de la France, I, 28.