‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 164 sur 225 · LA FRANCK TRAHI E PAR LA NOBLESSE · texte numérisé non relu

LA FRANCK TRAHI E PAR LA NOBLESSE

rivaux d'Armagnac et de Bourgogne déchirent la France et tiraillent la couronne sur le front de Charles VI en démence. Une lueur de raison paraît se ranimer chez l'infortuné monarque, le duc de Bourgogne Jean sans Peur s'empare de son esprit vacillant et menace la faction contraire. Alors les princes des fleurs de lys, sac ri liant le royaume à leurs misérables passions, implorent le secours de l'Angleterre, et les ducs d'Orléans, de Berry et de Bourbon, les comtes d'Armagnac et d'Alençon, le connétable Charles d'Albret, avec les principaux chefs de leur parti, ouvrent le sol sacré de la patrie à Henri V de Lancastre, qui leur promet le secours de huit mille hommes d'armes, à la condition que, consentant à relever de lui et à tenir en fief de l'Angleterre leurs propres possessions , qu'ils conserveront en viager seulement, ils s'engagent à lui prêter aide et secours pour recouvrer le Poitou, le Limousin, et toute sa duché d'Aquitaine.

Cet acte d'incroyable félonie porta ses fruits; l'Anglais rentra en France par celte porte que lui ouvrait la trahison des princes du sang, et dix-huit années ne s'étaient pas écoulées, que Paris, Paris lui-même, le désespéré lutteur du siècle précédent, Paris était au pouvoir de Henri V ; les campagnes, plus malheureuses encore s'il est possible qu'aux jours du roi Jean, agonisaient sous l'oppression des successeurs du prince Noir, de Talbot et de Robert Knowles, tandis que les ûls des vaincus de Crécy, de Poitiers et d'Azincourt, n'osant plus même combattre l'étranger, se faisaient chefs de bandits et venaient en aide à l'œuvre d'extermination qu'accomplissait l'Angleterre. Sans doule le roi de France ne gémissait pas captif à la tour de Londres; mais sans armée, sans argent, sans capitale, il fuyait, abritant sa criminelle insouciance derrière les murailles des forteresses de la Touraine, et doutant de sa cause et de la France, prêt à quitter la patrie pour aller mendier chez l'étranger un asile et l'oubli.

Il fallait un miracle pour sauver la France : Dieu fit le mi-

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