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Histoire des paysans

Fin du règne du roi Jean. ^ Les compagnies continuent leur œuvre de destruction. — Charles V. — Le Pape prêche une croisade contre les bandits. — Moitié anglaise et moitié française, la France est une Babel sanglante et le paysan est égorgé partout et par tous. — Du Guesclin et les grandes compagnies. — L'Anglais est chassé du royaume. — La France respire.

A la fin de 1360, le roi Jean rentre en France, et, sans consulter les États-Généraux, met des. impôts énormes pour payer les termes de sa rançon. Le paysan n'avait plus rien, les nobles, les routiers, les Anglais, y avaient mis bon ordre, et d'ailleurs il s'était vu dans la nécessité de renoncer au travail de la terre (1). Mais s'il n'avait pas d'argent, on espéra le contraindre 'a en emprunter, et, de plus en plus pro-

(l) Froissart, Chronique^ liv. I, 2* part., chap. lxxiv.

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digue de la fortune de ses sujets, Jean permit celle fois aux juifs de prendre jusqu'à six deniers par livre d'intérêts par semaine, de telle sorte qu'au bout de quarante semaines, l'intérêt égalait le capital.

Pour comble de disgrâce, le pape Urbain V persuade k Jean de s'armer pour aller conquérir Jérusalem. Il Wi permet de lever a cet effet des décimes sur les terres du clergé, ordonne aux évêques «de solliciter les aumônes des fidèles, et de faire a toutes les messes une collecte particulière pour le succès des armées chrétiennes. » L'impôt est levé, les aumônes sont reçues, et, le tour joué, il n'est plus question de la croisade (1).

La faim, la misère, les angoisses, rappellent la peste noire, qui reparaît en 1361. Mais puisqu'il faut mourir, on veut jouir auparavant et vider jusqu'à la lie la coupe du crime. C'est en vain qu'après le traité de Brétigny l'Anglais a congédié les troupes k sa solde : préférant rester sous la conduite de leurs chefs, elles continuent de vivre sur le plat pays. Plusieurs bandes se réunissent pour nommer un capitaine souverain, qui se dit « ami de Dieu et ennemi de tout le monde. » Excommuniés par Innocent VI, les soudards se rient de ses foudres impuissantes, se replient sur Avignon, et pillent les domaines de la cour papale. « Quand on vit qu'ils robaient et violaient femmes vieilles et jeunes, sans pitié, et tuaient hommes, femmes et enfants, sans merci, et que qui plus de vilains faits faisait, c'était le plus preux et le mieux prisé, alors ûrent le pape et les cardinaux ser-

(1) Le P. Longueval, Hist. de V Église gallicane, t. XVIII, p. 59.

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