LE MARTYRE
de la vue de sa viclime : « Êvêque, lui dit-elle, c'est par vous que je meurs, mais j'en appelle de vous devant Dieu. » On la revêtit d'une longue robe de deuil, on mit sur sa tête la mitre del'inquisition, où étaient écrits ces mots .Hérétique, relapse, apostate, ydolastre, et elle monta sur une charrette traînée par quatre chevaux. Il était neuf heures du matin. Huit cents hommes de guerre formaient l'escorte et l'accompagnèrent jusqu'au Vieux-Marché.
La pauvre fille priait, le visage inondé de larmes. Un homme fend la foule émue et se précipite aux pieds de Jeanne, criant merci vers l'infortunée martyre, et implorant son pardon de celle qui allait mourir ; c'était Loyseleur, le prêtre coupable qui avait fait de la confession un moyen d'espionnage pour perdre Jeanne. Il faillit payer de sa vie son tardif repentir, trop hautement exprimé. Deux échafauds étaient élevés sur la place du Vieux-Marché, l'un pour les juges, l'autre pour les évêques; en face s'élevait un énorme bûcher pour l'érection duquel les Anglais avaient appelé à leur aide tous les raffinements d'une lâche férocité. Une épaisse couche de plâtre s'étendait sous les pieds de Jeanne, afin que la mort s'avançât lente et plus cruelle, et ils l'avaient élevé plus haut que de coutume, pour que le bourreau ne pût « bonnement ni facilement l'expédier, ni l'atteindre. »
Après un sermon qui ne dura pas moins d'une demi-heure, Cauchon lut la sentence de condamnation. L'héroïque martyre demanda une croix, un Anglais lui en fit une avec deux bâtons qu'il lia en travers; elle la glissa entre son vêtement et son sein, et voulut qu'on lui présentât une croix d'église. On courut en chercher une. Tant de lenteurs irritaient la fureur des Anglais, impatients de rassasier leurs oreilles des cris de la malheureuse victime de tant d'iniquités. « Voulez-vous donc nous faire dîner ici? » hurla un officier. Quelques-uns s'élancèrent sur l'échafaud, se saisirent de Jeanne, et la re-