ÉTATS GÉNÉRAUX. — RÉSISTANCE DES PAYSANS
des seigoeurs ; il insiste surtout sur Tabus des pensions que touchent dcja les courtisans. < Il ne faut point douter que pour les payer il y a souvent telle pièce de monnaie qui est partie de la bourse d'un laboureur dont les pauvres enfants mendient a la porte de ceux qui ont les dites pensions, et souvent leurs chiens sont nourris du pain acheté des deniers du pauvre laboureur, dont il devait vivre. »
C'est que nulle part en effet en Europe, de Textrémité des Ëspagnes aux confins les plus reculés de la Russie, nulle part et jamais peuple ne ftit martyrisé par ses maîtres comme le fut Jacques Bonhomme. Beaucoup Tout dit déjà, beaucoup le répéteront encore. Pour le moment, écoutons Comines, un courtisan (liv. V, chap. xviu) : « La plupart des seigneurs ne laissent rien à leurs peuples, dit-il, et après avoir payé tailles beaucoup plus grandes qu'ils ne doivent, encore ne donnent nul ordre sur la manière de vivre de leurs gens d'armes, lesquels sans cesse sont sur le pays sans rien payer, faisant les autres maux et excès infinis que chacun de nous sait. Car ils ne se contentent point de la vie ordinaire et de ce qu'ils trouvent chez les laboureurs dont ils sont payés, mais au contraire battent les pauvres gens et les outragent, et les contraignent d'aller chercher pain, vin et vivres dehors ; et si le bonhomme a femme ou fille qui sôit belle, il ne fera que sagement de la garder... Je dis ceci pour notre royaume, qui est plus oppressé et persécuté de ce cas que nul autre royaume, ni nulle autre seigneurie que je connaisse. »
Louis XI, après avoir fait trancher la tête au duc de Nemours, avait confisqué ses biens, qu'il abandonna
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i98 HISTOIRE DES PAYSANS.
au Lombard Boffalo, Tua des jages, qui prit le titre de comte de Castres. Charles VIII ayant rendu aux enfants du duc une partie des biens conûsqués sur leur père, et rappelé de l'exil le frère de la victime, Jean d'Armagnac, évêque de Castres, ceux-ci procédèrent k la revendication de leurs domaines par deux moyens a la fois, légalement et les armes à la main. Boffalo alors appelle k lui les troupes du. roi, les compagnies d'ordonnance en garnison à Perpignan, et se livre k toutes sortes d'excès pour aifamer l'ennemi. Poursuivi, arrêté, traduit en jugement et condamné, il obtint des lettres de grâce, les manants seuls ayant souffert de ses crimes, et bien qu'il avouât dans sa défense qu'il y avait eu, tant de sa part que de celle des hommes qu'il employait, « unele de désordres et de délits, pilleries, robeises de bétail gros et menu, butinements, es, boutements de feux, rançonnemeuts set de personnes forcées, etc.. (1) ».
, duc d'Orléans, beau-frère de Charles VIII, înt de voir le gouvernement passer aux mains de Beaujeu, intrigue par le royaume et souitre elle plusieurs princes, le duc de Bretagne, e d'Angoulême, le duc d'Alençon, le prince e, le comte de Dunois. Après quelques efforts eux, il conduit ses troupes en Bretagne, où ît poursuivies par celles du roi, qui pillent et nt sur leur passage les villages et les ab- !). La guerre civile se prolongeant en Bretagne,
i. de VAcad. des inscriptions, XLIII, 687.
3 roi envoya promptement quatre armées en Bretagne,
issage par l'Anjou causa une perte inestimable à cette pro-
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ict;
il fallut armer une fois encore le peuple contre ses éternels ennemis, et le ban et Tarrière-ban furent convoqués en Anjou , en 1489, pour s'opposer aux désordres occasionnés par ces passages continuels de corps d'armée.
Pendant ce temps, larrière-ban se convoque luimême en Bretagne, et les paysans, forcés de reconnaître que les intrigues des grands sont la cause de tout ce mal, se jettent sur les nobles qu'ils exterminent sans pitié. Trois paysans de la paroisse de Plouyé dirigent leurs coups ; bientôt toute la basse Bretagne est en feu, et tout fuit devant eux. Quimper-Corentin tombe en leur pouvoir, et ils y font leur entrée le 30 juillet 1489. A un jour donné, tous les villages, soulevés par le tocsin, devaient massacrer les nobles et les hauts bourgeois des villes, lorsque les gentilshommes marclfent contre eux avec toutes leurs forces et leur offrent la bataille. « Les communes jouèrent le paquet », et furent écrasées à Pratanraz. Les chevaliers firent de ces malheureux mie telle boucherie, que le théâtre de l'action en prit le nom de Prat-Milgot, Pré des mille ventres (1).
Le roi publia des ordonnances, — il ne pouvait faire davantage, puisque c'étaient les troupes mêmes qui eussent pu les faire exécuter qui commettaient les crimes auxquels les édits royaux tentaient de remédier, — et, sur les plaintes des états de Normandie, il en rendit une pour s'opposer aux exactions^ des gens de guerre, des commissaires et des gens de
vince. L'abbaye de Saint-Georges -sur-Loire fut pillée, et tous les bourgs de ce quartier-là ruinés. )> (D. Roger, Anjou, 380.) (1) Le chanoine Moreau, Hist. de la Ligue en Bretagne,
justice, et pour défendre aux « nobles et autres de faire assenablées ni congrégations de gens et mauvais garçons, et de piller le pays, » tandis que pour satisfaire aux doléances de ceux de Bretagne, i! en rendit, a quelques années de Ih, une autre dans le' mênae but. (Ordonn. d'oct. 1485, oct. 1487, nov. 1493.)
C'est durant les dernières années de ce règne que brilla la première élincelle du terrible incendie qui, au siècle suivant, mil F Allemagne en feu, ralluma contre les nobles et le clergé la haine des paysans poussés k bout, et jeta quelques flammes jusque dans les provinces limitrophes de France.
Jacques Bliensviller, Nicolas Zeigler et Jean Ulman, bourgmestre de Schelestadt, attroupèrent un grand nombre d'habitants des villages d'Alsace qu'ils poussèrent à la révolte, en déplorant avec eux, au nom des principes évang^liques, cette étrange répartition des lots ici-bas, qui les condamnait « à supporter seuls le travail absolument nécessaire a la vie, travail qui enrichissait la province et les laissait languissants sous le poids d'une accablante misère, tandis que la noblesse exerçait sur eux une espèce de tyrannie, et que le clergé vivait dans une abondance qui le portait souvent à des excès indignes de sa profession. » On les berçait de l'espoir d'imiter les Suisses, qui s'étaient aff'ranchis du joug des seigneurs et avaient formé « une république où le peuple juge et commande en maître. » Le clergé fit contre eux des mandements, et la noblesse les menaça de ses vengeances. « Mais 11 fallait des remèdes plus efficaces que des mandements et des menaces pour réprimer des factieux animés de l'amour de la liberté. »
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