LE BATARD DE VAURU. — COMPLAINTE DES PAYSANS
Que l!on ne croie pas que Vauru fût une exception parmi les hommes de guerre, que les bandits de Meaux fussent autres que le reste de Tarmée. Partout où ils se trouvaient, les soldats, les défenseurs de la pairie, comme on les appelle, partout ces fils dénaturés laissaient aux flancs de la mère commune une trace sanglante, « pillant et dérobant tout le pays, sans nuire aucunement aux Anglais, ni leur faire guerre ou dommage aucun ». (Juvénal des Ursins, 555.) Dans l'Artois, dans la Picardie, les troupes de Jacques de Harcourt, qui commandait pour le dauphin, se livraient a toutes les horreurs imaginables. Ceux qui avaient survécu parmi leurs victimes, ruinés pour toujours, incapables de cultiver la terre, parce que les soldats avaient tué le menu bétail et enlevé les chevaux, bœufs et ânes, mutilés pour la plupart, se virent réduits à s'atteler eux-mêmes à la charrue et k baigner de leurs sueurs cette terre que leur sang avait engraissée. (Hennebert, III, 355, 398.)
C'est alors que le pauvre ahanier aux abois crie vengeance vers le ciel, et chante cette longue épopée de la douleur dont Monstrelet nous a conservé, dans ses chroniques, tous les cris désespérés (1) :
Hélas l hélas l hélas! hélas!
Prélats, princes et bons seîg^neurs, Bourgeois, marchands et avocats, Gens de métiers, grands et mineurs, Gens d'armes et des trois états.
Qui vivez sur nous laboureurs,
(1) La complainte des Pauvres Laboureurs de France, Monstrelet, I, fol. 317, 318, 319, 320. La longueur de cette pièce (416 vers d'un français parfois peu intelligible) m*empéche de la reproduire.
Confortei-nous d'aucun bon aide, Vivre nous fault, c'est le remède I Hélas 1 hélas 1 héla»! hélas I
Toute foi est en vous perdue,
Voua avez loyauté déçue, Et vous avez commis usure, Larrecins et parjurement.
Mais celui qui rendra droiture A toute humaine créature, Vous rendra votre payement Par son droiturier jugement.
Et maudirez tous ces amas, Quand vous faudra crier : Hélas I