CHARLES LE TÉMÉRAIRE
toriser les manants à courir sus aux gons d'armes. (Louandre, Abbeville, I, 369.)
Survient ensuite la guerre avec le duc de Bourgogne, qui ravage la Picardie et la Normandie, et fait, suivant l'expression de Mézeray, un bûcher de tout le plat pays. Ivres de carnage, les bourguignons brûlaient les bourgs, et massacraient les habitants lorsqu'ils voulaient disputer à la flamme leurs asiles et leurs récoltes. Autour d'Abbeville seulement, ils brûlèrent plus de dix-sept cents « maisons champêtres ». Bientôt, à force de promener autour d'eux l'incendie, ils ne purent plus vivre sur la campagne, et lorsque Charles voulut arrêter le pillage, les chefs refusèrent de lui obéir. La disette vint mettre la dernière main à l'œuvre de destruction si bien commencée par les hommes d'armes. (Louandre, 378-382.)
Semblable à Sisyphe, dont le rocher roulait sans cesse vers les abîmes, c'est en vain que chaque année, à l'automne, le pauvre ahanier confiait à la terre la semence féconde. Le soldat se ruait sur la campagne et détruisait en un jour le fruit du travail de toute une année. Alors, s'en prenant à Dieu de la famine que lui-même avait faite, il lui adressait des prières pour détourner les effets de sa colère !
De leur côté, les garnisons d'Amiens et de Saint-Quentin portaient le fer et la flamme dans l'intérieur des provinces de Charles le Téméraire, secondées par des corps d'auxiliaires liégeois, qui vengeaient, en dévastant ses domaines, leur exil et la destruction de leur patrie. (D. Plancher, IV, 401.) Moins heureux encore à la porte des villes,le duc voit sa furie échouer devant Beauvais, et c'est Jeanne Hachette, cette sœur cadette de la vierge de Domremi, qui porte le premier coup à la victime qu'attendent les paysans de la Suisse, fiers républicains qui, au grand scandale des souverains, donnaient à l'Europe asservie le noble spectacle de leur indépendance et de leur prospérité.
Charles se retire, mais non sans avoir détruit, pendant un