‹ Histoire des paysansChapitre 64 sur 84 · HENRI III · texte numérisé non relu

HENRI III

soins (le l'État, mais aux fêles de la cour et aux fantaisies de ses mignons. Les édits bursaux se succédaient sans interruption, Henri trouvait plus simple de les faire recevoir par force dans des lits de justice, et le 16 juin 1586, vingt-sept furent enregistrés dans une seule séance. Ces édits étaient ensuite livrés aux partisans italiens, qui avançaient la moitié, le tiers du chiffre de Timpôt, et, a cette condition, obtenaient l'abandon du tout. Jacques Bonhomme payait donc deux ou trois fois ce que dépensait la cour. Le pillage devint tel que le parlement prit le parti de repousser tous les édits, et de s'opposer a leur vériflcation. Le roi lui-même, du reste, avait été contraint, pour satisfaire aux plaintes menaçantes du peuple, d'en supprimer une fois soixante-six d'un seul coup. Paris ayant, dès le principe, payé le roi en remontrances (1), on convoqua les états généraux qui s'ouvrirent h Blois en 1576, et au sein desquels Birague, chancelier de France, signala le malaise du pays

(1) Paris se plaint a des excès de la gendarmerie et de la garde du roi, de leurs rançonnements et pilleries ordinaires, inhumanités et cruautés plus que brutales et barbaresques, forcements de filles et femmes....

« Lesquelles pilleries et rançonneries sont pratiquées non seulement par votre gendarmerie, mais aussi par aucuns de votre suite et garde de votre corps, par lesquels les fermes de vos sujets et maisons de pauvres laboureurs sont ordinairement détruites et pillées... Et qui pis est, ne se contentent de loger et vivre à discrétion, ains abusent de votre autorité, logent sous faux titre leurs parents, voisins, amis et autres personnes, lesquelles semblablement vivent à discrétion, pillent et rançonnent les pauvres gens du plat pays, lequel demeure à présent inhabité et abandonné en plusieurs endroits, sans aucune culture ni labeur. » (Remontrances très-lmmblcs de la ville de Paris et des bourgeois d'icelle au roy, leur souverain seigneur j p. 6, 7, 8, 10.)

dans le langage figuré d'alors, et demanda grâce pour « les pauvres laboureurs et habitants des champs, si maltraités, tant abattus et foulés qu'ils n'en peuvent plus. » La noblesse elle-même reconnut que leurs souffrances étaient intolérables et confessa les difficultés de la situation.

« Il faut, dit le maréchal de Cossé, empêcher les gens de pied et de cheval de rôder par le pays comme ils ont accoutumé de faire, et rassembler des vivres pour l'entretien des troupes. Il est vrai qu'il y en a si peu maintenant, que le bonhomme, pour rien, ne voudra bailler ce qu'il en a pour sa nourriture, » (Mémoires de Nevers, I.)

M. de Morvilliers veut qu'avant tout on ait de l'argent. Quant aux moyens de se le procurer, « je jure de bonne foi, dit-il, que je ne le sais pas. Je vois l'état de ce royaume si confus, le peuple et tous les sujets si appauvris, que je ne sais ce qu'on s'en peut promettre. » (Nevers, I, 67.)

Il propose de bien défendre les châteaux et forteresses : « Car il est certain que la surprise d'un petit château ruine vingt lieues de pays à l'environ. Ceux qui s'en emparent lèvent vos deniers, pillent vos sujets, et tiennent la campagne... Mais il faut aussi regarder que les soldats que l'on emploiera pour leur conservation ne soient a la foule du pauvre peuple, sur lequel on jette toutes les charges. > (Nevers, I, 69.)

M. de Lenoncourt veut qu'on punisse de mort ceux qui vont 'a la picorée et prennent les chevaux des paysans. (I, 99.) « Il y a, dit M. de Chiverny, encore un autre mal, procédant du grand nombre de gens

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