‹ Histoire des paysansChapitre 24 sur 84 · CHARLES VIL — L*ARMÉE VIT SUR LA CAMPAGNE · texte numérisé non relu

CHARLES VIL — L*ARMÉE VIT SUR LA CAMPAGNE

fait, sachons-leur d'autant plus de gré d'avoir protégé contre elle les classes agricoles qu'ils le firent le plus souvent malgré tout leur entourage. Ne sait-on pas qu'aux états de Melun (1246), le sire de Gyac, que la croyance populaire accusait d'avoir vendu sa niain droite au diable, tant cette main pressurait avidement tout ce qui restait encore de la France, pour convertir ensuite les finances de l'État a en acquits de grosses baronnies, par lequel moyen les gens d'armes n'étaient payés et pillaient tout le pauvre peuple » (Bouchet, Annales dCAcquiiaine^ 244), — ne sait-on pas, dis-je, que le sire de Gyac, ministre très peu parlementaire de Charles VII, proposait à son maître de faire jeter à l'eau i'évéque Hugues Combarel et quelques députés des bonnes villes, qui demandaient que l'on réformât les pilleries autour du roi avant d'accorder l'impôt ?

C'est que les pillards, c'était la cour et l'entourage tout entier de l'indigne Charles VII, à commencer par les ministres, que le connétable de Richemont faisait exterminer k tour de rôle ; c'est que les bandits, c'était l'armée, plus que jamais poussée au crime par les plus nobles gentilshommes et les premiers capitaines du siècle, déplorables héros qui défendaient la pairie d'une main pour la gloire, et la détroussaient de l'autre pour le profit. Aussi ce règne présente-t-il ^ux regards le spectacle étrange et sublime à la fois de la victime se relevant victorieuse sous les coups dont tous l'accablaient à l'envi, de Jacques Bonhomme luttant contre les nobles, contre les bandits de l'Angleterre, entraînant à la fin, par son exemple, la. noblesse et l'armée contre l'ennemi commun.

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qu'ils chassent de concert et pour jamais du royaume, si longtemps dévasté.

C'est un des dangers des monarchies absolues que rinfluence qu'elles donnent aux vices d'un seul homme pour anéantir Teffet de tout Théroïsme de ses sujets. Parce qu il convenait au jeune et voluptueux Charles VII de perdre gaiement son royaume et de faire litière des finances de l'État k ses favoris et à ses maîtresses, il fallait que tous ces preux, désarmés contre les Anglais, fissent vivre leurs soldats sur le plat pays qu'ils ravageaient et perpétuassent au sein du noble royaume les jours affreux des grandes coaipagnies. Aux tondeurs succédèrent bientôt les relondeurs et les écorcheurs. « Ils retondaient, escorchaient, et, par manière de dire, éventraient les pauvres gens, n'étant sorte de barbarie qu'ils n'exerçassent pour en tirer de l'argent. » Plus heureux que les paysans dans leurs révoltes, ils avaient h leur tête, tous les historiens en font foi (1), les premiers gentilshommes et les plus illustres capitaines du siècle.

« Tout le tournoiement du royaume, dit Olivier de la Marche dans ses Mémoires, était plein de places et de farteresses dont les gardes vivaient de rapines et de proie, et par le milieu du royaume et des pays voisins, s'assemblaient toute manière de gens de compagnies que l'on nommait escorcheurs, et chevauchaient et allaient de pays en pays et de marche en marche, pour vivre et pour gagner, sans regarder ni épargner les pays du roi de France, du duc de Bourgogne ni d'autres princes du royaume, mais leur

(l) Mézeray, VI, 344. — D. Carlier, Hist. du Valois, II, 477...

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