MÉZERAY
A Charles-le-Sage succéda Charles-le-Fou, « enfant légier d'esprit, » auquel son père, malgré tout ce qu'il avait fait ou plutôt commencé, léguait un schisme, une guerre en Bretagne, le Languedoc à peine apaisé et la Flandre en feu.
(1) Alors qu^Éve filait et qu'Adam labourait,
Où donc était le gentillhomme ?
Mais le legs le plus fatal du père à son fils, ce fut ses trois frères, les ducs d'Anjou, de Bourgogne et de Berry. Seul le duc de Bourbon désirait le bien de la France, mais était impuissant k contre-balancer rinfluence néfaste de ses trois rivaux. Tandis que le duc de Bourgogne tranchait du suzerain indépendant dans ses domaines, le duc d'Anjou, après avoir livré ses terres aux extorsions de Clément VII, pour le récompenser de lui avoir permis d'y lever des décimes, volait de vive force les trésors amassés par le feu roi, et enlevait pour ses fatales guerres d'Italie tout Ter des caisses publiques, au lieu de défendre son duché, saccagé k la fois et par les compagnies, qui s'étaient établies k Beaufort-en-Vallée dans la propre ville natale du dernier pape, Grégoire XI, après avoir « appacti » toute la contrée autour d'eux (Froissart, II, 601), et par les Anglais, qui, retranchés sur les marches de la Bretagne comme sur un terrain ami, se répandaient de Ik par tout le Maine, l'Anjou et la Touraine. (Juvénal des Ursins, 327.)
Le duc de Berry se rua k son tour sur le Languedoc, ruiné déjk par les pilleries du duc d'Anjou. Aussi dut-il avoir recours aux moyens les plus violents, et bientôt la campagne fut couverte de receveurs, d'exacteurs et de mallôtiers d'autant plus impitoyables qu'ils avaient pleine et entière autorité d'étendre les impôts, de lever a discrétion des tailles et des fouages, jusqu'à prendre le vingtième de tous les vins, des troupeaux et des haras. Le duc abandonna la contrée aux bandits armés, « pour marstrier les bonnes villes, > en faisant peser sur elles la crainte de la famine ; si bien que, pour sauver au
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