GUERRES, PESTE ET FAMINE
monner la croix partout publiquement. » (Froissart.) Le cardinal Pierre Bertrandi vint s'établir k Carpentras pour recevoir les enrôlements ; mais comme il ne leur offrait que des indulgences pour unique solde, il arriva que les croisés s'enrôlèrent parmi les bandits (1). On dut se résigner k traiter avec eux ; ils reçurent l'absolution générale de tous leurs péchés, avec soixante mille florins d'or.
Le roi Jean n'avait pas d'or k leur offrir, il n'avait que du fer k leur opposer ; il envoie donc contre eux une armée sous le commandement de Jacques de Bourbon, démonstration k laquelle le chef de ces bandits, Jean de Gouges, répond en prenant le titre de roi de France. Gomme il était k la tête de quinze mille hommes, il n'hésite pas k offrir la bataille k Jacques de Bourbon, qui n'en avait que dix mille, et qui est battu et lue k Briguais (1361). Délivrés alors de tout souci, le roi et le pape étant désarmés, ils purent s'en donner k cœur joie.
c Ge n'étaient qu'homicides dans les bois et dans les campagnes, et nul ne portait remède k tant de maux, tellement qu'on pensait que les seigneurs et les princes voyaient volontiers le peuple ainsi châtié. » (Conlin. de Nangis.)
Pour les contraindre k quitter la contrée, le gouverneur de la Bourgogne ordonne aux baillis de la province de faire rentrer dans les villes étales lieux ibrtiflés tout ce qui était sur la campagne, puis de faire abattre en tous lieux les fours et les moulins (2).
(1) Fleury, Hist, ecclés., liv. 96, § 41.
(2) Dom Plancher, HisL de Bourgogne^ II, 245.
C'était déplacer le théâtre des pillages, et rien de plus. Au mois d'avril 1562, renforcés par les bandes du marquis de Montferrat, les malandrins se partagent le midi de la France: Perrin Bouvetaut prend pour lui le Valais et s'empare de la riche abbaye de Moustier- Saint-Chaffre ; Séguin de Badefol, qui se donnait le litre de roi des compagnies, composées presque toutes de gentilshommes, s'empare de Brioude, pille l'abbaye de Saint-Julien, va en Languedoc, saccage le Puy, rançonne Aniane, incendie Gignac, dévaste Pont- Saint-Esprit, malgré les anciens sacrifices du pape.
L'année suivante, le puissant duc de Bourgogne, Philippe-le-Hardi, marche en personne contre les compagnies ; mais elles changent a chaque instant de séjour, et cette guerre de partisans fatigue inutilement la contrée. Ne pouvant les amener à accepter la bataille, Phiirppe essaye d'acheter leur éloignement, et fait, comme d'habitude, rembourser, dans un rayon de six à huit lieues, le prix du rachat des forteresses, dont il ne fait en réalité que les avances. Convaincus par expérience que les bandits écartés seront immédiatement remplacés par d'autres, les paysans voulaient refuser d'acquitter cette nouvelle taille, lorsque le duc lança ses « imposteurs» sur le plat pays, avec ordre de lever « telle somme que bon leur semblera^ et d'en exiger le recouvrement vigoureusement et sans délai, par prise de corps et de biens, à force d'armes, et par toutes autres voies et remèdes que pour les dettes du roi et de luimême il est accoutumé de faire (1). » Il fallut
(1) Dom Plancher, III, 10-11 j preuves, p. x.
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