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justice, suivant l'expression de Pascal, devait être limitée par une rivière ou une chaîne de montagnes! Hélas! pourquoi faut-il qu'en devenant seigneurs temporels, les évêques aient trop souvent pris tous les vices de ceux auxquels ils ne parvenaient à donner qu'une si faible partie de leurs vertus!
Plus heureux que l'Orient, qui avait vu la plupart des empereurs s'armer du glaive pour extirper l'hérésie, l'Occident, grâce à la tolérance de la papauté, avait échappé jusque-là aux persécutions. D'où vient donc que tout à coup l'Église, après avoir professé si longtemps une sainte horreur du sang versé (1), faillit à tous ses précédents, et souleva cette croisade impie de chrétiens contre chrétiens, de Français contre Français? N'est-ce point que les ariens, les nestoriens, les pélagiens, les disciples de Bérenger, et tant d'autres, attaquaient le dogme seulement, au lieu que les Vaudois, en ramenant la religion à la simplicité toute populaire, à la discipline toute républicaine des premiers siècles, sapaient dans sa base la monstrueuse puissance temporelle d'Innocent III et de ses prédécesseurs? N'est-ce point que le rigorisme et la fraternelle charité de leur existence étaient la plus sanglante critique du fastueux dévergondage du clergé, et que la papauté devinait dans Pierre de Vaud, un ancêtre de Wicleff, de Jean Hus et de Luther?
Voyons donc quelle était l'attitude de l'Eglise devant ce long martyr des campagnes, et, à côté de ce qu'elle avait mission de faire, voyons ce qu'elle faisait.
(1) « La règle était générale que l'Église ne poursuivait jamais la mort de personne. » — Fleury, Mœurs des chrétiens.