‹ Histoire des paysansChapitre 55 sur 84 · AFFRANCHISSEMENTS · texte numérisé non relu

AFFRANCHISSEMENTS

ouverle contre les nobles et le clergé, leurs éternels ennemis. Vainqueurs en diverses rencontres, k Grammont, a Dampierre-sur-Doubs, a Mathay, ils avaient promené la flamme et le pillage dans les châteaux et les abbayes, avaient saccagé celle de Belcbamp, rançonné le chapitre de Saint-Maimbœuf, et inquiété les moutiers de Lieucroissant, Lanthenans, Saint-Valbert et Bithaine. Une fermentation sourde agitait les campagnes avoisinantes, Héricourt, Lure, Vesoul, Ganges, Faucogney ; Tincendie se propageait, il gagnait du terrain et menaçait de répandre ses flammes dévastatrices sur toute la France, lorsque les nobles, Tarchevéque de Besançon lui-même, tous ceux enfin qui étaient menacés par ces tentatives prématurées d'émancipation, se réunirent en groupant en un seul faisceau toutes les forces qu'ils purent assembler, et fondirent sur les paysans qu'ils finirent par exterminer, mais non sans peine. (Rougebief, 422.)

Le XVP siècle vit encore quelques affranchissements particuliers, toujours a titre onéreux et dans un but fiscal. J'en ' citerai trois très étranges, de quelques serfs, dont deux étaient curés, et d'autres simples prêtres. Une charte du 15 février 1520 est accordée par Pierre de la Baume, abbé commandataire et administrateur perpétuel de l'abbaye de Saint- Oyand (plus tard Saint-Claude), qui afiranchit Guillaume Dronier, curé de l'église paroissiale de MassileSf Antoine Dronier, prêtre, et leurs parsonniers. Us ont payé dix écusd'or au soleil, le monastère ayant reconnu la nécessité de faire quelques aliénations d'immeubles pour de nombreuses réparations k faire au monastère.

Le 19 août 1588, Joachin de Rye, abbé comman-

dataire et perpétuel administrateur de la même abbaye, accorde, pour le même motif et aux mêmes conditions, c k Lupicin Mayod, prestre, curé desservant en réglise parochiale, contenant qu'à cause de ses ancêtres, il se trouve originellement notre serf en toute justice et condition de main-morte... », d être déclaré « homme franc, immut et exempt de toute tache et macule d'icelle servile et main-mortable condition. »

Le 5 novembre 1590, Fernand de Rye, archevêque de Besançon, abbé commandataire de Saint-Oyand, affranchit Pierre Aimé, prêtre, et son frère, Antoine Aimé, notaire, afin qu'affranchis de la condition de serfs, « ils puissent parvenir k plus haut degré et vocation. » (Thomassin, V, 81, note.)

Grâce k l'ambition et aux idées belliqueuses du roi, une ligue redoutable s'était formée contre la France ; la misère suivit l'augmentation des impôts, et un malaise universel pesa sur le royaume. Des vagabonds, habillés les uns en pèlerins, les autres en moines, parcoururent successivement les provinces, pillant, incendiant et massacrant. Si on^eur demandait d'où ils venaient : « Du diable, » répondaient-ils ; et où ils allaient : <!c Au diable ; » aussi les appelait-on mille diables. Les populations du Périgord se soulevèrent et les chassèrent de leur sein. Dans d'autres provinces, le roi envoya Montmorency et quelques autres capitaines de compagnies d'ordonnances pour les châtier et les détruire.

Chassés une première fois de l'Anjou, les archers se répandirent dans les provinces limitrophes et voulurent s'emparer de Poitiers ; mais ils échouèrent

