LES ÉCORCHEURS
étaient la proie et le butin tout un, et tout d'une querelle, et furent les capitaines principaux le bâtard de Bourbon, Brusac, Geoffroy de Sainl-Belin, Lestrac, le bâtard d'Armignac, Rodrigues de Villandras, Pierre Regnault, Guillaume Regnault et Antoine de Chabannes, comte de Dammartin. Et combien que Pothon de Saintrailles et La Hire fussent deux des principaux et des plus renommés capitaines du parti des Français, toutefois ils furent de ce pillage et de cette escorcherie... »
Nous pouvons en effet suivre a la trace, aux ruines qu'ils laissent derrière eux et aux Malédictions qui les accompagnent en Languedoc, en Poitou, en Touraine, en Saintonge, en Anjou, en Lorraine, partout enfin, ces héros bouchers, comme ils s'appelaient euxmêmes avec orgueil (1), Pothon de Saintrailles, La Hire, La Trémouille, et tous les autres. « Si Dieu était homme d'armes, disait La Hire, il se ferait pillard. » Or La Hire, bailli de Bourges, Pothon de Saintrailles, bailli de Vermandois, étaient les chefs de la justice en ces lieux. Qu'était-on en droit d'attendre des justiciables, et quel pouvait être leur recours contre leurs tyrans, quand les juges étaient en même temps les chefs des bandits ?
(1) «c Le Boucher était anciennement un surnom glorieux qu'on donnait à un général après une victoire, en reconnaissance du carnage qu'il avait fait de 30 à 40,000 hommes. » (Sainte-Foîx, Essais sur Paris, I, 255.)
Le connétable de Qisson portait ce surnom de Boucher. On l'avait vu, à la prise de Benon, dont la garnison s'était rendue à discrétion, se placer à la porte du châveau et massacrer les prisonniers à mesure qu'ils sortaient.
Dans ses mémoires, Biaise de Montluc s'appelle lui-même le boucher royaliste.
En 1425, nous retrouvons encore les Anglais pillant rile-de-Francë. Le duc de Bourgogne marche contre eux, c k petit proQt pour le peuple », car ses bandits rivalisent de crimes avec eux, sans songer k les expulser d'Oursay, où ils ont établi leur principal repaire. Les communes alors se soulèvent, s'emparent de leurs personnes, et les entraînent k Paris, la corde au cou, k Texception des gentilshommes, tant était grand le prestige exercé par la noblesse, tant le peuple se montrait peu avide de vengeance. A Ivryla*Chausse, c'étaient les Armagnacs qui t tuaient, boutaient feux, efforçaient femmes et fliles, pendaient s'ils ne payaient rançon k leur guise... »
Charles s'était réfugié k Chinon, en Touraine. Les Anglais saccageaient sous ses yeux cette province, presque la dernière qui lui offrit encore un asile. Les habitants députèrent vers la femme dé René d'Anjou, duchesse de Touraine, pour lui demander des secours (1426). Elle les renvoya k Charles VU, qui leur conseilla d'acheter leur repos k prix d'argent. Et en effet, par une délibération du 6 octobre 1427, ils accordèrent 3,000 écus d'or aux deux capitaines qui commandaient k Langeais et à La Roche-Corbon (1).
Dans le même temps, ce qui restait de campagnards dans un rayon de quinze k vingt lieues autour de Paris y vint chercher un refuge, chassés par les bandits, « lesquels n'avaient ni aveu, ni étendards, et étaient povres gentilshommes qui ainsi devenaient larrons de jour et de nuit ». {Bourgeois de Paris, 438-445.)
(1) Chalmel, Hist. de Touraine, II, 195.
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