LE GRAND FERRÉ
puisqu'il suffit de cela pour chasser une belle âme d'un corps qui semblait indomptable ! Un frisson mortel le saisit, il se couche, sa hache au chevet de son lit. Les Anglais apprennent la fatale nouvelle, le Grand Ferré va mourir! Mais sa mort ne leur suffit pas, il leur faut la vengeance, il faut qu'il tombe sous leurs coups. Comme il est expirant, ils n'envoient que douze d'entre eux pour l'assassiner. La femme du moribond veille à ses côtés, elle les aperçoit : « Ah ! mon pauvre Grand Ferré, s'écrie-t-elle, voilà les Anglais qui viennent pour te tuer! j> Il s'élance de son lit, saisit sa hache, tombe sur les assassins, et sur douze en tue cinq : les sept aulres prennent la fuite. Le héros boit encore de l'eau froide et se couche, mais cette fois pour ne plus se relever. La fièvre augmente, il meurt en chrétien, et sort du siècle, pleuré de tous les paysans, car s'il eût vécu, jamais les Anglais n'eussent approché du village (1).
Relève la tête, sublime Jacques Bonhomme, et pour un moment porte haut ton front éternellement courbé, toi qui souflletas sur les deux joues d'Angleterre alors que la noblesse ne savait plus que fuir! Sois fier,Uoi qui seul ne désespéras pas de la France alors que les gentilshommes la volaient et la dévastaient, toi qui bientôt vas mettre à la tête de cette noblesse qui doit la trahir, l'ange sauveur de la pairie, cette autre vierge de Dieu, Jeanne la Pucelle, la paysanne inspirée!
(1) Contin. de Nangis, Spicileg., p. 123, 124. — D. Cartier, Hitt. du l a lois.