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daDS cette tentative comme ils avaient fait déjk k Angers et a Saumur. Ils retombèrent alors sur TÂnjou et s'y livrèrent k toutes sortes de crimes : ils s'emparaient des actes et contrats, plus difficiles k dissimuler que l'argent, et les brûlaient, si l'on refusait de se racheter. Ce moyen était souvent plus eflicace que les tortures elles-mêmes, et en présence de la ruine complète qu'eût consommée la perte de ces papiers, on se décidait k transiger. Exaspérés k la fin, les paysans se rappelèrent les ordonnances des rois de France, s'armèrent, s'attroupèrent et massacrèrent k leur tour les archers qu'ils trouvèrent k l'écart ou par faibles bandes. Plusieurs mêmes s'enrichirent k cette chasse nouvelle, car on leur trouvait toujours les poches bien garnies d'or et d'argent. Encouragées par ce résultat, des espèces de gardes nationales surgirent tout armées de chaque village, et les poursuivirent k outrance ; mais, harcelés et décidés k en finir, les archers réunirent leurs bandes, livrèrent bataille aux paysans, k Ântoigné, près de Montreuil-Bellay, et, grâce k la supériorité de leurs armes et de leur discipline, ils les taillèrent en pièces et les massacrèrent sans pitié (1).

Ce sont tantôt les lansquenets k la solde de Charles-Quint (1536) qui ravagent les villages et mettent le pays k contribution (2), tantôt les troupes mêmes du roi, qui, pour empêcher son rival de se maintenir dans la Provence, font le dégât dans tout

(1) Eourguigné, Chron. d'Anjou^ 338-339 ; — Bouchet, Annales d'Aquitaine, 552, 553; —D. Roger, Hist. d'Anjou, 396, 397, 398.

(2) Bourquelot, Hist, de Provins, II, 115. — De Vérité, Hist. du Ponthieu, 11,3!.

le Midi, détruisent fours et moulins, brûlent blés et fourrages, défoncent les tonneaux, jettent les blés dans les puits afin d'en corronopre les eaux. Des troupes arrivent pour livrer au pillage les villes qui prétendent s opposer k ces ravages. Le succès couronna cette œuvre de destruction : Charles-Quint trouva la famine et la peste en Provence : en outre, les paysans furieux donnèrent « grande fascherie » k ses armées, car ils détruisirent tous les ponts, et, arrachant les armes des mourants après les avoir achevés, ils occupèrent tous les passages et déQlés et massacrèrent impitoyablement ces malheureux que la misère et les maladies livraient sans défense k leurs coups (1).

Les ordonnances de François P' contre ces bandits que Ton appelait les soldats et les archers ne leur épargnent pas les dénominations furibondes ; c'est une flamboyante aigrette d'épithètes trop bien méritées et qui résument une partie des exploits de ces braves. Ainsi, dans Tédit du 14 septembre 1523, qui soulève contre eux une nouvelle jacquerie en ordonnant aux communautés champêtres de leur courir sus :

« Par les dites longues guerres se sont levés quelques aventuriers, gens vagabonds, oiseux, perdus, méchants, flagitieux, abandonnés k tous vices, larrons, meurtriers, rapteurs et violeurs de femmes et de filles, blasphémateurs et renieurs de Dieu, cruels, inhumains, immiséricordieux, qui font de vice vertu et sont précipités en l'abîme de tous les maux ;

(1) Guill. du BeUay, Mémoires, 374-424

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loups ravisseurs faits pour nuire k chacun, et qui ne veulent et ne savent nul bien ni service faire ; lesquels sont coutumiers de manger et dévorer le peuple, le dénuer et dépouiller de tout son bien, perdre, gâter et dissiper tout ce qu'ils trouvent, battre, meurtrir, chasser et mettre le bonhomme hors de sa maison, tuer et tyranniser nos pauvres sujets, et leur faire plus d'oppressé, de violence et de cruauté que nuls ennemis, fussent-ils Turcs ou infidèles, ne voudraient faire ni penser. »

Voila pour le moral ; le physique n'est pas plus séduisant, et Brantôme nous en a laissé un portrait qui semble esquissé avec le crayon de Gallot :

