RÉFORMES DE CHARLES VII
se fit l'écho de l'indignation de tous contre les effroyables débordements des hommes d'armes qui, chargés de défendre la patrie contre l'étranger, éternisaient dans son sein toutes les misères que traînent à leur suite l'invasion et la guerre (1) :
« Eh Dieu! les tyrannies qu'à souffertes le pauvre peuple de France par ceux qui le (lussent avoir gardé !... On les prend, on les emprisonne, on les met en fers, en fosses, en lieux ords, pleins de vermine, et on les laisse mourir de faim... Ôn rôtit ies uns, aux autres on arrache les dents, les autres sont battus de gros bâtons, ni jamais ne seront délivrés jusqu'à ce qu'ils aient payé argent plus que leur chevance ne monte... Ils prennent les maris et les pères, et les tuent en présence
des femmes et filles Et ne prennent pas seulement
hommes, mais femmes et filles, et les emprisonnent, et aucunes fois en font par force leur plaisir en la présence des maris, pères ou frères, et s'ils en parlent, ils seront battus, et aucunes fois tués; prennent les nourrices et laissent les petits enfants, qui, par faute de nourriture, meurent; prennent les femmes grosses, les mettent en ceps, et là ont leur fruit, lequel ils laissent mourir sans baptême ; et après, on jette lés femmes et enfants à la rivière...
» Tous ces délits ont été faits et commis, non par les ennemis, mais par aucuns (le ceux qui se disent au roi... Lesquels prenaient les laboureurs, les mettaient en ceps et autres minières de tourmens nommés sargez, et eux étant en iceux, les battaient, dont les aucuns sont mutilés, les autres enragés et hors de sens. Appatissant les villages, tellement qu'un pauvre village était appati à huit ou dix places. Et si l'on ne payait, on boutait le feu aux villages et églises, hommes, femmes et enfants dedans ; et quand les pauvres gens étaient pris et rie
(1) « Et depuis en cette ville ont reçu Blanchefbrt, Lahire, Pothon et tous autres capitaines, cuidans que par eux le pays dût être recouvré, et s'y sont vilainement porlés autant que firent oneques gens. » — Louvet, Histoire de Beauvah, 337.