SULLY
séeurs » furent rappelés a Tégalité et k la justice, on remit les arrérages aux laboureurs ruinés par les exactions des sergents employés k la perception de rimpôt, on abolit toutes les levées de deniers, toutes les « mauvaises coutumes » que les seigneurs avaient établies k leur profil, sans autre autorité que celle de la licence des guerres civiles. Il fit révoquer les lettres de noblesse vendues depuis trente ans a ces bourgeois vaniteux, a ces affranchis d^hier, qui, k peine enrichis, payaient k beaux deniers comptants le droit de rejeter sur leurs frères pauvres le fardeau de jour en jour plus écrasant des tailles. On jugera de la grandeur du mal quand on saura que trois mille anoblissements avaient été vendus dans la Normandie seule.
Enfin Henri voulait, on le sait, que chaque paysan pût mettre le dimanche la poule au pot, et c'est k lui qu'ils durent de pouvoir porter k leur gré des habits de couleur, des chapeaux gris, et des manteaux par la pluie et par la neige. C'est grâce k lui encore que les baux k ferme furent allongés, et qu'ils purent semer et planter k leur volonté. (Ordonn. du 25 mars 1597.)
Il voulait diminuer le nombre des fêtes chômées, dont la profusion était une plaie vive pour les travailleurs des champs. L'Église, qui gagnait k ces fêtes
sus et taiUer en pièces tous les gens de guerre à pied ou à cheval qui se trouveront tenir les champs, sans commission expresse de nous, et pour leur venir en ayde, les autorisons à sonner le tocsin et assembler noblesse, communes et paroisses. » — Voyez les registres du Parlement, 24 février 1597. — Fontanon, Collect. des édite de nos rois, IIL
ce qu'y perdait la France, s'y opposa victorieusement, bien que l'abus fût si grand qu'en 1666, Piréfixe, archevêque de Paris, en pût Supprimer d'un seul coup dix-sept dans son diocèse, au grand mécontentement du peuple (Sauvai, II, 624), car il y a cela de particulier avec les paysans, que, grâce à leur ignorance absolue, et comme corollaire, à l'état de complète inintelligence qui est leur lot, toutes les fois que l'on prendra leur cause en main, toutes les fois que l'on s'occupera d'améliorer leur sort, on n'aura pas de plus ardents et de plus implacables adversaires qu'eux-mêmes.
A toutes ces ordonnances, à toutes ces aspirations, k toutes ces tentatives on reconnaît le roi dont le ministre disait que labourage et pâturage étaient les deux mamelles qui nourrissaient la France.
Quant au désordre des finances, les causes du mal pouvaient se réduire a deux. Il y avait d'abord les vices du mode de perception des impôts, qui amenaient ce résultat que, pour qu'il entrât trente millions dans les caisses du roi, il fallait qu'on en arrachât cent cinquante de la bourse du paysan (1). Un cinquième pour l'État, quatre cinquièmes pour les maltôtiers, telle était la proportion : c'était le pillage et le vol organisés au profit des financiers. Nommé surintendant des finances en 1598, Sully popularisa son administration par la remise de vingt millions arriérés de tailles ; il put alors attaquer sans crainte les fonctionnaires des finances, et, comme l'écrivait
(1) « La chose paraissoit incroyable, ajoute Sully; mais à force de travail, j'en assurai la vérité. » (J.-B. Say, Traité d'économie politique^ II, 34i.)
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