‹ Histoire des paysansChapitre 27 sur 84 · LE PROCÈS · texte numérisé non relu

LE PROCÈS

villes aux mains des Anglais et du parti bourguignon chantèrent des Te Deum d'actions de grâces, tandis qu'une tristesse et ub désespoir mornes pesaient sur les campagnes. Conduite k Rouen pour y être jugée, elle fut jetée dans une cage de fer, puis, lorsque son procès fut commencé, elle demeura, de jour comme de nuit, chargée de chaînes, attachée k son lit ou k la muraille, livrée k dessein k tous les outrages des derniers houcepaillers de Tarmée, contrainte, pour échapper k leurs entreprises infâmes, de conserver ses habits d'homme, dont on lui faisait ensuite un crime.

Il y avait alors k Rouen un de ces misérables qui semblent prédestinés par leur nom k une célébrité honteuse : c'était Pierre Cauchon, évéque in partibus de Beauvais, depuis que cette ville s'était rendue a Charles VIL II avait vendu sa complaisance aux Anglais, qui lui avaient promis l'expectative de l'archevêché de Rouen, alors en vacance, et pour ce prix il se fit Caïphe de ce Christ. 11 fut assisté par l'inquisiteur Lemaire, par Jean d'Estivet, chanoine de Beauvais, plus passionné encore contre la pauvre captive que Cauchon lui-même, et par Nicolas Loiseleur, son espion auprès de Jeanne, dont il surprit la confiance en se donnant k elle pour un captif du parti des Français.

Jeanne comparut pour la première fois devant ses bourreaux le 21 février 1431. L'embarras des juges était grand : les informations prises au lieu de sa naissance la représentaient comme une sainte environnée de l'amour et des respects de tous ceux qui l'avaient connue, de tous ceux qui l'avaient appro-

chée. Quant k ses crimes, c'était d'avoir battu l'ennemi k Orléans, k Jargeau, k Patay, partout, et l'orgueil anglais exigeait qu'on ne s'appesantit pas sur ces griefs-lk. 11 fallait donc que l'on fit jaillir les moyens de la cause des discours, des réponses de l'accusée, et, s'il était possible, de ses plus secrètes pensées. On embarrassa la pauvre tille, livrée k elle-même, sans conseil ni défenseur, dans les dillGcullés d'un procès qui empruntait tantôt les formes de la procédure ordinaire, tantôt celles de l'inquisition, et qui, le plus souvent, les foulait aux pieds. Mais la naïve pastoure de Domremy montra au monde l'étonnant spectacle de l'innocence et de la simf^licité déjouant les ruses de la fausseté et de la passion la plus implacable. Ils voulaient travestir leur vengeance en justice, et ils ne purent être que des bourreaux ; ils prétendaient avilir une coupable, ils couronnèrent l'innocence de l'auréole sainte des martyrs. Jeanne résumait en elle ce qu'il y a de plus grand sur la terre : la vertu dans toute sa pureté, la gloire dans tout son éclat, unies k la jeunesse et a la beauté ; ils la rapprochèrent du ciel en y ajoutant le prestige de l'infortune imméritée.

Pauvre ! pauvre fille ! pas une épine n'a manqué k sa couronne de martyre. Pour tout ce qu'elle a fait de grand et de sublime, elle ne rencontre que l'injustice, l'abandon, la calomnie, le mensonge et la haine ; et cependant pas une goutte de fiel ne déborde de ce cœur d'or, pas une parole amère ne sortira de ces lèvres d'une si adorable pureté, et jusqu'au dernier jour, elle défendra l'ingrat Charles Vil, et prédira le triomphe de la France sur l'Angleterre,

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