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CHAPITRE II

Charles VII. — Les écorcheurs. — La France esl trahie par la noblesse. — Jeanne Darc. — Derniers excès des Anglais. — Révoltes des paysans. — La France est sauvée par le peuple.

« Kulrc vous, gens île villugt*.

Qui aimei le roi français.

Prenez chacun bon eouruge Pour combattre les Àoglau. »

Oliviek Basselw.

Le milieu du règne de Charles VII commença une ère nouvelle pour le peuple des campagnes, grâce à l'intervention de l'autorité royale. Les rois avaient trop d'intérêt à affaiblir la féodalité pour ne pas le faire, et sans rechercher l'intention derrière le fait, sachons leur d'autant plus de gré d'avoir protégé contre elle les classes agricoles, qu'ils le firent le plus souvent malgré tout leur entourage. Ne sait-on pas qu'aux états de Melun (1426), le sire de Gyac, que la croyance populaire accusait d'avoir vendu sa main droite au diable, tant cette main pressurait avidement tout ce qui restait encore de la France, pour convertir ensuite les finances de l'État « en acquits de grosses baronnies, par lequel moyen les gens d'armes n'étaient payés et pillaient tout le pauvre peuple » (Bouchet, Annales fl'Acquitaine, 2hh) ; — ne sait-on pas, dis-je, que le sire de Gyac, ministre très peu parlementaire de Charles VII, proposait à son maître de faire jeter à l'eau l'évêque Hugues Combarel et quelques députés des bonnes villes, qui demandaient que l'on réformât les pilleries autour du roi avant d'accorder l'impôt.

C'est que les pillards, c'était la cour et l'entourage tout entier de l'indigne Charles VII, à commencer par les ministres, que le connétable de Richemont faisait exterminer à tour de rôle; c'est que les bandits, c'était l'armée, plus que jamais poussée au crime par les plus nobles gentilshommes et les premiers capitaines du siècle, déplorables héros qui défendaient

358 l'armée vit sur la campagne.

la patrie d'une main pour la gloire, et la détroussaient de l'autre pour le profit. Aussi ce règne présente-t-il aux regards le spectacle étrange et sublime à la fois delà victime se relevant victorieuse sous les coups dont tous l'accablent à l'envi, de Jacques Bonhomme luttant contre les nobles, contre les bandits et contre l'Angleterre, entraînant à la fin, par son exemple, la noblesse et l'armée contre l'ennemi commun, qu'ils chassent de concert et pour jamais du royaume, si longtemps dévasté.

C'est un des dangers des monarchies absolues, que l'influence qu'elles donnent aux vices d'un seul homme pour anéantir reflet de tout l'héroïsme de ses sujets. Parce qu'il convenait au jeune et voluptueux Charles VII de perdre gaie-

ment son royaume et de faire litière des finances de l'Etal à ses favoris et à ses maîtresses, il fallait que tous ces preux, désarmés contre les Anglais, fissent vivre leurs soldats sur le plat pays qu'ils ravageaient, et perpétuassent au sein du noble royaume les jours affreux des grandes compagnies. Aux tondeurs succédèrent bientôt les retondeurs et les écorcheurs. « Ils retondaient, escorchaient, et, par manière de dire, éventraient les pauvres gens, n'étant sorte de barbarie qu'ils n'exerçassent pour en tirer de l'argent. » Plus heureux que les paysans dans leurs révoltes, ils avaient à leur tête, tous les historiens en font foi (1), les premiers gentilshommes et les plus illustres capitaines du siècle.

a Tout le tournoiement du rovaume, dit Olivier de la Marche dans ses Mémoires, étaii plein de places et de forteresses dont les gardes vivaient de rapines et de proie, et par le milieu du royaume et des pays voisins, s'assemblaient toutes manières de gens de compagnies que l'on nommait escorcheurs, et chevauchaient et allaient de pays en pays et de marche en marche, pour vivre et pour gagner, sans regarder ni épargner les pays

ft) Méïeral, VI, 344. - D. Carlier, Uist. du Valois, II, 47T

LES ÉCORCHKURS. 359

du roi de France, du duc de Bourgogne ni d'autres princes du royaume, mais leur étaient la proie et le butin tout un, et tout d'une querelle, et furent les capitaines principaux le bâtard de Bourbon, Brusac, Geoffroy de Saint-Belin, Lestrac, le bâtard d'Armignac, Bodrigues de Villandras, Pierre Begnault, Guillaume Begnault et Antoine de Ghabannes, comte de Dammartin. Et combien que Pothon de Saintrailles et Labire fussent deux des principaux et des plus renommés capitaines du parti des Français, toutefois ils furent de ce pillage et de cette escorcherie... »

Nous pouvons en effet suivre à la trace, aux ruines qu'ils laissent derrière eux et aux malédictions qui les accompagnent, en Languedoc, en Poitou, en Touraine,en Saintonge,en Anjou, en Lorraine, partout enfin, ces héros-bouchers, comme ils s'appelaient eux-mêmes avec orgueil (1), Pothon de Saintrailles, Labire, Latrémouille, et tous les autres. « Si Dieu était homme d'armes, disait Lahire, il se ferait pillard. » Or Lahire, bailli de Bourges, Pothon de Saintrailles, bailli de Vermandois, étaient les chefs de la justice en ces lieux. Que pouvaient en attendre les justiciables, et quel pouvait être leur recours contre leurs tyrans, quand les juges étaient en même temps les chefs des bandits?

Mais remontons pour un instant de quelques années le cours de l'histoire :

C'est au commencement de janvier 1412; les deux partis

(1) « Le Boucher était anciennement un surnom glorieux qu'on donnait à un général après une victoire, en reconnaissance du carnage (ju'il avait fait de 30 ou 40,000 hommes. » — Sainl-Foix, tfwoi.v mr P.tn.s, I, 255.

Le connétable de Clisson portait ce surnom de Moucher. On l'avait vu, à la prise de Benon, dont la garnison s'était rendue a discrétion, se placer à la porte du château, et massacrer les prisonniers à mesure qu'ils sortaient.

Dans ses mémoires, Biaise de Montluc s'appelle lui-même le Boucher royaliste.

Sous la république, le général huquesnoy se plaisait à prendre le surnom de Boucher de la Convention. Il faisait, en Vendée, noyer en masse les femmes et les enfants à la mamelle.

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