« D'autres les ont appelés aventuriers de guerre^ et aussi tels que vous les trouverez vous-même dans les vieux romans de Louis XII et de de François I*', au commencement, et peints et représentés dans les vieilles peintures, tapisseries et vitres des anciennes maisons, et Dieu sait comment représentés et habillés, plus k la pendarde vraiment, comme l'on disait de ce temps, qu'k la propreté, portant des chemises à longues et grandes manches, comme Bohèmes de jadis et Mores, qui leur duraient vêtues plus de deux et trois mois sans changer, ainsi que j'ai ouï dire k aucuns, montrant leurs poitrines velues et toutes découvertes, les chausses plus bigarrées, découpées, déchiquetées et balafrées^ usant de ces mots ; et la plupart montraient la chair de la cuisse, voir des fesses ; c'étaient la plupart gens de sac et de corde, méchants garnements échappés k la justice, et surtout force marqués de la fleur de lys sur l'épaule^ essorillés, et qui cachaient les oreilles, k dire vrai.

par longs cheveux hérissés, barbes horribles, tant pour cette raison que pour se montrer effroyables k leurs ennemis. »

Les ordonnances ne suffisant pas pour réprimer les excès de ces bandits, François s'adressa aux gouverneurs des provinces. Citons la lettre qu'il écrivit, ea date du 8 mai 1525, au baron Turpin de Crissé, chargé par lui de rétablir l'ordre en Anjou: Ton pourra juger de la grandeur du mal par la violence de la répression et par celte terrible délégation du pouvoir royal.

t Ayant été averti des énormes pilleries, sacrilèges, rançonnements, meurtres, oppressions, violements de femmes, de filles, et autres innumérables maux et cas exécrables que font et commettent chaque jour plusieurs aventuriers vagabonds et gens sans aveu, qui s'assemblent en grandes bandes, tellement qu'il n'y a plus personne, soit nobles, gens d'Église, communautés de villes, villages et paroisses, ni contrées en notre royaume qui soient en sûreté de leurs personnes et de leurs biens;... et même qu'ils se sont mis et mettent chaque jour en devoir d'assaillir par force avec arquebuses, crochets et fauconnaux qu'ils conduisent avec eux, les villes et châteaux de notre dit royaume, et ce fait, en ont k plusieurs pris par force et iceux pillés et saccagés k grandes effusions de sang des habitants d'iceux et de notre povre peuple, a notre très grand regret et déplaisir; et pour ce que lesdils aventuriers et vagabonds se pourraient de plus en plus assembler et continuer lesdits détriments, cas et maux dessus dits, tellement qu'adviendrait la totale ruine et destruction de notre peuple et

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royaume, si par nous n'était sur ce promptement pourvu, c'est pourquoi... nous avons donné et donnons par ces présentes pouvoir de mander et assembler tous les nobles, bans et arrière-bans,, prévost des marchands, francs archers, gens de guerre de nos ordonnances, communautés de villes, paroisses, ainsi que besoin sera, en telle manière qu'ils soient les plus forts et que notre ordonnance soit gardée. Â ce fait, chassez, départez, rompez, saccagez, faites prendre et mettre en pièces lesdits aventuriers, vagabonds et autres de la condition dessus dite... Et de ce que par vous et ceux qui seront en votre compagnie sera fait audit effet, vous avons et eux semblablement déchargés et quittés, déchargeons et quittons a pur et a plein des exécutions qui auront été faites, comme pour choses raisonnables et faites contre ennemis de nous et de la chose publique, et sans que jamais on en puisse k vous et k eux aucun quereller ni demander jugement... vous donnons et k chacun des dessus dits donnons pouvoir avec commission et mandement spécial, nonobstant oppositions ou appellations quelconques pour lesquelles ne voulons être défféré quelconques ordonnances et défences contraires. »

Les ordonnances de 1525 n'eurent aucun etfet, on peut s'en assurer k chaque page du Journal d'un Bourgeois de Paris sous François /«', où on lit tous les hauts faits de ces aventuriers, comme on les appelait alors, et aussi dans la Relation des ambassadeurs vénitiens, en 1557 : « Ces légionaires tant vantés, écrit le noble Giustiano, n'ont pas du tout réussi. Ce ne sont que des paysans élevés dans la

servitude, et comme ils passaient tout k coup de Textréme asservissement à la liberté et à la licence de la guerre, il advint ce qui arrive toujours de tout changement subit, qu'ils ne voulaient plus obéir k leurs maîtres. Aussi les gentilshommes de France se sont plusieurs fois plaints k Sa Majesté de ce qu'on mettait les armes aux mains des paysans, et en les affranchissant des anciennes charges, elle les avait rendus désobéissants et rétifs : elle avait dépouillé la noblesse de ses privilèges, en sorte que les paysans dans peu de temps deviendraient gentilshommes, et les nobles deviendraient vilains... »

