DONATIONS AUX COUVENTS
Venise, » rareté alors fort chère (1). Ils savaient tenter les chevaliers par l'appât de nobles destriers (2), et prêtaient aux gentilshommes sur leurs domaines, qui restaient entre leurs mains si l'argent n'était pas remboursé dans les délais convenus. Parfois le noble sire, entraîné par son désir de faire aux moines de pieuses donations, pillait le bien des vilains pour le donner au moutier, à la condition qu'il y serait reçu à certains jours de l'année avec sa suite, et qu'il dînerait à la table du prieur ou de l'abbé. Chacun y trouvait son avantage (au vilain près ; mais qui songe à lui?), et le couvent porte naïvement tout cela à l'acquit de ses biens, dans ses dénombrements et dans ses terriers (3). Grâce à cette cordiale entente du brigand et du recéleur, le chevalier détournait sa lance des terres de l'Eglise : aussi les faibles s'empressaientils de donner leurs biens à celle-ci, dans l'espoir qu'elle consentirait à les leur redonner en fief, moyennant certaines redevances. S'ils mouraient, s'ils étaient tués sans laisser derrière eux de postérité masculine, cas très fréquent dans ces jours de crimes et de massacres, leur succession tombait
à l'Eglise. Souvent encore, sans concéder à titre de fief, elle vous passait des lettres dites précaires (precariœ precatoriœ), par lesquelles on obtenait la jouissance des terres que l'on donnait, pendant cinq, six, et même sept générations, toujours, bien entendu, moyennant des redevances annuelles (à).
D'autres fois les donations des seigueurs aux mou tiers étaient le résultat de transactions plus ou moins pacifiques (5). Malgré cela, et bien que les moines eussent soin de faire con-
(1) Sainl-Simon, Mémoires, IV, 15».
Dom Lobineau, 125, 130, 207,267
(3) «y use cum injustitia et rapina, aut violentia con^regata aut acquisila sunt....» — Richard Simon, II, 62. — Huet, Origines de Cuen, 293.
(4) Richard Simon, I, 188; II, 61,62.
.) « Murmuranlibus illis, dédit eis quatuor magnoa niagiiiquc prelii porcog... » — Dom Lobineau, 223.