Réprimés et écrasés pour un temps, les soudarts s'étaient empressés de reparaître pendant la captivité du roi (1525). Les nobles ne pouvaient manquer de retrouver également toute leur audace. Dans le Poitou, TAnjou, le Maine, la Saintonge, partout enfin, cantonnés dans leurs châteaux, ils pillaient les passants et les laboureurs, et noyaient dans les fossés de leurs donjons les sergents qui se hasardaient k leur porter des assignations. Rentré en France, François I", pour porter remède k de pareils désordres, députa un président et douze conseillers, escortés par le grand prévôt des maréchaux et quatre cents archers pour tenir les grands jours k Poitiers, puis k Riom. Les séances durèrent deux mois ; douze gentilshommes eurent la tête^ tranchée, la plupart des autres prirent la fuite, leurs biens furent confisqués et leurs châteaux rasés.

Les mêmes crimes nécessitèrent la même répression dans la Normandie, où François P' fit ouvrir les grands jours k Bayeux, en 1540. Il fallut les rouvrir

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encore en 1548. « Quels excès, quelles violences, je ne dirai pas accidentelles, mais de tous les jours, le peuple avait à endurer de la part des gentilshommes ! * s'écrie Thislorien du parlement de Normandie (1). Pour achever le tableau, disons que la peste continuait à ravager, plusieurs provinces (2).

Il semblait que rien ne pût profiter aux campagnes, ni la paix, ni la guerre, ni la captivité du roi, ni même sa liberté, car après avoir démembré et ruiné le royaume pour le racheter,- on les pressura encore, pour les fêtes brillantes qui célébrèrent le retour de la paix. C'est Jacques Bonhomme qui avait souffert, c'était la cour qui se réjouissait, <r afin d'ensevelir la mémoire des brûlements, pilleries, meurtres, violements et pertes d'âmes que si longues guerres avaient mené en ce royaume (3). » La nature se mit de la partie, les saisons se déplacèrent, et, au bout de cinq années de perturbation dans la température (1528- 1534), la peste et la famine réunies emportèrent le quart de la population du royaume. (Mézeray, VII, 402.) Le désordre, l'anarchie étaient partout ; le pillage était devenu un moyen d'établir honorablement ses enfants (4), le chef volait ses soldats, comme ceux-ci volaient les hommes des <r villes champêtres ; » et c'est en vain que l'on pressurait le pauvre ahanier, réduit, dans bien des provinces, k disputer

(1) Floquel, Hiat. des parlem. de Normandie^ II, 21-31, 4S.

(2) J. Guérinière, Hist. du Poitou, II, 257.

(3) Mémoireê de Fr. de Scépeaux, sire de VieilleviUe, I, 90.

(4) et Or, peut-être qu*il y en a aucuns qui diront.* SI je ne dérobe le roi et les soldats, à présent que j'ai charge, comment achepteraisje des biens pour pourvoir mes enfants ? » {CommenU de Biaise de Monlluc, 1, 16.)

aux porcs les glands des forêts (Léopold Delisle, 198), pour lui arracher des deniers que se partageaient et empochaient impudemment les plus puissants de rÉtat, chefs judiciaires aussi bien que chefs militaires, aussi bien que gouverneurs de provinces.

Le comte de Chateaubriand était gouverneur de la Bretagne; Varillas l'accuse d'avoir lâchement assassiné sa femme, qui avait, comme d'autres, obtenu les faveurs du volage monarque, dans le même temps qu'elle accordait les siennes k Boucicaut et au connétable de Bourbon, après avoir poussé aux honneurs ses frères, parmi lesquels le célèbre maréchal de Lautrec. Mais ce sont Ik des détails de ménage : passons. La province s'impose extraordinairement pour faire creuser et élargir la Villaine, afin que les vaisseaux puissent remonter jusqu'à Rennes, et confie au gouverneur le soin de percevoir et d'employer les fonds destinés k ces travaux immenses, qu'il doit surveiller, accélérer et conduire k bien. Le comte emploie k son profit l'argent de la province, et, douze années durant, arrondit son domaine au lieu d'élargir la rivière.

C'eût peut-être été le devoir du premier président La Pommeraye d'user de son autorité pour faire cesser ce vol débouté : il aima mieux se faire le complice d'un ignoble chantage^ découvrit le tout au connétable de France, — le fameux Anne de Montmorency, — et lui expliqua comment, avec un peu d'adresse, il lui en pourrait revenir « un grandissime profit. »

Le connétable se fait donner par le roi mission d'aller reconnaître par les provinces les déportements des gouverneurs, et arrive chez le comte, que, depuis huit jours, le premier président avait su amener

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k l'élat de terreur nécessaire pour le faire consentir a tout ce qu'il voudrait. Or ce que voulait et ce qu'obtint Montmorency, c'était la succession même du comte, qui la lui assura, et qu'il eut en effet, comme il avait eu déjà, sans doute par de semblables moyens, celle de messire de Villeblanche, autre gentilhomme breton (1).

C'est grâce k ces spéculations hardies que le connétable put élever le château vraiment royal d'Écouen, confisqué par Louis XIII sur Henri II de Montmorency. Les petits tyrans dépouillaient Jacques Bonhomme; des tyrans plus puissants dépouillaient les premiers, pour être à leur tour dépouillés par les rois.

Quand la cour était k bout de ressources, l'odieuse gabelle payait les frais des plaisirs royaux. L'Anjou nous 'en a montré un premier exemple en 1519. En 1541, k Châtellerault, François P' célèbre avec magnificence le mariage de sa nièce, Jeanne d'Albret, avec le duc de Clèves : il rehausse encore le prix du sel et étend la gabelle sur tout le royaume.

Mais tandis que le peuple se vengeait en appelant ces fêtes les noces salées, il était certaines provinces, atteintes plus directement dans leur prospérité, qui, prenant moins gaiement les choses, répondaient par l'insurrection aux injustes exigences de la royauté. Ainsi firent les campagnes du Poitou, de la Saintonge, de l'Aunis, des îles d'Oléron et de Ré. Les villes font cause commune avec elles, et déjk toute la contrée était au pouvoir des révoltés lorsque Jarnac, gouverneur de La Rochelle, demanda des troupes que l'on

. (i) Mém. de VieiUeville, 1, 120-134.

s'empressa de déchaîner sur le plat pays, où eîles accoururent épuiser tous les raffinements de leur science de mal faire. Incapables de vivre au milieu d'un pays ruiné et dépouillé de tout, les cités aux abois demandent grâce, et François I" arrive k La Rochelle en maître irrité, heureux toutefois du rôle de clémence que son intérêt Ini conseille de jouer. Il pardonne k tous, et commue les peines capitales qui eussent frappé les chefs en peines pécuniaires qui achevèrent de réduire a la dernière misère ces malheureuses provinces. (Arcère, Histoire de Tax RocheUe^ I, 510-520.)

D'autres plus abattus, manquant de force et d'énergie, fuyaient, bravant les menafces de l'aubainage, abandonnaient les provinces franches pour celles où régnait encore le servage. Si étrange et incroyable que cela semble, rien n'est plus rigoureusement vrai. Un contemporain, le célèbre jurisconsulte Dumoulin, le constate en termes formels (Des fiefs, tit. I, § lu, gl. 5, n° 4) : *

« Des événements récents, dit-il, nous ont montré la mainmorte tenant lieu de refuge et d'asile contre la tyrannie. Dès le temps de François P% ces exactions, que l'on nomme tailles, inventées plusieurs siècles après le règne de Charl^magne, et consenties d'abord comme temporaires, furent augmentées avec excès; tellement qu'une multitude nombreuse, chassée de Picardie et de Normandie par les extorsions des justiciers et des agents fiscaux, ne pouvant supr porter de telles charges, se vit forcée de chercher d'autres terres que celles du royaume. Fuyant cette désastreuse oppression, ces hommes rencontrèrent

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